2024 04 29 LA LP A LA SOIREE SUR LA FIN DE VIE

Intervention de la Libre Pensée à la soirée-débat sur la fin de vie organisée à Ste Foy lès Lyon le 29 avril 2024 par le député Cyrille Isaac-Sibille
Monsieur le Député, mesdames, messieurs,
Je vous remercie Monsieur le Député, d’avoir organisé ces réunions avec le cadre d’écoute mutuelle que vous avez fixé. .
Je m’exprime ici comme citoyen, militant de la Libre Pensée du Rhône. Je voudrais rebondir sur ce qu’a dit le dernier intervenant au sujet de la clause de conscience. La clause de conscience individuelle du médecin doit être respectée mais ne doit pas être entrainer la remise en cause d’un droit. Si on prend l’exemple de l’IVG, un médecin peut refuser de pratiquer un IVG mais il doit indiquer à la personne qui la sollicite où elle va pouvoir s’adresser. Un hôpital doit organiser un centre d’IVG. La clause de conscience ne s’applique pas à l’institution.
Ce sont ces mêmes principes qui doivent présider au respect des volontés individuelles en matière de fin de vie. Car, « Il n’y a pas de principe supérieur dans
notre République qui oblige les patients en fin de vie à vivre leurs souffrances jusqu’au bout. » Le choix de sa fin de vie est une liberté démocratique serait-elle à conquérir. L’individu doit être libre dans une société libre.
Dans cette perspective, la Libre Pensée partage la position qui veulent obtenir qu’une loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté et à assurer un accès universel aux soins palliatifs soit votée par le Parlement, comme le réclament 90% des Français interrogés par l’institut de sondage Ifop en juin 2023.
Avec le vote d’une telle loi, les Français bénéficieraient de leur ultime liberté, comme les Néerlandais, les Belges, les Luxembourgeois et les Suisses en disposent dans leur propre pays. En l’état, le projet de loi prévoit pour demander l’aide à mourir, il faudra être capable de discernement, avoir un pronostic vital engagé à court ou moyen terme et ressentir des souffrances réfractaires aux traitements.
Cela exclut de fait les personnes atteintes de maladie neuro-dégénératives ou rares.
Pour elles, il sera soit trop tôt - leur pronostic vital ne sera alors pas engagé - soit trop tard - elles ne seront alors plus capables de discernement, la maladie entraînant des déficits cognitifs.
Nous posons la question, pourquoi cette exclusion, contraire aux valeurs universalistes de la République ? Les personnes en situation de maladie grave et
incurable, souffrant physiquement ou psychologiquement, doivent être traitées de manière égalitaire. Pourquoi certaines pourraient être aidées en France, alors que d’autres devraient continuer à chercher une solidarité en Belgique, en Suisse ou, en France, dans la clandestinité ? Il convient que chacun puisse trouver une réponse en France. La condition de pronostic vital engagé doit donc être levée : médicalement, il est très complexe à déterminer, et dans les faits, cela reviendrait à laisser le choix aux médecins et non aux patients. Les personnes malades doivent pouvoir déterminer elles-mêmes le moment où leurs souffrances deviennent trop insupportables pour continuer à vivre, et demander alors à être aidées à mourir. Les directives anticipées rédigées en conscience doivent être prises en compte dès lors que la personne ne sera plus en capacité de s’exprimer, ce qui est d’ailleurs l’objectif premier de ces directives. Si la personne malade doit être au centre alors elle doit l’être aussi des soins d’accompagnement mis en œuvre pour son confort physique,  psychique et social : l’aide à mourir doit également être possible dans le cadre de cet accompagnement.
Pour nous, comme pour les membres du Pacte progressiste, l’aide à mourir constitue bien le soin ultime dès lors qu’elle répond à la demande d’une personne malade, qui ne peut guérir et qui ne peut plus tolérer ses souffrances. Il est nécessaire que cette demande puisse être formulée par des directives anticipées rédigées en conscience, ou directement par la personne capable de discernement au moment où elle l’aura choisi.
L’écoute, l’empathie et le respect sont autant de marqueurs essentiels de notre relation à l’autre, de notre humanité. Permettre à une personne en souffrance une aide ultime, relève de la solidarité. Au nom des principes républicains, nous pensons qu’il est nécessaire de faire évoluer le projet de loi pour que chaque personne en France puisse effectivement être libre de son accompagnement de fin de vie, traitée de manière égalitaire et solidaire. En France, chaque personne doit avoir le droit de décider et de faire respecter son libre choix de parcours de vie jusqu’au bout.
Je vous remercie.

