ÉDITORIAL

 

 

Une série de réunions a lieu en ce moment dans des communes des monts du Lyonnais, là où a sévi le P. Ribes., et où les victimes de ce pédo-criminel se rassemblent et font leurs comptes. Un comité de victimes s’emploie à « libérer la parole ». Démarche indispensable, car tout n’a pas été dit.

Les victimes ne s’expriment pas facilement. Beaucoup ne veulent plus entendre parler de rien. On connaît ces cas « d’amnésie traumatique » où une forme de honte intériorisée, même infondée, entraîne un désir d’effacement complet du passé.

L’affaire « Ribes » est emblématique des errances de l’Eglise révélées par la CIASE. Malgré tout le sérieux du travail effectué par cette commission d’enquête sur les crimes perpétrées par des religieux, on n’en finit pas de découvrir de nouveaux prolongements.

Que s’est-il passé à Sainte-Catherine, à Pomeys, à Grammond, dans tant de communes où le P. Ribes s’est comporté en prédateur tout-puissant, depuis les années 70 jusqu’à sa mort en 1994 ?  Dès 1976, un séminariste de Vienne-Estressin (où Ribes professait) révélait être tombé sur des centaines de dessins pornographiques représentant des enfants. Son signalement était ignoré par le directeur de conscience.  Sous le nom de Rib, le prêtre devait par la suite poursuivre une carrière « d’artiste » dans les trois diocèses, de Lyon, de St-Etienne et de Vienne-Grenoble, toujours entouré d’enfants qu’il faisait poser en les manipulant, en jouant partout de son prestige de créateur et de guide spirituel.  …On vous épargnera les détails les plus sordides.

Toujours entouré d’enfants, même quand l’œuvre ne le justifiait pas. Et cela se voyait. Mais la réalité, ce sont les crimes. « Crimes », car on parle bien de viols, de pénétrations, pas de simples attouchements comme dans des affaires plus « ordinaires ». Qui plus est, Rib était très riche. Si riche que des victimes se sont posé la question depuis : cet argent pouvait-il venir seulement de la vente de ses œuvres, où d’un commerce commis avec des réseaux criminels ? Malgré tous ces signaux : rien.

Aujourd’hui, 48 victimes se sont signalées, dépendant de trois diocèses. Leur première obsession : ne plus voir les œuvres qui leur rappellent leur martyre, ni les tableaux ni les dessins, ni le « chemin de croix » (qui a été désinstallé) ni les vitraux d’églises. Que faire de ces productions ? C’est un autre problème, qui n’a pas trouvé sa solution.

Rib a parfois vendu ses œuvres, au prix fort, aux parents de ses victimes. Il a aussi vendu des vitraux dans plusieurs communes, comme celle de Sainte-Catherine où il avait des relations. Les contribuables de l’époque ont payé. Aujourd’hui, ils paient une deuxième fois puisqu’il faut démonter et remplacer les vitraux. Heureusement, il existe des vitraux disponibles dans des églises « désacralisées ». Il reste le montant des travaux.

L’affaire intéresse trois diocèses. A lui seul, le diocèse de Lyon représente quelque 76,2 millions d’euros (bilan de 2019), chiffre à réévaluer si l’on tient compte du fait que les terrains et certaines constructions situées dans des quartiers prestigieux ont acquis une plus-value immobilière impossible à estimer. Les croyants qui aspirent au retour à une église « pauvre » ont encore du souci à se faire.

L’institution ecclésiale est seule et totalement responsable du désastre.

Le P. Emmanuel Gobilliard, évêque-auxiliaire du diocèse de Lyon chargé des relations avec le parquet qui a effectué depuis 6 ans le travail de recension des victimes au compte de la CIASE (« commission Sauvé ») l’a reconnu : « On s’est pris pour la justice, on s’est pris pour la police. Ce n’est pas notre métier. » On ne saurait mieux dire.

Ce prêtre.reconnaît que rien – pas même des compensations financières – ne pourra jamais réparer les dommages infligés aux victimes, et indirectement à leurs proches. Il faudra pourtant prendre en compte toutes les demandes de « réparation ». Et nous disons aux victimes : « Vous avez raison d’entreprendre une démarche collective ! Ne vous laissez pas abuser une seconde fois ! »

Nous le répétons : L’Eglise doit payer ! L’Eglise peut payer !

 

 nos disparus

 

HARRY KOUBI

 

Harry Koubi est décédé le 4 janvier, une cérémonie laïque a rassemblé de nombreux amis et camarades, le 10 janvier au crématorium de la Guillotière, avec ses enfants et petits-enfants.

Harry a tenu à rappeler les fondements de sa vie militante, longue et bien remplie : son attachement à l'IVe Internationale. Et il a voulu la présence de la Libre Pensée lors de cette cérémonie laïque, sous le drapeau de la fédération.

Au nom de tous ceux qui connaissaient Harry – et ils sont nombreux - la libre Pensée a exprimé toute sa sympathie à Nicole ton épouse, à ses enfants, à ses petits-enfants et à ses proches.

« Parmi nous, certains te connaissaient depuis 1971, un demi-siècle déjà. À l’époque, ton engagement militant était déjà clair. Et tu es resté toujours fidèle à tes convictions : démocratie, laïcité, liberté de conscience, liberté dans le domaine de la recherche et pour la science. En somme tout ce que devrait être l’Université.  « Université » : un mot qui pour toi devait être si proche « d’universalité » ou « d'universalisme ». Confiance dans la raison, confiance dans la méthode du libre examen qui ne reconnaît d’autorité dite « supérieure » en aucun cas.

Et souvent les discussions étaient âpres, parce que pour débattre avec toi il ne fallait pas simplement affirmer. Non ! Il fallait argumenter. Et à partir de là on pouvait s’entendre, et on avançait en toute camaraderie (…) 

Cher Harry, ami et camarade, nous te saluons une dernière fois. »

 

 

Quelques messages…

Pour Nicole d’abord qui a partagé sa vie, mes pensées amicales et solidaires, pensées de loin bien sûr mais la mémoire est intacte. Des hommes comme Harry laissent des sillons dans nos mémoires. Et pour tous les camarades engagés comme lui, un souvenir en forme de leçon : Harry toujours fidèle avec cette modestie qu’autorise la certitude que le combat est dur, mais juste et s’il n’est pas encore victorieux, qu'il le sera. Harry en était convaincu.  Gardons sa mémoire.

Richard Kausch

Harry, nous t'enterrons un 10 janvier. Mais pour moi le 10 janvier c'est celui de 1971, où tu avais participé à une conférence de militants de l'UNEF à Paris et qui s'était terminé par un vibrant appel : L'UNEF VIT, L'UNEF VIVRA !

Tu nous racontais cela le lundi qui suivait, dans le local UNEF SCIENCES, avec joie et malice. Cette formule te résume, notre vieux camarade et ami, rien n'est plus fort que la vie qui avance. Tu as largement fait ta part du chemin pour paver celle de la vie qui avance. Aux nouvelles générations à continuer, c'est dur de te quitter.                        Gilles CHAMPION

Pour Harry, quelques mots….

Je connaissais Harry depuis cinquante ans. En 1971, j'intégrais la fac de Droit dont le bâtiment des deux premières années se trouvait, à l'époque, sur le Campus de la Doua.

Je venais d'adhérer à l'UNEF Indépendante et Démocratique. Nous n'étions vraiment pas très nombreux en Droit.

Mais à l'entrée du Campus, en Fac de Sciences, il y avait beaucoup plus de camarades. Et j'allais souvent au local syndical en Sciences. Parmi tous ces camarades, il y avait Harry, dont la conviction militante s'accompagnait de beaucoup de gaieté, de générosité et de gentillesse. A moi, jeune militante pas très aguerrie cela avait donné confiance.

Après mes études, j'ai quitté la Fac et Harry, lui, est resté à l'Université car c'était le lieu de son activité professionnelle. Nous n'étions plus étudiants, mais nous avons continué toutes ces années à militer ensemble et aussi à la Libre Pensée, avec Nicole à ses côtés.

J'ai de la peine aujourd'hui, mais ce qui reste dans ma mémoire c'est la gaieté d'Harry, le rire d'Harry, toujours aussi réconfortant et cela c'est ineffaçable.                                                                                                   Myriam CAMUSSO

 

PIERRE GOYARD

Pierre Goyard nous a quittés. Il était le vice-doyen de notre fédération, et peut-être le plus ancien de ses membres (nous n’avons pas pu retrouver la date de son adhésion).

Avec l’âge, nous ne le croisions plus lors de nos réunions ou initiatives publiques.

Il avait cependant gardé sa vivacité d’esprit et son humour, retiré dans sa résidence de la Croix-Rousse. Il est resté jusqu’au bout un rationaliste convaincu et un libertaire impénitent.

Un « esprit libre » au plein sens du terme.

Pierre Goyard est né le 1er avril 1928 à Lyon.

Son père se suicide quand il a 5 ans. C’est donc seule que sa mère Marcelle l’élève. Femme au grand cœur elle prend en charge sa belle-mère.

Pour subvenir au besoin du trio Marcelle travaille comme ouvrière le jour et, excellente couturière, coud jusqu’à tard dans la nuit pour de riches clientes.                                                                                                                                                                      Pierre assure les livraisons et pénètre ainsi dans de belles maisons bourgeoises.

C’est à ce moment qu’il prend conscience de l’injustice sociale et qu’il se promet de sortir de la pauvreté et de gravir les échelons. 

Esprit curieux et ouvert il n’a alors de cesse d’acquérir les connaissances qui lui font défaut.                                                                                                                      

Le ton est donné !

