Q1 : Bonjour Sylvie. Vous venez de donner un concert sur GRACCHUS BABEUF. Avant d'aborder le fond du sujet, peux-tu nous présenter ton parcours, qu'il soit artistique ou militant et la chorale qui a réalisé ce travail

En ce qui concerne mon parcours, j’ai d’abord fait des études d’architecture et j’ai travaillé pendant une douzaine d’années dans une agence, avant de me retrouver au chômage technique. Je me suis alors reconvertie dans l’enseignement spécialisé. Ce fut ma deuxième erreur d’aiguillage… Parallèlement pour donner un peu de goût à ma vie j’ai pratiqué la musique en amateur : piano, guitare basson et chant. L’opéra étant ma passion depuis l’enfance je suis entrée à l’école des chœurs de l’opéra de Lyon et j’y ai participé à plusieurs productions, soit dans les chœurs, soit en figuration. En 1992 j’ai découvert les Chœurs de Givors et j’ai immédiatement été séduite par leur répertoire varié, leur engagement, l’exigence musicale et la pédagogie de leur chef Pierre Vallin. Au bout de quelques années j’en suis devenue présidente et j’ai conçu, écrit et /ou mis en scène quelques spectacles. Ce chœur a fêté ses 50 ans en 2025.

Q2 : Venons-en à votre production. Pourquoi avez-vous choisi ce militant révolutionnaire comme sujet ? Il reste encore peu connu de l'opinion publique qui connait au mieux les acteurs principaux comme Robespierre, Danton, Marat.

En effet, c’est bien pour ça que Pierre Vallin a désiré lui dédier un opéra. Le père de Pierre a été maire communiste de Givors pendant une quarantaine d’années, il avait fait poser une plaque au nom de Gracchus Babeuf dans sa ville. Pierre m’a demandé un jour d’écrire un opéra sur la vie de ce dernier. Je suis tombée des nues, pensant ne pas en être capable, et pas très motivée par le sujet au premier abord car moi non plus je ne connaissais pas bien le personnage. Mais je m’y suis mise, et je me suis prise au jeu.

Q3 : Sur la partie artistique, comment as-tu sélectionné les éléments restitués pour écrire ton livret ? Pourquoi lui donner la forme d'un opéra ? Que représente le chœur dans votre travail ?

Le mot « opéra » a été prononcé par Pierre Vallin et a résonné dans mon cœur, comme je te l’ai dit j’ai toujours adoré l’opéra. C’est ce qui m’a motivée à commencer des recherches. Vive Internet ! La vie foisonnante et engagée de ce personnage m’a parue impossible à retracer dans son intégralité, c’est pourquoi je me suis centrée sur la dernière partie de sa vie.

Les contraintes d’écritures étaient nombreuses car je devais permettre aux chœurs d’avoir un grand rôle chanté, mais ayant affaire à des amateurs je ne pouvais pas imaginer que tous apprennent les chants par cœur ni ne soient capables de « jouer » des personnages.

Je devais aussi trouver des figures féminines, vu le grand nombre de femmes dans le chœur, et une histoire d’amour, indispensable dans un opéra. Je l’ai donc inventée, cette histoire d’amour, en prenant garde de ne pas « salir » la réputation de Babeuf. Et ce sont les femmes qui démarrent la pièce en chantant leur inquiétude face à l’engagement grandissant de leurs maris.

J’ai utilisé les « éléments de langage » comme on dit aujourd’hui pour faire exister les personnages à travers les textes. J’ai mis en avant Sylvain Maréchal, car son statut de poète m’a paru intéressant à développer. Lui et Babeuf lisent le vrai texte du manifeste des Egaux, toutefois raccourci. Les accusations et le verdict sont tirés des minutes du procès.

La composition musicale de Pierre Vallin a sublimé le texte, j’ai fini par oublier que c’était moi qui l’avais écrit !

J’avais de grandes ambitions de mises en scène, vite mises à mal par l’exiguïté de la scène du théâtre de Givors et les contraintes budgétaires, c’est mon grand regret.

Q4 : Penses-tu que les propositions de la conjuration des égaux résonnent encore aujourd'hui ?

Bien sûr, même si avec le recul cela peut paraitre très utopique. C’est d’ailleurs un amer constat, la lutte pour l’égalité semble ne jamais pouvoir connaître de fin malgré les mots d’espoir chantés dans le chœur final. Et le pire c’est que depuis que l’opéra a été écrit l’égalité semble de plus en plus en régression.

Q5 : pour finir, un mot personnel de ton ressenti sur votre travail accompli et un mot pour les lecteurs de la LIBRE PENSEE ?     

L’accueil favorable du public m’a stupéfiée ! Les répétitions étaient tellement laborieuses, nous aurions dû répéter encore de nombreuses fois avant de montrer le spectacle et je m’attendais à une catastrophe. Des catastrophes il y en a eu, mais le public ne nous en a pas tenu rigueur. Depuis Pierre et moi avons retravaillé le texte et certaines liaisons musicales pour éviter des longueurs constatées et nous avons rajouté un quatuor de solistes. Par conséquent nous aimerions pouvoir le redonner : si certains lecteurs de LIBRE PENSEE ont des contacts qui pourraient nous le permettre, ça serait génial !

Lien pour le teaser :

https://drive.google.com/file/d/1ekrVWcfsP-4aPwxQ1sMKOclfm1xc8djC/view?usp=drivesdk

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