2024 05 MENUHIN

Yehudi Menuhin et les siens 

Une famille juive antisioniste et humaniste

La revue « Diapason » revient, dans son n° d’avril, sur la carrière et sur la personnalité de Yehudi Menuhin (1916-1999), « de tous les violonistes, le plus mystérieusement irréductible » conclut l’article.

Menuhin n’était pas un artiste enfermé dans sa tour d’ivoire, mais un juif citoyen du monde. Tout au long de sa vie, il mène « avec courage, constance, abnégation les combats qu’il estime justes : (…) il soutient, dans les années 1970, dissidents soviétiques et opposants aux dictatures d’Amérique latine, va même jusqu’à mettre en garde l’Etat d’Israël contre les dangers d’une dérive suprémaciste. » Cette position courageuse lui fermera bien des portes aux Etats-Unis.

Sa jeune sœur Hephzibah (1920–1981), moins connue du grand public, a mené une carrière de soliste au plus haut niveau dans l’ombre de son frère.  Après la guerre, en Angleterre elle ouvre un refuge pour les droits de l'homme avec son mari Richard Hauser. Les deux époux tentent d'aider les minorités à travers le monde. Hephzibah se consacre à une défense passionnée des femmes et des droits des enfants. En 1977, elle devient présidente de la section britannique de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté.

Yehudi et Hephzibah, ainsi que leur plus jeune sœur Yaltah, à peine moins douée, ont de qui tenir : leur père est un réfugié juif lithuanien, Moshe Menuhin (1893-1983) mathématicien et professeur d’hébreu, adversaire résolu du sionisme. Quelques titres parmi ses publications, suffiront à le situer :

.                 La décadence du judaïsme à notre époque. New York, Exposition Press, 1965

Quo vadis Israël sioniste ? Un post-scriptum de 1969 à La décadence du judaïsme à notre époque. Beyrouth, Institut d’études palestiniennes, 1969

Critiques juives du sionisme : un essai testamentaire, avec l’étouffement et la diffamation d’un dissident New York : Ligue des États arabes, Centre arabe d’information, 1974

On trouve dans l’anthologie récemment paru sous la direction de Michèle Sibony (ancienne présidente de l’UJFP), de Béatrice Orès et de Sonia Fayman « Antisionisme – Une Histoire juive », un extrait de l’ouvrage paru en 1974.

Moshe Menuhin y exprime l’espoir que « la nouvelle génération des Juifs israëliens se libèrerait des idéaux archaïques et obsolètes de l’Etat-nation prédateur, impérialiste et colonialiste, qui ont détruit leur jeunesse, leur bien-être et leurs patries. » Il y pose également la question : « Peut-on blâmer les 100 millions d’Arabes du Proche-Orient, riches et pauvres, conservateurs et radicaux, d’unir leurs forces et de tenter de libérer leur patrie ? »

On le voit, Moshe et sa famille ne seraient pas loin d’être convoqués par la police de M. Darmanin. Au violon, Yehudi ! Malheureusement cela n’aurait rien de musical.

Une biographie de Yehudi Menuhin et de sa famille intitulée Yehudiana - Reliving the Menuhin Odyssey par Philip Bailey, qui a travaillé avec les collaborateurs de Menuhin de 1976 jusqu'au décès de Yehudi en 1999, a été publiée en 2008.