Petit bonhomme de 8 ans il participe aux manifestations de 1936. Il défile en tête des cortèges et aide à la distribution du ravitaillement des grévistes.

 

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Il a 11 ans quand la 2° guerre mondiale éclate. Période terrible ! Il se retrouve seul quand sa mère est arrêtée par la Gestapo pour sabotage. Elle est miraculeusement relâchée.                                            

Il part à Marseille et apprend le métier de coupeur en chaussures.

De retour à Lyon, il travaillera chez Bailly, dirigera plusieurs SCOP puis épaulé par son épouse Yolande il montera sa propre entreprise.

Tous les deux auront à cœur de soutenir les artistes, d’apporter un soutien financier à de nombreuses œuvres caritatives et leur foyer sera toujours ouvert à leur famille et à leurs amis.     

Pour eux le mot générosité n’était pas vain.

Franc-maçon et fidèle à ses idéaux il sera un ardent défenseur des libertés, de la laïcité et de la justice sociale. 

Sportif de bon niveau il pratiquait l’alpinisme, le ski, la plongée, la voile, le judo et la course à pied.

Il fut un père aimant et attentionné.

 

Le corps de Pierre Goyard a été incinéré vendredi 4 février au crématorium de Bron, sous le drapeau de la Libre Pensée.

Fidèle à ses convictions jusqu’au bout, il avait tenu à ce qu’une collecte soit organisée à son bénéfice à l’issue de la cérémonie.

 

 

 

 La commune de lyon

La parole à Matthieu Rabbe

Auteur de l’ouvrage « les Communards à Lyon » (Atelier de Création libertaire, 2015)

 

A l’heure où nous publions ces lignes, nous sommes toujours en attente de l’accord officiel de M. Doucet, maire de Lyon, pour l’installation de la plaque commémorative du massacre de la Commune du

30 avril 1871 à la Guillotière.

Alors que les voyants semblaient au vert depuis ces derniers mois, avec un accord de principe et l’intérêt de plusieurs élus et maires d’arrondissements, la décision est remise en cause au prétexte de possibles troubles dans le quartier de la Guillotière, et de risques de dégradation de la plaque.

Manifestement, la Commune pose toujours problème.

La Libre-Pensée du Rhône, l’HIS-CGT et les « Amis de la Commune » ont réitéré leur demande commune.

 

Matthieu Rabbe, historien de la Commune de Lyon, nous donne son point de vue. Nous l’en remercions.

 

  • - Matthieu Rabbe, vous avez relancé les recherches sur la Commune de Lyon en publiant "Les Communards à Lyon" en 2015. Tout d'abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous expliquer comment vous en êtes venu à vous intéresser à la Commune ?

Mon intérêt pour la Commune est d'abord personnel. Je suis originaire de Besançon, et les noms des bisontins Pierre-Joseph Proudhon et Charles Fourier ainsi que de l'ornanais Gustave Courbet m'étaient très familiers. Cela m'a amené à m'intéresser aux courants politiques socialisants du XIXe siècle, à la Commune, etc... Je suis arrivé à Lyon il y a une bonne dizaine d'années pour faire des études d'Histoire à l'Université Lyon 3, et mon intérêt personnel pour le mouvement de la Commune s'est transformé en intérêt de chercheur en m'apercevant que le sujet de la Commune de Lyon avait été quelque peu laissé de côté. Durant mes deux années de Master, grâce à l'aide précieuse du professeur Olivier Faure qui m'a dirigé et guidé sur le sujet, j'ai petit à petit dégagé deux axes de réflexion sur le sujet : d'abord une approche socio-historique des communards lyonnais au travers des sources de police, puis, constatant que les sources policières, militaires, judiciaires étaient abondantes sur le sujet, je me suis ensuite intéressé à ceux qui avaient réprimé et surveillé les communards. La maison d'édition indépendante l'Atelier de création libertaire s'est ensuite intéressée à ces recherches et j'ai retravaillé ces deux axes d'approche, afin de les réunir en un seul ouvrage.

  • - Nous allons revenir sur ces deux aspects. Mais tout d'abord, comme vous le dites, le sujet a été "quelque peu laissé de côté". Comme l'a été longtemps la Commune de Paris. À Lyon, aucune inscription, ni plaque ni stèle ne rappelait cet événement jusqu'à aujourd'hui.
  • - Avez-vous une explication à cette forme d'amnésie collective ?

Il est vrai que la mémoire de la Commune à Lyon reste évanescente. Lyon est une ville à l'histoire extrêmement riche et il est possible que des événements aussi courts, aussi divers, aussi complexes, que les mouvements communalistes lyonnais ne permettent pas une appropriation facile par la mémoire collective. 

Les communards sont aussi encore bien souvent confondus avec les canuts révoltés de 1831 et 1834. Et d'ailleurs, même quand la distinction est faite, la portée symbolique et mémorielle des insurrections des canuts prend implacablement le pas sur les nombreux autres soulèvements de Lyon qui ont eu lieu durant ce "siècle des insurrections" qu'est le XIXe siècle.
Il faut le dire également, les mouvements communalistes lyonnais de 1870 et 1871 n'ont pas la portée symbolique des insurrections des canuts de ces années 1830, et n'ont que dans une très moindre mesure la dimension héroïque et/ou tragique de la Commune de Paris.
Il y a eu malgré tout un sérieux travail de la part des historiens depuis un demi-siècle, et qui se poursuit aujourd'hui, pour parfaire la connaissance de toutes ces Communes qui émergèrent en dehors de Paris et qui, même si elles sont peu connues par le grand public, restent passionnantes. De plus, à Lyon, la présence et l'influence de Mikhaïl Bakounine jouent un rôle dans la persistance du souvenir de ces moments et leurs donnent une dimension internationale, mais cela reste bien souvent restreint à ceux qui se revendiquent de l'héritage de l'idée communaliste ou de l'héritage du philosophe russe.

  • - Votre travail a permis d'explorer des voies nouvelles. Quel est votre apport dans la connaissance de ceux qui furent les "communards" lyonnais ?

"Communard" est un terme qui, à l'origine, a un sens péjoratif et qui est devenu une catégorie aux contours parfois flous. L'étude socio-historique des sources policières sur les communards, qui sont notamment constituées par de nombreux dossiers nominatifs et fiches individuelles, a permis de faire ressortir des individualités qui étaient effacées et englobées dans cette catégorie. Il me semblait important, en envisageant le sujet sous cet angle, que les anonymes et les sans-voix retrouvent leur place parmi les insurgés et soient envisagés à égalité avec ceux des révoltés qui ont eu la voix la plus puissante. Des parcours de vie d'hommes et de femmes ont alors ressurgi et ont fait la preuve de leur richesse. 
Les réalités des parcours sont d'ailleurs parfois si diverses qu'il peut être ardu d'en tirer des conclusions générales. Et parfois, le portrait individuel peut dresser le portrait du communard plus efficacement qu'un portrait moyen né des statistiques. Par exemple, il a été difficile de définir une ligne politique ou philosophique majoritaire au sein des mouvements communalistes lyonnais en dehors d'un fédéralisme ou d'un municipalisme acharné.  L'idée anticléricale fut de celles qui rassemblaient le plus, et pas seulement parmi les communards. Les libres-penseurs et "matérialistes" se retrouvent en nombre dans les rangs de l'insurrection. L'influence de l'Association Internationale des Travailleurs (A.I.T. ou première Internationale), de l'anarchisme naissant et du socialisme est réelle mais pas tout le temps majoritaire. De nombreux blanquistes, radicaux révolutionnaires et jacobins sont présents et sont moteurs parmi les communards par exemple, mais tout autant que ceux qui n'ont pas d'étiquette.
D'ailleurs, en se posant la question de ce qui pouvait rassembler en dehors de la communauté d'idées, nous avons découvert des traces de l'importance des liens familiaux et des liens de corporation ainsi que de la prégnance des solidarités et des sociabilités de quartier parmi les communards. Nous avons alors pu constater les spécificités sociales et professionnelles des communards lyonnais. La plus évidente par exemple est celle de la prédominance des tisseurs par rapport aux ouvriers des "nouveaux métiers" de la métallurgie ou du bâtiment. L'exposition d'une stabilité sociale relative apporte aussi un contrepied à l'idée anti-communarde répandue à l'époque qui faisait cohabiter l'insurgé avec le crime ou la dépravation. Également, une nouvelle fois, le constat de la relégation des femmes au second rang de l'histoire a été malheureusement fait : malgré les témoignages et sources qui évoquaient leur nombre et leurs actions parmi les communards, très peu de noms féminins ont pu être retrouvés...

  • - Dès septembre 70, le Comité de Salut public laïcisait l'enseignement et supprimait toute subvention aux communautés religieuses. C'est une extraordinaire préfiguration de ce qui allait se passer à Paris quelques mois plus tard. Pouvez-vous nous en dire plus sur l'anticléricalisme des communards lyonnais ? Et où trouve-t-il ses racines ?

