Yehudi Menuhin et les siens 

Une famille juive antisioniste et humaniste

 

 

 

La revue « Diapason » revient, dans son n° d’avril, sur la carrière et sur la personnalité de Yehudi Menuhin (1916-1999), « de tous les violonistes, le plus mystérieusement irréductible » conclut l’article.

Menuhin n’était pas un artiste enfermé dans sa tour d’ivoire, mais un juif citoyen du monde. Tout au long de sa vie, il mène « avec courage, constance, abnégation les combats qu’il estime justes : (…) il soutient, dans les années 1970, dissidents soviétiques et opposants aux dictatures d’Amérique latine, va même jusqu’à mettre en garde l’Etat d’Israël contre les dangers d’une dérive suprémaciste. » Cette position courageuse lui fermera bien des portes aux Etats-Unis.

Sa jeune sœur Hephzibah (1920–1981), moins connue du grand public, a mené une carrière de soliste au plus haut niveau dans l’ombre de son frère.  Après la guerre, en Angleterre elle ouvre un refuge pour les droits de l'homme avec son mari Richard Hauser. Les deux époux tentent d'aider les minorités à travers le monde. Hephzibah se consacre à une défense passionnée des femmes et des droits des enfants. En 1977, elle devient présidente de la section britannique de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté.

Yehudi et Hephzibah, ainsi que leur plus jeune sœur Yaltah, à peine moins douée, ont de qui tenir : leur père est un réfugié juif lithuanien, Moshe Menuhin (1893-1983) mathématicien et professeur d’hébreu, adversaire résolu du sionisme. Quelques titres parmi ses publications, suffiront à le situer :

.                 La décadence du judaïsme à notre époque. New York, Exposition Press, 1965

Quo vadis Israël sioniste ? Un post-scriptum de 1969 à La décadence du judaïsme à notre époque. Beyrouth, Institut d’études palestiniennes, 1969

Critiques juives du sionisme : un essai testamentaire, avec l’étouffement et la diffamation d’un dissident New York : Ligue des États arabes, Centre arabe d’information, 1974

On trouve dans l’anthologie récemment paru sous la direction de Michèle Sibony (ancienne présidente de l’UJFP), de Béatrice Orès et de Sonia Fayman « Antisionisme – Une Histoire juive », un extrait de l’ouvrage paru en 1974.

Moshe Menuhin y exprime l’espoir que « la nouvelle génération des Juifs israëliens se libèrerait des idéaux archaïques et obsolètes de l’Etat-nation prédateur, impérialiste et colonialiste, qui ont détruit leur jeunesse, leur bien-être et leurs patries. » Il y pose également la question : « Peut-on blâmer les 100 millions d’Arabes du Proche-Orient, riches et pauvres, conservateurs et radicaux, d’unir leurs forces et de tenter de libérer leur patrie ? »

On le voit, Moshe et sa famille ne seraient pas loin d’être convoqués par la police de M. Darmanin. Au violon, Yehudi ! Malheureusement cela n’aurait rien de musical.

Une biographie de Yehudi Menuhin et de sa famille intitulée Yehudiana - Reliving the Menuhin Odyssey par Philip Bailey, qui a travaillé avec les collaborateurs de Menuhin de 1976 jusqu'au décès de Yehudi en 1999, a été publiée en 2008.