«

Dans un prochain article, nous évoquerons la figure de Daniel Barenboim, pianiste et chef d’orchestre possesseur de quatre passeports : argentin, espagnol, palestinien et israëlien, fondateur du conservatoire de Ramallah et fondateur de l’orchestre Diwan qui rassemble des musiciens israëliens et palestiniens.

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2024 04 19 AFFAIRE RIBES DEPOSE DE VITRAUX

Mardi 16 avril, a eu lieu à Charly une cérémonie autour de la  désinstallation des vitraux signés du père Ribes.

Au cours des années 70 à 90, ce pédocriminel décédé en 1994 avait sévi sur trois diocèses, jouant de son statut « d’artistes » pour abuser et souvent violer des dizaines de jeunes victimes (70 se sont manifestées à ce jour, d’autres ne veulent plus en entendre parler). Les faits se sont produits à l’occasion de « poses » pour la réalisation de dessins, peintures ou de vitraux restés visibles dans une dizaine d’églises de la région.

Comme le rappelait Danaï Gemet dans une lettre à la députée Delphine Goulet : « Les modèles, que nous pouvons voir reproduits aujourd’hui dans ses toiles, dont celle du chemin de croix, étaient des enfants. Lors de la réalisation de ses production Louis Ribes invitait les enfants à venir voir; évolution et les rendus de ces productions. Ce prétexte lui permettait de faire venir les enfants sur ses jambes et de les abuser et/ou violer. La réalisation de ces peintures se faisaient donc avant pendant et après les viols. Selon nos calculs les victimes devraient, être un peu plus de 300. La plus grosse affaire pédocriminelle découverte en France selon Le Nouvel Obs. »

Les victimes n’ont jamais oublié, elles ont demandé que disparaissent les traces d’un passé insupportable. A l’issue d’un long combat, les vitraux sont peu à peu retirés des églises concernées : après Dième et Ste-Catherine, c’est à Charly que le démontage est en cours, en attendant d’autres sites pour lesquels le processus est en cours. Il ne reste qu’un cas problématique : Givors, où le maire s’est opposé à la demande des victimes.

Progrès notable : alors que le diocèse ne voulait pas voir s’ébruiter cette affaire, elle doit faire aujourd’hui amende honorable, et s’est engagée à financer l’ensemble des travaux.

Comme l’a montré la Libre Pensée, elle doit, elle peut assurer l’indemnisation des victimes. Les travaux relatifs aux vitraux ne sont qu’une goutte d’eau : il reste le problème des indemnisations individuelles, pour lesquelles des progrès sont en cours. Mais sont-elles à la hauteur ? On est encore loin du compte, alors que le gouvernement français continue à se taire, ne daignant même pas répondre aux questions posées par le Comité des Droits de l’enfant de l’ONU, rappelées à deux reprises par des députés. En vain, jusqu’à présent.

Ci-dessous : le bas d’un des vitraux de Charly, où l’on distingue la signature du P. Ribes. On le comprendra, nous n’avons pas voulu reproduire l’œuvre entière.

Vitrail du P Ribes

2024 05 22 26 PRAGUE 1968

Nos coups de cœur culturels

La pièce PRAGUE 1968 écrite, mise en scène par Gilles Champion et sa CIE DE LA LETTRE G

Au mois de mai prochain, mois propice à se souvenir de mai 68 en France qui fit reculer De Gaulle et du mois de mai 1871 de la Commune de Paris, une pièce sera jouée à la MJC MONPLAISIR.

Elle met en mouvement une bande de jeunes qui vont vivre et être acteurs du printemps de Prague, sur un fond de musique pop de cette époque.

Rappelons que le printemps de Prague est un mouvement profond de millions de citoyens qui voulaient ET le socialisme ET la totale liberté de pensée et de vivre. 