Lyon est une ville où la religion a de tout temps été forte et où l'on trouve de très nombreux établissements religieux. Par opposition à ce monde donné, les mouvements de libre-pensée furent très dynamiques également, et cela surtout dans les milieux républicains et révolutionnaires de la Seconde moitié du XIXe siècle. Notons que lors de la révolution de 1848, l'anticléricalisme fut plus fort à Lyon qu'à Paris. Et tout au long du Second Empire on va assister à une montée en puissance des sociétés de libres-penseurs et des manifestations anticléricales, lors des enterrements civils notamment, qui pouvaient rassembler des centaines de personnes et se transformer alors en véritables manifestations d'affirmation contre la religion.
Au 4 septembre 1870 lors de la proclamation de la République, la plupart des républicains, communards ou non, sont donc en accord sur le sujet : la société, et notamment l'enseignement, doit être déchristianisée. Beaucoup de religieux quittent la ville à ce moment, et les établissements religieux sont occupés par des révolutionnaires ou par des bataillons de garde nationaux. Cela explique pourquoi, en effet, une des premières mesures prises fut la laïcisation de l'enseignement, le Comité de Salut Public proclamant que "l'enseignement donné par les congrégations religieuses est contraire à l'esprit républicain". Ce Comité de Salut Public, rassemblait des révolutionnaires partisans d'une Commune décentralisée, des républicains radicaux, mais également des républicains modérés. Et même s'il sera remplacé quelques jours plus tard par une municipalité plus modérée dirigée par Jacques-Louis Hénon, on s'aperçoit au travers des délibérations du Conseil municipal que c'est une mesure qui ne sera pas démentie. Le 2 octobre 1870 par exemple, la commission de l'instruction publique du Conseil municipal (qui n'était donc plus "communard") était d'avis "qu'il faut remplacer le plus promptement possible les ignorantins et les religieuses, [...] par des instituteurs laïques" et qu'il faut "s'entendre avec le Président de la Société d'Instruction libre et laïque". 
Un certain nombre d'instituteurs et d'institutrices d'école libre et laïque se retrouvent effectivement parmi les communards. Marie Bonnevial en est un bon exemple : institutrice, elle fut révoquée à cause de son engagement en faveur des mouvements communalistes lyonnais et elle fut déléguée d'arrondissement de la société de Libre Pensée et plus tard membre fondatrice du "Cercle littéraire des Dames lyonnaises", cercle connu pour la radicalité de ses opinions. Elle s'engagera plus tard aux côtés de Jules Guesde à Paris.

Mais même en dehors des mesures prises et en dehors des milieux de l'enseignement libre et laïque, dans les renseignements de police sur les communards, il est très souvent fait mention de leurs attitudes ou de leurs propos anticléricaux et, comme je l'ai évoqué déjà, beaucoup sont catégorisés comme "Libres Penseurs". Ceux-ci avait une propension notoire à la provocation, tel Eugène Grosdenis dit Denis Brack, collaborateur du journal anticlérical de Jules Frantz Le refusé , puis dirigeant du journal lyonnais L'excommunié, qui était spécialiste de banquets au saucisson du Vendredi Saint et qui fut parmi les communards qui occupèrent les établissements religieux à partir du 4 septembre 1870.
En revanche, les mouvements communalistes qui se succédèrent après le mois de septembre 1870 jusqu'en avril 1871 proclamèrent moins fort leur anticléricalisme. Non pas que l'opinion des communards avait évolué sur le sujet, mais le Comité de Salut Public avait déjà frappé fort, et les premières mesures prises n'étant pas vraiment démenties, la priorité des communards ne semblait alors plus être les attaques contre la religion, mais plutôt la défense du principe fédératif, puis, après la proclamation de la Commune de Paris, le soutien à la capitale.

  • - Venons-en à un aspect important de votre travail sur les sources, celui de la répression à l'encontre des émeutiers. À Lyon, il y a bien eu le massacre du 30 avril 1871 à la Guillotière, mais globalement la violence de la répression est sans commune mesure avec ce qui s'est passé à Paris lors de la "semaine sanglante". Que pouvez-vous dire des événements du 30 avril et de la répression qui s'ensuivit ?

Souvent, lorsque l'on étudie des mouvements révolutionnaires ou insurrectionnels, leur répression est plus évoquée qu'analysée. Et de fait, la compréhension de l'esprit répressif est le plus souvent laissée à ses partisans. Il s'agissait alors pour moi, lors de ce travail, d'essayer de comprendre quels étaient les mécanismes et les enjeux chez ceux qui s'opposèrent aux mouvements communalistes lyonnais.

Lors de l'insurrection de la Guillotière le 30 avril 1871, qui sonne le glas des tentatives lyonnaises, on assiste à l'union retrouvée des représentants des forces répressives de l'État central face aux insurgés qui le remettent en cause depuis des mois. Il est important de le remarquer car ces mouvements qui peuvent parfois apparaître comme nébuleux car non unifiés, trouvent une de leur direction commune dans le rejet de l'État centralisé, qu'il soit sous la forme du Gouvernement de la Défense nationale de septembre 1870 à février 1871, ou sous la forme du Gouvernement de Versailles à partir de février 1871. La municipalité, même si celle-ci est sous le feu des critiques des communards, n'aura jamais véritablement un rôle de répression.

Elle sera, pendant les mouvements communalistes, opposante ou parfois conciliatrice, mais elle est absente des moments de combats violents. Ce sont les représentants de l'État qui ont ce rôle même si ceux-ci sont imbriqués dans les luttes intra-urbaines. L'insurrection du 30 avril correspond donc, en ce qui concerne le point de vue lyonnais, à l'apogée de la polarisation entre les deux camps.

Ce quartier de la Guillotière, le plus difficilement contrôlé par les autorités, rassemblait une population ouvrière de plus en plus liée à l'industrialisation, différente de celle des canuts de la Croix-Rousse, mais non moins favorable à la République sociale. On y trouve donc de nombreux communards, et la loi versaillaise du 14 avril 1871 qui privait les villes de plus de 20 000 habitants du droit de choisir leur maire y fut ressentie comme une provocation. De nouvelles élections municipales ont lieu le 30 avril et il est décidé d'un sévère boycott par la frange la plus révolutionnaire de Lyon, encore active malgré les échecs des tentatives précédentes, et soutenue par des sections suisses de la Première Internationale. La mairie du IIIe arrondissement (celle de la Guillotière) est occupée, des barricades sont dressées autour de la place du pont où elle se tenait, ainsi que dans les rues adjacentes, et les communards en armes se préparent à une réaction violente. Il s'agit du premier et du seul combat armé qui aura eu lieu entre septembre 1870 et avril 1871. Les communards essayent de soulever la Croix-Rousse mais cette fois-ci sans succès. La Guillotière remplace alors à ce moment-là le quartier de Croix-Rousse comme quartier des insurgés lyonnais.

La Garde nationale, trop instable, n'est pas mobilisée par les autorités. On retrouve à la tête des troupes destinées à la reconquête de la Guillotière, le préfet Edmond Valentin, le procureur de la République Louis Andrieux, le général de la division militaire Joseph Crouzat, le général commandant la place militaire Victor Février et le directeur de la Sûreté Gaston de Gourlet.

Malgré cette représentation massive des autorités centrales, par deux fois les troupes de l'armée de ligne envoyées doivent être retirées, en urgence, car elles montraient des signes de fraternisation avec la foule. La troisième tentative, appuyée par une charge de cavalerie et par des canons sera celle qui lancera les combats. Lors des affrontements qui durent la journée et une partie de la nuit, le préfet est blessé, le procureur de la République est happé par les insurgés lors d'une tentative de parlementation et libéré par la première charge de cavalerie. Mais ce seront les insurgés qui paieront le plus lourd tribut avec plusieurs dizaines de morts de leur côté.

Les combats ne durent pas et, même s'il y a eu des morts, il n'y a vraisemblablement pas eu de massacre froid comme ce fut le cas à Paris. Pour autant, la répression est loin d'être terminée.

L'État va pourtant ensuite utiliser les mêmes armes contre les lyonnais que celles dont il use contre les parisiens pour implacablement punir les communards de leurs aspirations. 
La première mesure du préfet Valentin fut de dissoudre les bataillons de la Garde nationale qu'il juge trop instables (anticipant la mesure que prendra Versailles après la semaine sanglante).
La justice civile qui commençait à informer contre les tentatives de l'automne et de l'hiver 1870 va être remplacée par la justice militaire et ce sera, comme à Paris, des Conseils de guerre qui jugeront les participants aux diverses tentatives insurrectionnelles lyonnaises des 28 septembre et 20 décembre 1870 tout comme celle des 22-24 mars et 30 avril 1871. La volonté de Thiers "d'expiation légale" est donc appliquée à Lyon. Lors des instructions et des procès, on constate alors un mélange de sévérité envers les meneurs et un grand mépris envers ceux qu'ils auraient "abusés". Quelques peines de mort dans le cas de l'affaire Arnaud, et de nombreuses peines de "déportation dans une enceinte fortifiée", qui signifiait le bagne en Nouvelle-Calédonie, ont été prononcées. La prison, les amendes font aussi partie des peines retenues. Il y eut d'ailleurs une distinction temporaire dans le statut des prisonniers, certains étant considérés de suite comme de vulgaires criminels, comme des "droits communs" (ce fut le cas des insurgés du 30 avril), et certains comme des prisonniers politique avec un régime spécial (ce fut le cas de certains de la tentative de Mars par exemple). Mais rapidement, les communards furent tous mis au même régime : celui des prisonniers de droit commun.


La police fut aussi une grande actrice de la répression des communards sur le long terme. Pourtant, elle est d'abord extrêmement désorganisée dans son fonctionnement car celle-ci est presque complètement supprimée au 4 septembre par le Comité de Salut Public et les ex-fonctionnaires impériaux sont révoqués, de plus le service de Sûreté restant est d'abord aux mains des révolutionnaires. Et elle aura ensuite beaucoup de mal à reprendre de la force pour redevenir efficace face à ceux qui, d'une certaine façon, ont voulu sa disparition. Il y aura également un temps ou une police municipale et une police préfectorale cohabiteront mais ne seront pas tout à fait au clair sur les attributions de chacune. Finalement, ce sera la police de Sûreté, contrôlée par le préfet, qui, sous la direction de Gaston de Gourlet, va se réorganiser et trouver une nouvelle efficacité dans la traque des communards en fuite et dans la surveillance des milieux où les idées de la Commune furent les plus vivaces, même des années après la fin des mouvements. Une surveillance active des milieux ouvriers, républicains, socialistes... ainsi qu'un contrôle des échanges entre les proscrits communards en Suisse et les Lyonnais s'exercera jusqu'à l'amnistie totale de 1880.

  • - En tant qu'historien mais peut-être aussi en tant que citoyen, que pensez-vous de l'idée d'une commémoration des événements lyonnais, qui pourrait prendre la forme d'une plaque à l'emplacement de l'ancienne mairie de la Guillotière, à l'initiative de la Libre Pensée, des Amis de la Commune et de l'IHS-CGT ? N'y a-t-il pas un vide à combler ?

- Il me paraît bien-sûr digne d'intérêt, en tant qu'historien, de montrer que ces évènements et ses acteurs n'ont pas été oubliés. Et toute trace laissée des commémorations ne peut qu'être bénéfique. Mais la mémoire est par essence sélective et souvent elle atténue la complexité historique. Il est éloquent que la Commune de Paris, qui est un événement qui bénéficie pourtant d'une activité mémorielle forte par rapport à d'autres insurrections du siècle par exemple, et dont de nombreuses publications de fictions s'inspirent, soit pourtant aussi méconnue dans sa complexité y compris 150 ans après. Que dire alors de la Commune de Lyon qui a été si tristement méconnue par l'histoire comme par la mémoire !?

Il me paraît d'abord intéressant de constater que la mémoire nous amène à souvent retenir le lieu qui fut celui qui enterrera les espoirs communalistes à Lyon, siège d'une insurrection et d'une répression qui dureront quelques heures, et non l'hôtel de ville par exemple, objectif premier et symbolique des communards lors des multiples évènements qui prirent place durant des mois, de septembre 1870 à avril 1871. Cela m'amène à reposer cette question, à laquelle il n'y a d'ailleurs pas de réponse simple : Que choisissons-nous de retenir des communards ? Ceux qu'ils étaient, leurs aspirations, leurs objectifs, méritent tout autant d'être exposés que leur implacable répression. Peu de moments dans l'histoire ont créé autant d'antagonismes et ont pourtant été en même temps à la fois capables de rassembler des hommes et des femmes d'horizons si différents, qui obéissent à des logiques viscéralement locales mais dont les aspirations sont profondément universelles. 

Pourtant, nous l'avons dit, cette place du Pont (Gabriel-Péri aujourd'hui) et le quartier de la Guillotière ont remplacé, à cette date du 30 avril 1871, la Croix-Rousse comme quartier emblématique du Lyon insurgé. Mais au-delà de l'endroit où se sont tenus les derniers combats, on pourrait tout à fait trouver à cette place une dimension même plus symbolique de ce que fut la Commune en elle-même. L'historien Robert Tombs a pu utiliser l'image du carrefour pour désigner la Commune et ses participants. Et en effet, on a pu constater, en ce qui concerne les évènements qui nous intéressent, la variété des parcours qui menaient à l'engagement pour ce mouvement, mais aussi les différents chemins empruntés après l'extinction des événements communalistes. 

La place où était située la mairie de la Guillotière, ainsi que les rues adjacentes, qui forment une étoile, pourraient alors parfaitement être l'incarnation de ce carrefour allégorique.

 Libres propos, libres pensées

La révolte silencieuse contre "le Putsch venu d'en haut"


Le plus grand des pouvoirs est d'influer sur les lois, c'est-à-dire de pouvoir décréter ce qui est légal et ce qui est illégal, donc punissable d'amende, de prison ou même de mort dans certains pays, et tout ceci de façon parfaitement inattaquable juridiquement.

Le principe de base de la démocratie est de faire élire par le peuple ses représentants qui feront les lois pour le bien collectif, selon la volonté majoritaire. Après le lamentable fiasco des élections régionales de juin 2021, le monde politico-médiatique se pose étrangement cette étrange question : pourquoi les électeurs dans leur très grande majorité (deux abstentionnistes sur trois électeurs inscrits, aux deux tours, sans compter les non-inscrits par choix) ne se déplacent même plus pour voter et beaucoup de ceux qui le font encore le font par auto-obligation morale, pour la forme, sans conviction et bien trop souvent dans le seul espoir d'éviter le pire. Les médias : "Nous sommes en démocratie, le peuple doit voter !"

Mais peut-on encore parler de démocratie quand les gens ne veulent plus voter ?

Et surtout pourquoi ne le veulent-ils plus ? La vraie question est là.

Est-ce dû à une indifférence généralisée ? Ou est-ce plus simplement dû à l'amer constat que font les électeurs que depuis des décennies, que quel que soit le résultat des élections, à droite comme à gauche, la même soupe amère néo-libérale leur est servie par le techno-féodalisme dominant le monde, devenu bien plus puissant que nos démocraties : le programme de  démolition continue de tout ce qui avait fait de nos sociétés occidentales des sociétés plus civilisées, soucieuses du bien-être de leur population et non seulement celui de la micro caste des hyper-riches.

Des "réformes" qui ne sont que des régressions : comme les grands médias passés sous leur contrôle, même le langage a été kidnappé par la nomenklatura en place et ses barons, comme avait été kidnappé le résultat, pourtant sans appel, du référendum de 2005.

Mais comme en adultère, l'important est que cela ne se voie pas et que l'apparence de respectabilité soit sauve. Le hic est que maintenant cela se voit.

Car pourquoi la démocratie puisqu'on nous assène "qu'il n'y a pas d'alternative !" donc pas de vrai choix possible sur des "réformes" destinées à piller par tous les moyens ceux qui travaillent au profit de ceux qui accumulent des fortunes défiant les États et la simple raison à un niveau mondialement inédit ?

Car, n'est-ce pas, il n'y a plus d'argent… pour ceux qui travaillent, vu que dans tous nos pays les États ont été subrepticement appauvris à force de baisses d'impôts, de niches fiscales pour les plus riches qui, jamais assez riches, usent massivement de l'évasion fiscale, des délocalisations et privatisations hostiles aux vils besogneux, toutes choses facilitées par la mondialisation et sur lesquelles l'UE ferme les yeux… ou les organise. Car, très simplement, c'est sa finalité ultime, sa véritable raison d'être.

 

En octobre 2004, un journaliste allemand, Arno LUIK avait déjà donné une réponse dans un article remarquable de prescience et de lucidité paru dans la revue allemande STERN, "Der Putsch von ganz oben" ("Le putsch venu d'en haut"). Extraits :

"Et ainsi règne maintenant une frénésie de destruction. Des structures péniblement construites au fil des décennies sont démontées ou privatisées, les sécurités sociales dans leur ensemble sont démolies, presque tout ce que les mouvements politiques avaient conquis pour les citoyens en plus de 100 ans (protection contre le licenciement, lois sur la formation et la cogestion, etc.) est maintenant diabolisé. De plus sont assénés de façon pathétique des stéréotypes au contenu positif, tels que "auto-responsabilité", "auto-initiative", "liberté", qui ne cachent finalement rien d'autre que la marche en arrière forcenée vers un ordre social darwinien : "Démerde-toi !".  

Comment cela agit-il dans la tête des hommes ? Aux gouvernants, aussi bien qu'aux politiciens élus de l'opposition, cela semble être égal.

Ils croient pouvoir ignorer les conséquences de leurs politiques, la toujours plus profonde scission de la société entre pauvres et riches, la désintégration sans égards de structures éprouvées.

Oui, ce que pense le peuple qui vote - et toujours plus souvent celui qui ne vote plus - ne semble plus émouvoir la classe politique, les parlements seront toujours aussi pleins, même si presque plus personne ne se déplace pour voter. La compassion à l'égard des défavorisés est exemptée à ceux qui appellent aux réformes qui ne leur nuisent pas. Les citoyens refusent dans leur majorité les réformes. Ils voient que les cartes sont réparties inégalement (en clair : injustement), entre le haut et le bas.

Ils voient les salaires et les avantages en millions des grands managers ; ils ressentent que néo-libéralisme et néo-féodalisme sont visiblement liés. Ils flairent que quelque chose de fondamentalement


faux se passe. Mais plus aucun parti aux Parlements ne s'occupe de cette aspiration à un État qui se soucie et s'occupe de ses citoyens, de ce souhait de justice. L'État social inscrit dans la constitution n'a plus de gardien."

  

On s'y croirait ! Car, évidemment, ce qui vaut pour le peuple allemand vaut également pour nous, et pour la plupart des peuples en UE, USA, UK, etc. placés sous une domination financière identique.

Il existe de par le monde de nombreux types de républiques démocratiques aussi variées les unes que les autres, de par la naturelle diversité historique de leurs Constitutions, qui édictent chacune les bases légales sur lesquelles elles reposent.

Mais il existe aussi des "Républiques bananières", terme très dévalorisant que Google définit ainsi : "République bananière : pays qui, sous les apparences d'une république, est régi par des intérêts privés." Exemple : "Au Honduras, il est moins cher d’acheter un député qu’une mule !"    

(dixit Sam Zemurray, ex-PDG de la United Fruit).

Qui peut contester le fait que nos démocraties sont tombées aux mains d'intérêts privés mondialisés qui ont fait main basse sur les leviers du pouvoir, le peuple n'ayant plus pour prérogative que de valider le système de temps à autre, pour abuser la galerie ?