Ce mouvement, qui avait transmuté le parti communiste stalien en un vrai parti démocratique rejettant la bureaucratie, a été brutalement brisé par les 6000 chars du pacte de Varsovie. La "normalisation" va suivre avec son cortège de répressions et de souffrances.

Il est temps que la jeunesse du monde retrouve ce chemin, c'est pourquoi nous vous invitons à y participer !

Entrée au tarif réduit à toutes et tous les adhérents à la libre pensée !

Réservation sur https://www.payasso.fr/cieg/prague1968 et plus de détails sur le spectacle et la cie sur https://cielettreg.org/index.php/15-production/2024/12-prague-1968

 

2024 05 PRAGUE 1968 TRACT

2024 01 21 CONTRE LOI DARMANIN

LA LP69 à la manifestation du 21 janvier 2024 à Lyon contre la loi DARMANIN

 

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

La Fédération nationale de la Libre Pensée est présente aujourd’hui, à vos côtés pour exiger le RETRAIT DE LA LOI DARMANIN.

Cette loi est raciste, réactionnaire, xénophobe, d’extrême-droite.

Elle vise à surexploiter les travailleurs immigrés, nos Frères et Sœurs de classe à qui nous adressons toute notre solidarité militante, en les précarisant à outrance pour les intérêts du Capitalisme.

C’est pourquoi la Droite, le Centre, l’extrême-droite, les Macronistes ont soutenu et voté cette loi infâme, car ils sont les domestiques du Capitalisme financier.

La loi Darmanin est raciste et xénophobe, car elle présente les Travailleurs immigrés, nos Frères et Sœurs de classe, comme étant les responsables de tous les maux de la société que les mêmes domestiques du Capital dirigent et engendrent.

Ce sont eux les responsables des violences, de la misère, de la guerre et de l’exploitation !

Cette loi raciste et ordurière est une infamie qu’il faut mettre à sa juste place : dans les poubelles de l’Histoire.

La seule censure qui vaille,

La seule non-promulgation qui vaille

C’est le RETRAIT PUR ET SIMPLE de cette loi infâme !

On ne censure pas une loi pour l’améliorer pour pouvoir mieux la vendre.

On ne censure pas partiellement une loi raciste et réactionnaire pour mieux garder son axe essentiel : la haine des Etrangers.

On ne demande pas la non-promulgation d’une loi infâme.

La seule solution démocratique, sociale et égalitaire dans le pays des Droits de l’Homme :

C’est le RETRAIT IMMÉDIAT DE LA LOI DARMANIN !

Justice pour nos Sœurs et Frères de classe, solidarité avec les Travailleurs immigrés !

Ils sont partie intégrante et intégrale de la Classe ouvrière, les frapper et les réprimer, c’est frapper et réprimer tous les travailleurs !

La Fédération nationale la Libre Pensée condamne les violences policières d’Etat contre toutes celles et tous ceux qui refusent ce régime d’oppression, de répression et de réaction sur toute la ligne.

Aujourd’hui, chacun le sent et le désire au plus profond de son être : nous sommes aussi avec nos Camarades, nos Sœurs et nos Frères de Palestine, de Gaza, de Ramallah qui sont victimes d’un régime d’extrême-droite que certains rêvent tout haut aujourd’hui d’installer en France et qui opprime, réprime et assassine ceux qui combattent le colonialisme là-bas et le néo-colonialisme ici.

Il faut en finir avec ce Régime d’oppression et de répression, c’est pourquoi la Libre Pensée agit pour une Constituante élue et souveraine pour un Gouvernement du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple.

La Fédération nationale la Libre Pensée condamne toutes les interdictions de manifester démocratiquement pour la défense de la liberté, de toutes les libertés, qui sont menacées partout dans le monde.

C’est pour cela que la Fédération nationale la Libre Pensée se félicite que l’union la plus large, malgré les différences, a vu le jour aujourd’hui pour manifester ensemble.