Qui peut contester le fait que notre déclin collectif (par sujétion servile de nos élites au suzerain US, désindustrialisation massive, inégalités en hausse, chômage élevé, travail morcelé et précaire, salaires insuffisants pour vivre, bradage des biens de l'État, anesthésie cérébrale des populations par addictions diverses soigneusement cultivées, affaiblissement culturel, américanisation des mentalités, langue nationale menacée par une vague anglomaniaque systémique et trop invasive) est le corollaire de leur incroyable et ouvertement obscène enrichissement ?   

  Alors, quand les dés de la démocratie sont pipés, quand elle s'est mutée en ploutocratie débridée, sans scrupules, sans freins et sans limites, a-t-on toujours envie de jouer ?

Parions que la convocation d'une Assemblée Constituante réveillerait les électeurs !       RJ                                                         


 association étienne dolet

 

Association Laïque Lyonnaise des AMIS d’ETIENNE DOLET                                                                                         

Marcel PICQUIER nous informe – 8 janvier 2022

La vieillesse, la maladie me contraignent à interrompre mon rôle dans la vie de l’Association Dolet. Nous l’avons créée il y a plus de vingt ans, sous l’égide de la Fédération nationale de la Libre Pensée. Le numéro 1 de notre bulletin « La Doloire » - octobre 2002 – rend compte de notre première assemblée générale du 27 septembre 2002.

L’association est fière d’avoir mené à bien les projets arrêtés lors de cette AG pour restaurer la mémoire de Dolet avec de nombreuses conférences, la plaque de la rue Dolet en 2004, celle de la rue Mercière sur l’immeuble de son imprimerie en 2005, l’obtention du timbre Dolet en 2009, la participation au Colloque Universitaire international, la même année, suivi d’une grande réception en mairie, l’édition d’études et biographies…

Nous avions dû renoncer à reprendre à notre compte le monument Dolet qu’avait souhaité faire élever Edouard Herriot place Jean Macé, au profit de notre peinture murale. Le numéro 40 de la Doloire du 9 juin 2020 a publié la photo du « Banquet des Humanistes » dont nous avions obtenu, faute de son installation censurée par la mairie Colomb, sur le mur de l’école Dolet, qu’elle soit exposée Maison des Associations – Château Sans Souci, provisoirement. Le tableau a été décroché ensuite.

Le numéro 41, daté de décembre 2020 – rédigé mais jamais envoyé - informait que la municipalité élue du maire Doucet, à laquelle la LP avait fait de nouvelles démarches nous a déclaré :

 

« Il n’y a pas de raison pour que ce projet ne soit pas finalisé.

Un avis pleinement favorable est donné pour reconsidérer tout le dossier et parvenir à un accord, en lien avec l’association ».

Je ne doute pas que la fédération départementale de la Libre Pensée poursuivra cette tâche : défendre la mémoire de Dolet c’est lutter pour la liberté de pensée.                                              

                                                                                                                                     Marcel Picquier

ÉDITORIAL

 

 

En cette fin 2021, la commission présidée par Jean-Marc Sauvé a porté à l’Église de France un coup dont on ne mesure pas encore la portée. Elle avait été instituée par la Conférence des Evêques de France pour rétablir le restant d’autorité morale que l’Église prétend exercer. Clairement ça n’a pas fonctionné, cela s’est même retourné contre l’institution. C’est qu’on ne met pas si simplement un voile pudique sur 330 000 jeunes victimes depuis les années 50 (avant : on ne sait pas ; mais cela donne le vertige !). Un tiers de million.

Le scandale est énorme et n’aidera pas à remplir des églises de plus en plus désertes. Surtout, il risque de toucher l’Église au portefeuille. Malgré son amour de la pauvreté, la sainte Eglise grimace. Il faudra bien indemniser les victimes sous peine d’aggraver son discrédit. On a bien compris qu’en matière de pédocriminalité, on ne pouvait plus se permettre de mettre la poussière sous le tapis.

Avant tout, comment faire payer les autres ? Par les dons des fidèles ? Ceux-ci pourraient bien trouver saumâtre d’avoir à financer la réparation du viol de leurs têtes blondes. Alors comment faire ? Macron a fait passer à 75% l’exonération d’impôts pour 2022, c’est déjà un très beau cadeau de Noël (on se demande ce qu’en penserait l’enfant Jésus).  Pour autant le compte n’y est pas. Faudra-t-il sacrifier une partie du patrimoine ? Eh, bien obligé ! La Libre Pensée pour sa part estime que l’Église doit payer et démontrera que l’Église peut payer. L’analyse des biens est en cours.

L’Eglise n’est pas seule à s’inquiéter. Nos dirigeants se pressent au chevet de l’Eglise malade. C’est le premier ministre Jean Castex, en visite au Vatican en octobre dernier, qui a vanté les « points de convergence entre Paris et Rome » après avoir échangé avec le pape sur les questions de pédophilie et la politique étrangère en Irak et au Liban. S’affichant aux côtés de Gérald Darmanin et de Jean-Yves Le Drian, il soulignait « l’importance du dialogue avec les cultes ». Puis ce fut la remise de la Légion d’honneur au président de la Conférence des Evêques Éric de Moulins-Beaufort, le 6 décembre dernier. Celui-ci avait-il déclaré que les lois de la confession étaient supérieures à celles de la République ? Qu’à cela ne tienne ! Après l’avoir un peu tancé, le ministre de l’Intérieur tenait à lui faire savoir qu’on ne le lâchait pas dans ces moments difficiles. Enfin, le 21, Emmanuel Macron se fendait d’une déclaration : « Oui, la science et Dieu, la raison et la religion peuvent donc vivre côte à côte, parfois même se nourrir. Cela est même souhaitable tant aspiration à la raison et besoin de transcendance cohabitent en chacun de nous », souligne-t-il. Grâce à la laïcité qui « rend possible cette riche cohabitation », la France « continuera à être une nation infiniment rationnelle et résolument spirituelle. Nation de citoyens libres de critiquer et libres de croire. » Il renouait avec une séquence de son début de quinquennat où il affirmait la supériorité du prêtre sur l’instituteur. Décidément, jamais la religion n’aura été parée d’autant de vertus dans la bouche d’un président de la République !

Il sera prêt pour prendre la présidence de le l’Union Européenne.  Ursula von der Leyen vient d’assurer à nouveau au pape François que l’Union européenne s’inspirait de « l’héritage culturel, religieux et humaniste de l’Europe ». Pour ma part, je penserais volontiers comme l’historien Paul Veyne : « Ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses visions. Etranges racines qui se confondent avec la croissance de la tige Europe, se transforment avec elle ou même cherchent à ne pas être en retard sur elle. »

Etrange conjonction d’intérêts et de bonne conscience que celle de cette Europe vaticane qui oublie ses principes dès que l’on franchit les murs de l’Union ! Pour elle il y a bien un Royaume, mais les noyés de la Manche ou de Méditerranée en sont exclus.

Et étrange Etat français, à la mode Ve République, incapable non seulement de faire respecter la laïcité, mais même de la respecter lui-même ! Adversaire résolu de la liberté de conscience, attaquée par la dénaturation de la loi de 1901… faute de pouvoir s’en prendre frontalement à la loi de 1905. Incapable de faire régner l’ordre par la mise au centre de l’intérêt commun, mais sans cesse amenée à renforcer son arsenal de mots et mesures liberticides !

« En politique, disait Henry Guillemin, l’art du langage est d’une importance extrême. L’homme politique qualifié dispose d’un lexique où les mots désignent autre chose que ce qu’ils paraissent, aux yeux des niais, signifier, et de préférence le contraire. » Il n’y a pas de meilleur exemple que le mot « laïcité. »

 La Fédération Nationale de la Libre Pensée, dans sa déclaration solennelle du 9 décembre, le disait d’une autre façon : « LAÏCITE : Il ne s’agit pas seulement d’en parler, il s’agit surtout de l’appliquer. »

P.G.

 

La déclaration se concluait par ces mots :

La FNLP appelle à la réalisation d’un large front unitaire pour s’opposer au projet de loi réactionnaire et antilaïque du gouvernement, projet tout imprégné de xénophobie et de haine contre une partie de la population et à entrer en résistance contre cette tentative profondément réactionnaire « l’importance des relations avec les cultes ».

La Libre Pensée appelle toutes les associations laïques et démocratiques, les syndicats ouvriers, les partis se réclament de la démocratie et de la Séparation des Eglises et de l’Etat à s’unir dans un grand Front laïque pour mettre en échec les projets réactionnaires, antilaïques et xénophobes du gouvernement Macron/Darmanin et de ses subsidiaires et à prendre toutes les initiatives unitaires dans ce sens.

Abrogation de la loi « Séparatisme » !

Retrait de tous les décrets scélérats !

 

 

COLLOQUE enseignement Privé

Enquête dans des établissements privés confessionnels sous contrat

 

Une journée d'étude organisée par le laboratoire Éducation, Cultures, Politiques (ECP) a eu lieu vendredi 10 décembre 2021 à l’Université Lumière Lyon 2. Elle portait sur les situations liées aux questions de religion, de discriminations et de racisme en milieu scolaire.

 

Elle rendait compte d’une enquête menée sur trois ans, sous la direction de Françoise Lantheaume, dans les établissements privés confessionnels sous contrat, dans 101 établissements de 10 académies. 

Elle s’appuyait sur 249 entretiens auprès de toutes les catégories de personnels travaillant dans ces établissements (direction, enseignants, personnels d’entretien et de surveillance, autres). Le modèle théorique est emprunté à la sociologie pragmatique de Boltanski, qui évacue toute dimension politique.

Cela dit, il n’est interdit à personne d’interpréter les résultats bruts.

 

D’emblée apparaît une différence entre les deux études quant à l’accès aux données : alors que dans une précédente étude cet accès ne posait pas problème dans le public, une méfiance réelle était constatée dans le privé.

Cette réticence à fournir des informations brutes était marquée par exemple par le refus ou l’impossibilité de fournir les fiches APAE (Aide au pilotage et à l’Autoévaluation) qui font état des résultats scolaires sur 5 ans et des catégories socio-professionnelles des familles.

Hypothèse : ces fiches contenaient-elles des données sensibles ?  Difficile aussi de savoir précisément la part des différentes confessions représentées. D’autre part les enquêteurs devaient passer par le chef d’établissement pour accéder – parfois difficilement - à la salle des professeurs. Il est arrivé que le contact avec les enseignants soit refusé par le directeur. C’est donc par le filtre de ce dernier que les enseignants étaient désignés et informés de l’enquête. Détail révélateur : c’est dans un établissement musulman que l’accès a été le plus facile. Il faut dire que ce type d’établissement est en recherche permanente de légitimité.

Dans l’enseignement catholique, la règle est celle de l’esprit « maison » : pas de vagues, priorité donnée à la bonne réputation de l’établissement, ce qui correspond à la logique de compétition concurrentielle sur le marché scolaire. Cela se voit dans la façon de traiter les tensions nées de propos ou d’attitudes racistes ou homophobes (rapportés comme étant peu nombreux). L’incident est généralement traité en interne de manière discrète et au cas par cas, en évitant de rendre les problèmes publics, et en tâchant de « maintenir le cadre ».

On navigue alors entre logique civique et logique d’opinion, corollaire sur le plan personnel de la tension entre logique communautaire et logique libérale qui définissent les priorités de l’établissement.

Mais le conflit peut être aussi « externalisé », nié comme relevant de l’esprit maison et rapporté à des causes exogènes. Cette logique peut conduire au renvoi pur et simple de l’élève.

La sélection du public scolaire, recruté plutôt dans des milieux favorisés participe de ce fonctionnement. 

La stabilité des personnels de direction, qui ne sont pas soumis aux obligations de mobilité et doivent un engagement aux projets du diocèse, garantit la permanence de rituels d’identification, de même que l’existence d’associations d’élèves ou d’anciens élèves.

 

La « diversité » contre l’universel

Fait relativement nouveau : la part faite à la « diversité » est devenue un élément-clé de la stratégie marketing et relève presque de la norme, comme on le constate partout. Comme les dames patronnesses avaient leurs pauvres, les écoles privées ont tous leurs enfants issus des quartiers difficiles, auxquels on accorde généreusement bourses d’étude, frais d’internat et d’inscription.

D’où un « effet mascotte » qui sert à certifier l’engagement républicain de l’établissement, bien plus qu’à capter un nouveau public scolaire. C’est à qui sera le plus fier d’avoir un ancien élève défavorisé qui a réussi et devient en retour le protecteur des nouveaux venus. On met volontiers en avant l’étymologie du mot « catholique » (de katolikos : universel). Mais c’est un universel qui s’accommode très bien de l’exclusion.

Comme le remarquait judicieusement une participante au colloque, on voit se mettre en scène une gestion subtile de la « diversité ». Mais il y a loin de la diversité à l’universalité ! Dans le privé, la diversité est une belle chose …à condition qu’on la contrôle, et qu’il n’y en ait pas trop !

On ne s’étonnera donc pas que les situations liées aux questions de religion, de discrimination et de racisme soient décrites comme exceptionnelles. Elles seraient sans commune mesure avec ce qu’il en est dans le public, celui-ci fait office de repoussoir facile où règnent violence et incivilités (en plus d’être une école de l’athéisme militant et de l’idéologie LGBT !). Les établissements privés assumeraient le rôle d’excellence que le public aurait abandonné. Pour autant, le recrutement d’élèves issus de catégories socio-professionnelles élevées et choyés parfois de la maternelle à la Terminale n’empêche pas les situations de conflit : refus de cours sur l’islam, harcèlements, homophobie, affichage d’opinions politiques extrêmes…

Enfin, l’excellence scolaire est un objectif volontiers mis en avant.

 

« Une école au service du projet de Dieu » (SGEC 2013)

Nous en arrivons au problème insoluble de la laïcité, que l’enseignement catholique est supposé respecter en tant qu’acteur intégré au service public.

Contrat oblige, le discours tenu est l’affirmation d’une extrême ouverture à toutes les postures spirituelles, et au rejet de tout prosélytisme : « souci de la personne, ouverture, bienveillance ». La reconnaissance du culte musulman fait partie de la stratégie de l’établissement. L’incroyance n’est pas stigmatisée.

Dans les faits, c’est pourtant la croyance qui définit la norme. On fait participer aux offices catholiques les élèves des diverses confessions, en mettant en avant la « richesse » d’un moment de partage.

Des familles demandent-elles une dispense de sorties scolaires ou d’office pour leurs rejetons ? Ces demandes ne sont pas de droit, et la situation se règle au cas par cas dans une négociation où l’on renvoie aux familles l’accusation de dogmatisme. Dans le cas d’un voyage scolaire vers un lieu de culte : difficile pour un enfant ou un adolescent d’être séparé de ses camarades ! C’est alors qu’il peut se sentir discriminé.

De fait, lui ou sa famille doivent se justifier de leur refus.

L’enseignement religieux obéit à deux modalités : d’une part la catéchèse, dispensée en-dehors du temps scolaire, sur la base du volontariat ; d’autre part la pastorale, inscrite dans l’emploi du temps qui peut prendre les noms les plus divers : « culture religieuse », « culture religieuse et humaine », « formation humaine et spirituelle », « instruction religieuse », « culture humaniste et chrétienne », etc.

Le contenu n’étant pas défini par l’éducation nationale, chaque établissement en fait ce qu’il veut « au risque d’une essentialisation des religions et d’un enfermement des élèves dans leurs pratiques et croyances supposées », comme le disent deux des enquêtrices. Point important : les intervenants, qu’ils soient enseignants, prêtres ou parents bénévoles, ne sont assujetties à aucun devoir de neutralité et peuvent se prévaloir de leur foi.

Difficile alors de dire où finit l’enseignement de la culture religieuse, et où commence la catéchèse !

Dans le secondaire, l’heure de Vie de Classe est un autre moment important, assurée par un enseignant qui n’est pas obligatoirement croyant, mais « nul besoin d’être chrétien pour conduire l’établissement de façon enracinée dans l’évangile ». Elle se propose de « libérer la parole » et « d’apprendre à penser par soi-même ». Elle débouche souvent sur des actions locales dans l’établissement ou la ville : bénévolat, écologie, collectes, paquets-cadeaux.

 

Autres écoles

Pour les écoles juives et musulmanes, les données sont incertaines car les établissements à 100% sous contrat d’association n’existent quasiment pas. Nous ne nous risquerons pas à en décortiquer le fonctionnement.

Les établissements musulmans organisent l’enseignement de l’arabe classique exclusivement, ignorant les dialectes. Ils jouent à fond la carte de la transparence et de la promotion des valeurs républicaines, comme s’il s’agissait pour eux de se donner une forme de « respectabilité ». Mais cette volonté de transparence n’est sans doute pas feinte. Une anecdote permet de l’illustrer : dans un établissement, 99, 7% des élèves sont de confession musulmane. Qui sont, ou plutôt qui est le 0, 3% restant ? Il s’agit d’un enfant d’enseignant pour lequel a été demandée une dispense des cours de religion. Pas de problème, et le cours a été placé en fin de journée pour mieux accéder à sa demande ! On n’imagine pas cela dans une école catholique.

D’autres données concernent les établissements d’excellence, peu différents de leurs équivalents du public.

« Ad Maiorem Scholae Gloriam », c’est la recherche d’une forme de prestige culturel et social qui prévaut et marginalise considérablement la dimension pastorale.

Celle-ci n’est d’ailleurs pas non plus la priorité des établissements ordinaires, préoccupés surtout de satisfaire leur clientèle. Tendance lourde, quelle que soit la diversité des situations rencontrées.

Il faudrait faire une place à la situation atypique des écoles de la Réunion, où le catholicisme occupe une position dominante et normative, sur un territoire marqué par une très grande diversité ethnique et religieuse. Cela se fait au détriment des autres religions, et peut aller jusqu’à l’interdiction d’un lieu de prière musulman.

Mais à la Réunion, le catholicisme lui-même est singulier : querelles entre « vrais » et « faux-catholiques » (selon la date de conversion des groupes concernés) ; syncrétisme qui admet le tromba, culte de l’esprit des morts qui provoque l’entrée en transe de jeunes filles dans les couloirs des lycées sans que cela émeuve plus que ça. Le privé réunionnais n’impose aucune sélection et revendique ses particularismes, dans une perspective presque nationaliste.

Somme toute, les résultats présentés ne révèlent pas de vraie surprise sur les pratiques en cours dans l’enseignement privé, mais présentent des éléments qui ont le mérite d’être documentés et correspondent à une évolution caractéristique des dernières années.

Ces données feront l’objet d’une publication début 2023 aux Presses Universitaires de Lyon.    P. G.

 

 

 Denis brack (2ème partie)

 

Avant de diriger le journal « L’Excommunié » que nous avons tenté de décrire dans le n° précédent de l’An II, Denis Brack fut d’abord collaborateur puis directeur de publication du journal « Le Refusé » qui parut de novembre 1867 à la fin 1868.