La Jonction entre les associations d‘immigrés, les comités de quartier, les comités pour que Justice soit rendue aux victimes des violences policières d’Etat et aussi des assassinats impunies de jeunes, les syndicats, les associations, les partis démocratiques est un pas en avant important qui faut défendre, élargir, renforcer.

C’est la voie de la victoire !

Alors : OUI, TOUS ENSEMBLE, TOUS ENSEMBLE !

Pour exiger et obtenir

LE RETRAIT DE LA LOI DARMANIN !

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2024 01 09 CHANTAL MIRAIL PALESTINE

Rencontre avec Chantal Mirail, autrice.


En 2004 à Lyon, j’achetais le livre « Des figues contre un Mur de barbarie » et Chantal me rédigeais une belle dédicace. Comme j’ai tendance à ne rien oublier, ce livre m’a fait appel pour illustrer un aspect de la résistance du peuple palestinien.

Mirail Chantal Des Figues Contre Un Mur De Barbarie Roman Temoignage En Palestine Livre 387645430 L NOPAD2004 11 12 DEDICACE MIRAIL


Q : Peux-tu nous rappeler le contexte de l’écriture de ton livre ?
En 2003, je participe à la Campagne Civile pour la Protection du Peuple Palestinien. En tant que simples citoyens, nous répondons à l'appel des Palestiniens abandonnés des instances représentatives internationales des Droits de l'Homme. Nous nous proposons de faire force d'interposition et de témoigner : recevoir le témoignage des Palestiniens et porter témoignage. "Les internationaux" vont devenir une force symbolique pour les Palestiniens.

A cette période les Palestiniens ripostent par la seconde Intifada au piège des Accords d'Oslo qui ont permis à Israël d'accélérer sa colonisation en Cisjordanie. Dès 2002, Israël démarre la construction d'un mur de séparation qui sépare juifs et non-juifs en isolant les Palestiniens du territoire israélien mais aussi des colonies construites sur leurs terres, les sépare aussi de leurs terres ou du village voisin. C'est un mur d'apartheid construit sur les Terres palestiniennes, avec destruction d'innombrables oliviers centenaires.
Je choisis alors de témoigner sous forme de fiction. Depuis toujours, le traitement médiatique de la situation en Palestine déshumanise les Palestiniens … et humanise à l'extrême les Israéliens. Parce qu'elle m'accueillait, la Palestine pour moi s'incarnait. Je voulais l'incarner aussi à travers mon récit de deux jeunes amoureux, de leurs familles, et leur confrontation quotidienne à l'arbitraire, l'humiliation, la mort. Confrontation aussi à leur désespoir, leur colère et leur féroce joie de vivre.
Cet écrit m'a mené aussi à une réflexion sur l'inhumanité de l'humain.
J'ai choisi d'utiliser dans mon titre le terme de barbarie et d'évoquer la résistance : les pierres deviennent des figues de barbarie dont le nom arabe صبار évoque la persistance, la résistance.

Q : Quel est ton approche de la situation ouverte depuis le 7 octobre ?

Depuis le 7 octobre nous prenons en pleine figure, et jusque dans nos tripes, la barbarie.
Un génocide. Sous nos yeux. Revendiqué, programmé planifié. Justifié. Une population entière affamée. Hommes/femmes/enfants/vieillards. Assoiffée. Bombardée sans relâche. Leur déportation programmée.
Plus jamais ça.
Tout ce que nous avons appris à haïr dans un consensus total depuis 1945, le génocide, est convoqué dans une banalité stupéfiante, dans une perversion du langage où l'attaquant serait l'attaqué et dans une répression de toute parole critique d'Israël.
On me demande parfois d'abandonner mon cafard : ce serait perdre mon humanité, ce serait couler. M'habituer ? Ce serait me perdre. Ce qui me sauve, c'est notre colère collective, ce sont les manifs dans le monde entier et tous les témoignages de soutien. Ce sont toutes les victoires de la résistance palestinienne. Nous sommes toutes et tous : Palestiniennes et palestiniens, Israéliennes et israéliens, Françaises et français, êtres humains, dans un naufrage de notre humanité.
Depuis le 7 octobre ? ou depuis 1948 ? Aujourd'hui nous sommes au paroxysme de tout ce que le peuple Palestinien subit depuis 76 ans. Mon roman étai un condensé de tout ce qui arrive aujourd'hui, on y trouve les massacres et même le spectre d'une déportation. Mais la situation actuelle est le paradigme absolu de l'aberration première, initiale : "donner" à un groupe humain un territoire. L'entité sioniste, un état où juifs et non-juifs n'ont pas les mêmes droits, où le droit du sol est dénié porte en elle-même toutes les exactions qu'elle commet aujourd'hui. Ce sont 76 ans de déni de cette évidence que tout territoire sur cette terre ne peut être géré que par l'ensemble de ses habitants à égalités de droits. La solution est connue depuis le 1er jour : un Etat laïque, démocratique. La cause est connue depuis le 1er jour : l'impérialisme.