Cet hebdomadaire se présentait comme une « tribune des francs-parleurs » et traitait de tous sujets tels que littérature, arts, sciences, philosophie. Brack écrivit d’abord quelques articles, polémiquant d’abord contre les promoteurs lyonnais de l’homéopathie à Lyon qu’il tenait pour des charlatans.

Le 26 juillet 1868, il succéda comme rédacteur en chef à Jules Lermina, que les membres de l’association Etienne Dolet connaissent bien comme auteur en 1004 du « Martyre d’Etienne Dolet », roman récemment réédité par notre ami Marcel Picquier et grâce au travail du regretté Jean-Claude Dolet.

Fin 1868, le journal devait interrompre sa publication, atteint par une condamnation en justice.

Pour quels motifs, précisément ? Nous l’ignorons.

Le Refusé, « Tribune des Francs-parleurs », était domicilié 32 rue de l’Arbre sec – « boîte dans l’allée ».

Les numéros sont disponibles en version numérique sur le site Numelyon de la Bibliothèque Municipale (de même que L’Excommunié et L’Antéchrist).

59 numéros parurent, du dimanche 10 novembre 1867 au 20 décembre 1869. Le directeur en était Jules Frantz, les rédacteurs en chef Jules Lermina, puis Denis Brack à partir du n° 38 du 26 juillet 1868. On le trouvait en vente dans toutes les librairies de Lyon, mais aussi à Paris et dans les principales villes de la région lyonnaise.

Le numéro n° 59, le dernier, était encadré de noir. On y lisait :

« Tomberons-nous ? Ne tomberons-nous pas ? L’activité énergique avec laquelle notre procès est poursuivi ne nous laisse qu’une bien faible espérance ; il est très probable que dès les premiers jours de la semaine prochaine nous serons condamnés, exécutés en appel.

Aussi le deuil est dans notre âme ; c’est pour l’exprimer que nous encadrons de noir ce numéro, le dernier peut-être. »

C’était bien le dernier. On lisait ensuite ce message adressé par Jules Frantz, en première page :

 

 

LECTEURS, SALUT !

S’il faut périr, périssons donc, mais comme nous avons vécu, le cœur haut, l’épée à la main, au champ d’honneur ; Regardons fièrement nos adversaires, et crions-leur : Nous ne redoutons point la mort.

Nous tomberons avec la ferme confiance que, plus d’une fois, le lecteur, songeant à nous, dira :

Ce REFUSE ! Il est mort bravement

Annonce était faite d’un nouveau journal « L’Avant-Garde » - journal des francs-tireurs.

Nous n’en avons pas retrouvé trace. Est-il seulement paru ?

C’est un peu plus d’une année après, en avril 1869, que Denis Brack fondait « L’Excommunié », pareillement condamné en octobre 1870 pour s’en être pris aux frères ignorantins et s’être moqué « des superstitions religieuses et des abus du clergé. »

Le journal n’eut que le temps de saluer l’avènement de la nouvelle République.

 

  Denis brack (2ème partie)

 

Avant de diriger le journal « L’Excommunié » que nous avons tenté de décrire dans le n° précédent de l’An II, Denis Brack fut d’abord collaborateur puis directeur de publication du journal « Le Refusé » qui parut de novembre 1867 à la fin 1868.

Cet hebdomadaire se présentait comme une « tribune des francs-parleurs » et traitait de tous sujets tels que littérature, arts, sciences, philosophie. Brack écrivit d’abord quelques articles, polémiquant d’abord contre les promoteurs lyonnais de l’homéopathie à Lyon qu’il tenait pour des charlatans.

Le 26 juillet 1868, il succéda comme rédacteur en chef à Jules Lermina, que les membres de l’association Etienne Dolet connaissent bien comme auteur en 1004 du « Martyre d’Etienne Dolet », roman récemment réédité par notre ami Marcel Picquier et grâce au travail du regretté Jean-Claude Dolet.

Fin 1868, le journal devait interrompre sa publication, atteint par une condamnation en justice.

Pour quels motifs, précisément ? Nous l’ignorons.

Le Refusé, « Tribune des Francs-parleurs », était domicilié 32 rue de l’Arbre sec – « boîte dans l’allée ».

Les numéros sont disponibles en version numérique sur le site Numelyon de la Bibliothèque Municipale (de même que L’Excommunié et L’Antéchrist).

59 numéros parurent, du dimanche 10 novembre 1867 au 20 décembre 1869. Le directeur en était Jules Frantz, les rédacteurs en chef Jules Lermina, puis Denis Brack à partir du n° 38 du 26 juillet 1868. On le trouvait en vente dans toutes les librairies de Lyon, mais aussi à Paris et dans les principales villes de la région lyonnaise.

Le numéro n° 59, le dernier, était encadré de noir. On y lisait :

« Tomberons-nous ? Ne tomberons-nous pas ? L’activité énergique avec laquelle notre procès est poursuivi ne nous laisse qu’une bien faible espérance ; il est très probable que dès les premiers jours de la semaine prochaine nous serons condamnés, exécutés en appel.

Aussi le deuil est dans notre âme ; c’est pour l’exprimer que nous encadrons de noir ce numéro, le dernier peut-être. »

C’était bien le dernier. On lisait ensuite ce message adressé par Jules Frantz, en première page :

 

LECTEURS, SALUT !

S’il faut périr, périssons donc, mais comme nous avons vécu, le cœur haut, l’épée à la main, au champ d’honneur ; Regardons fièrement nos adversaires, et crions-leur : Nous ne redoutons point la mort.

Nous tomberons avec la ferme confiance que, plus d’une fois, le lecteur, songeant à nous, dira :

Ce REFUSE ! Il est mort bravement

Annonce était faite d’un nouveau journal « L’Avant-Garde » - journal des francs-tireurs.

Nous n’en avons pas retrouvé trace. Est-il seulement paru ?

C’est un peu plus d’une année après, en avril 1869, que Denis Brack fondait « L’Excommunié », pareillement condamné en octobre 1870 pour s’en être pris aux frères ignorantins et s’être moqué « des superstitions religieuses et des abus du clergé. »

Le journal n’eut que le temps de saluer l’avènement de la nouvelle République.

 

 libres propos, libres pensées

 

Guerre froide 2.0 : épisode l'UE, l'OTAN, l'Ukraine et la Crimée

 

 

   La grave question du moment est : en massant ses troupes à sa frontière, la vilaine Russie s'apprête-t-elle à envahir l'Ukraine ? Exprimé plus bêtement : la Russie encerclée à ses portes par d'innombrables bases de l'OTAN s'apprête-t-elle à se défendre ? 

À tort ? Les médias bien briefés qui nous tombent journellement dans les yeux et les oreilles nous assènent en chœur que la Russie assoiffée de guerre et de conquêtes a arraché la Crimée à sa patrie, l'Ukraine, en l'annexant par la force des armes, violant ainsi brutalement le droit international. 

En bref, on nous rejoue la farce tragique qu'a été la Guerre froide sans tout nous dire sur la question.

  

Petite explication du contexte : en 2014, l'Ukraine était en négociation pour intégrer l'UE lorsqu'au dernier moment, le chef d'État ukrainien Viktor Ianoukovytch après avoir bien relu le projet de traité, a découvert que celui-ci obligeait l'Ukraine à couper toutes ses relation commerciales avec la Russie voisine qui était historiquement son premier et plus proche partenaire économique, avec des siècles d'histoire commune, une grande proximité linguistique (l'ukrainien étant très proche du russe qui est très majoritairement parlé par la population du Donbass à l'est de l'Ukraine et en Crimée), etc.

   Comme il envisageait l'Ukraine plutôt comme une passerelle commerciale profitable et pacifique reliant l'UE et la Russie il a interrompu les négociations, ce qui a immédiatement déclenché une très sanglante "révolte populaire spontanée" dite "Euro-Maïdan" à quelques mois d'élections où il aurait été à coup sûr battu (il passait pour très corrompu, mais c'est quasi la norme en Ukraine !)

   Ce coup d'état baptisé "Révolution" mettant en branle de dangereuses milices d'extrême-droite a été notoirement organisé, soutenu et financé par les USA (cinq milliards de $ : source Médiapart), très médiatisé, avait pour but d'accélérer l'adhésion de l'Ukraine à l'UE mais surtout à l'OTAN.

   En réalité, cela plaçait l'UE dans une position très difficile vis-à-vis de la Russie, un excellent client et un très gros fournisseur de pétrole et de gaz à prix raisonnables, mais les USA n'en avaient cure : "Fuck the UE ! " a déclaré Victoria Nuland secrétaire d'État US pour l'Europe et l'Eurasie) devant les réticences de l'UE, qui a ainsi démontré sa totale vacuité, sa vassalité et son impuissance.

 

Parlons de la Crimée : depuis 1791 et le traité de Jassy signé avec l'empire ottoman, la péninsule de Crimée relevait du gouvernement de la Tauride en Russie tsariste, puis évidemment de l'URSS dès 1921 en tant que République Socialiste Soviétique Autonome de CRIMÉE, majoritairement peuplée de russes et donc indépendante de la République Socialiste Soviétique d'UKRAINE, sa voisine.

   Après la guerre en 1945 la Crimée est intégrée dans la République Socialiste Soviétique de RUSSIE, en tant qu'oblast (région administrative de la Russie), comme elle le fut depuis Catherine II.

   En 1954, pour "raisons administratives" liées à la construction d'un canal (402 km) reliant l'Ukraine à la Crimée, Nikita Khrouchtchev, qui fut un très haut hiérarque politique ukrainien, a "offert" d'un trait de plume la Crimée à l'Ukraine mais cette union forcée a toujours été extrêmement turbulente et n'a jamais été acceptée par les Criméens qui ne voulaient pas dépendre de Kiev et réclamaient depuis en vain à cor et à cris leur séparation.