Q : Penses-tu que l’art puisse contribuer à ce combat ?

Du pain et des roses, réclamaient les ouvrières en grève en 1912. L'Art est bien-évidemment essentiel. C'est le nid de notre humanité.
Si dans mon roman, je donne une place importante à la poésie c'est parce que la poésie seule peut dire l'indicible. L'indicible de la barbarie. Et l'indicible de la complexité humaine, l'amour comme la haine. Il est des situations et des sentiments qu'il faudrait des pages et des pages pour décrire. Mais la poésie, par un mot, une image, l'exprime en une fulgurance.
"Nous sommes une vingtaine d'impossibles dans Lydda, Ramleh et Galilée Mais ici nous resterons" nous dit Tawfik Zayyad. Tout est dit.

L'Art est un ambassadeur puissant qui permet de porter message.
L'art peut dire à la fois l'horreur et le refus farouche de l'horreur. La photo d'un champ de ruines à Gaza nous consterne et nous paralyse, mais une fleur dessinée dans les gravats ouvre une fissure dans le désespoir. La petite fille aux ballons de Banksy franchit le mur de l'apartheid. Même la peinture d'un massacre dans sa cruauté nue est porteur d'espoir : car derrière le pinceau, un homme/une femme hurle son refus et nous remet debout.

Enfin la culture est porteuse d'une identité collective indispensable et la survie de la Palestine passe aussi par son patrimoine culturel et artistique.
L'éradication d'un peuple passe par l'éradication de sa culture. Israël ne s'y trompe pas en détruisant en décembre 2023 Le Théâtre de la Liberté de Jenine. Dans sa politique de colonisation et d'extension territoriale, c'est l'existence même d'un peuple palestinien qu'ils veulent détruire pour rendre vrai le mensonge initial "d'une terre sans peuple pour un peuple sans terre".
C'est dans cet esprit de résistance par l'art que chaque année un festival du film palestinien est organisé en Rhône-Alpes.

Car tant que nos cœurs chanteront Mahmoud Darwich, "Un jour je serai ce que je veux", la Palestine vivra.

Des figues contre un Mur de barbarie - Roman Témoignage en Palestine
Editions Ancre et encre. 2003. Disponible chez DECITRE
Résumé : Les Missions Civiles pour la Protection du peuple Palestinien ont pour objectif, entre autres de témoigner. En février 2003, Chantal Mirail fait partie de la 49e mission civile et pour ne pas oublier, écrit ce témoignage sous forme de fiction, décrivant ce que représente la construction par Israël du mur en Palestine. L'auteur nous conte l'histoire de Dounya, jeune fille étudiante, comme il en existe de par le monde. Rêveuse, écrivant des poèmes, amoureuse, heureuse de vivre. Son histoire pourrait se révéler ordinaire, mais Dounya est Palestinienne et le mur qui se construit détruit la normalité. L'auteur mélange le roman et le témoignage, nous approchant au plus près de la détresse de ceux qui vivent ce mur comme une plaie ouverte.

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