   Autant dire que la soi-disant "révolution" d'Euro-Maïdan les inquiétait au plus haut point et qu'ils ne souhaitaient pas du tout y être impliqués, y compris les diverses minorités non-russes qui y vivaient.

   Ils ont alors organisé un référendum le 16 mars 2014 pour demander leur retour à la Russie, qui a connu un taux de participation de 82% et a été approuvé à 96.6 % des votants. Il a été largement accusé à l'Ouest d'être entaché de fraudes mais l'institut de sondages américain Gallup a cependant estimé que, fraudes ou pas, le résultat était totalement conforme à l'opinion majoritaire.

Et toute la partie russophone de l'est de l'Ukraine, le Donbass, la plus industrieuse, la plus ouvrière et la plus productive est entrée en sécession armée pour être aussi intégrée à la Russie, comme la Crimée

Mais la Russie pour ne pas mettre de l'huile sur le feu préfère attendre… Elle rappelle que le Kosovo a fait sécession de la Serbie par un référendum semblable que le monde entier a estimé légitime et qu'elle l'avait accepté comme un "fait accompli".

   Le jeu de l'OTAN : après la chute du mur de Berlin, Gorbatchev a accepté la réunification de l'Allemagne contre la promesse que l'OTAN ne s'étendrait pas plus loin à l'est, "promesse" non scellée par un traité. On sait depuis ce qu'il en est.

   Ainsi, des bombardiers nucléaires volent à 20 km de la frontière russe et des navires US patrouillent en mer Noire, ce qui équivaut à des vaisseaux de guerres russes ou chinois dans le golfe du Mexique.

   L'Ukraine étant devenue un pays indépendant, elle continuait cependant à héberger les importantes bases navales historiques crées par les russes et qui étaient leur seul accès aux "mers chaudes" du sud (mer Noire, mer Méditerranée). Ces bases étaient donc louées à l'Ukraine par un traité-bail jusqu'en 2042. La dénonciation par l'Ukraine de ce traité en aurait donc chassé les russes et surtout permis à l'OTAN d'y installer sans coup férir ses missiles de moyenne portée à 1.273 km de Moscou !  

   C'eût été un tel et inimaginable acte d'hostilité, "qu'il est surprenant que les stratèges occidentaux l'aient estimé possible sans une réaction très vigoureuse de la part des russes" s'étonne le Prof. Stephen Cohen (1938-2020), professeur émérite d'histoire et de politiques russes à la New York University et à la Princeton University).

   La perte inattendue de la Crimée n'avait jamais été envisagée ni anticipée, ni par l'Ukraine, ni par l'OTAN et constituait donc un grave et stupéfiant revers stratégique qui n'a toujours pas été digéré.

   Depuis lors, l'Ukraine est engluée dans une dure guerre civile très peu médiatisée au Donbass (13.000 morts à ce jour !) et un tel chaos politico-financier que l'UE n'envisage plus du tout pour le moment son adhésion : elle a déjà assez de boulets.

   Depuis, les russes ont construit le pont de Crimée, inauguré le 15 mai 2018, un pont routier-ferroviaire de 18 km sur le détroit de Kertch entre mer Noire et mer d'Azov (un très ancien projet mais jusque-là jamais réalisé) qui relie directement le continent russe à la Crimée sans passer par l'Ukraine.

  De plus, ce pont interdit dorénavant physiquement toute navigation de gros navires allant aux ports ukrainiens situés en mer d'Azov mais pas du tout celle des ports russes de la même mer qui ne peuvent recevoir que de petits bateaux car tous situés en eaux très peu profondes (profondeur maxi de la mer d'Azov : 14 mètres !)  Le jeu d'échecs est bien un des beaux-arts en Russie !                 RJ



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 ÉDITORIAL


 

C’est le mois d’août. La rentrée se profile, dans un étrange climat de colère et d’inquiétude lié au contexte sanitaire et social. Fait sans précédent : une mobilisation sans équivalent connu à cette époque de l’année ; des manifestations atypiques mettant en cause l’application du Pass sanitaire.

Le problème serait-il médical ? A l’évidence, pas seulement. Les motivations des participants sont multiples, sur fond de méfiance à l’égard du vaccin d’abord, justifiée ou non. (De notre point de vue, dans ce cas précis, elle ne l’est pas). Mais depuis des décennies on a fait l’expérience des mensonges d’état (scandales sanitaires, sang contaminé, sans parler – sur un sujet voisin – du fameux nuage de Tchernobyl). Scepticisme accru par les mesures de santé qui ont dégradé l’hôpital public et conduit le système des urgences à l’asphyxie ; par la destruction des masques et l’affirmation de leur inutilité au printemps 2020, par les fermetures de lits, par les incohérences imputables aussi à une gestion autocratique de la crise, l’exécutif marginalisant les « corps intermédiaires ».

Méfiance donc. Car les « fake news » ne sont pas toutes issues des milieux complotistes. C’est même paradoxalement par peur des fausses informations qu’une partie des manifestants se sont mobilisés. C’est aux Antilles que la défiance est la plus marquée, et pour cause. Qu’est-ce qui explique que les habitants de la Guadeloupe soient bien moins nombreux à être vaccinés qu’en Métropole ? Le délabrement des structures médicales sans aucun doute, mais surtout l’expérience traumatisante du chlordécone, ce pesticide reconnu dangereux, interdit dans plusieurs pays mais autorisé par le gouvernement français jusqu’en 1993 (alors qu’il était interdit en Métropole depuis 3 ans !). Plus de 90% de la population adulte antillaise est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France. La population présente un taux d'incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde. Le dossier est ultra-sensible aux Antilles. La pollution des sols par le chlordécone, considéré comme perturbateur endocrinien et

cancérogène probable, a été jugée par Emmanuel Macron lui-même comme un « scandale environnemental ».

Réagissant à l’hypothèse d’un non-lieu après quinze ans d’instruction, Me Christophe Leguevaques, avocat d’un collectif de victimes, a parlé en mars 2021 de « crime contre l’humanité » : « Toute la population des Antilles est concernée, et on vient nous dire que peut-être il y aurait prescription. »

Résultat aujourd’hui : les populations antillaises sont doublement victimes. Elles souffrent des conséquences de l’empoisonnement, et comme elles ont perdu confiance envers les institutions, elles renâclent à se faire vacciner et sombrent dans une situation de désastre sanitaire.

«

Justifiées ou non, à notre avis fantasmatiques, les réticences face au vaccin ne sont qu’un aspect du problème. Les manifestants « anti-Pass » sont souvent vaccinés, et même partisans d’une vaccination la plus large possible. Il vaut mieux le rappeler car si l’on en croit certains medias – BFM-TV par exemple - il s’agirait plutôt d’un ramassis de nihilistes irresponsables et antisémites (avec à peine un peu d’exagération).

Mais déjà des restaurateurs mettent la clé sous la porte, des licenciements se profilent, des mesures controversées et impopulaires sont relancées en pleine période de crise, de la réforme des retraites à l’assurance-chômage, ajoutant à un climat déjà très anxiogène. Quant aux élèves du secondaire qui n’auront pas leur Pass, ils se verront « évincés » de l’enseignement en présentiel, selon l’expression du ministre Blanquer. Ils resteront à la maison et « bénéficieront » (si l’on peut dire) de l’enseignement à distance reconnu par les inspecteurs pour son inefficacité, et qui représente aussi un surcroît de travail pour des enseignants déjà surchargés. « Evincés » : le Littré donne un sens technique au mot utilisé. « Evincer » est un terme de jurisprudence qui signifie « déposséder juridiquement ».

Or il n’est pas question de jurisprudence à cette étape. Le second sens, par extension, signifie : « enlever à quelqu’un par intrigue une place, une affaire, etc. » Quel sens correspond à la pensée du ministre ? Sa feuille de route étant la réduction drastique des moyens consacrés à l’enseignement, et comme le télé-enseignement est reconnu pour permettre des économies d’échelle, la réponse est hélas facile à trouver.

«

En juin dernier était adopté un appel par les personnels de l’hôpital du Vinatier, réunis en Assemblée en présence de leurs organisations syndicales. On y lisait : « Après 40 ans de fermetures de lits à l’hôpital psychiatrique public, en pleine période de développement de la précarité économique et d’exclusion sociale, abandonnant sans soins des dizaines de milliers de patients, hospitalisés jusqu’alors en psychiatrie, les envoyant souvent en prison ou les laissant errer, se clochardiser et se mettre en danger de mort, sous prétexte de leur éviter une « chronicisation institutionnelle traumatisante (…) » Ce constat est bien connu, on estime même que 60% des détenus emprisonnés dans les prisons françaises relèvent aussi de la psychiatrie. Nous assistons à un terrible retour en arrière, alors que l’on entend s’élever des voix pour remettre en cause l’irresponsabilité pénale des personnes dont le discernement est aboli. Ce serait un terrible retour en arrière. Cela doit aussi nourrir notre réflexion sur l’extension de l’arsenal liberticide actuel, qui prend des allures de course aux armements. A suivre.

P.G

 

Extrait du blog de BENOIT SCHNECKENBURGER             15 JUILLET 2021

Laïcité à Lyon : la culture a bon dos

La ville de Lyon, dirigée par une coalition réunissant EELV et diverses organisations de gauche, vient de voter une nouvelle subvention à l’Institut Français de Civilisation Musulmane au nom de l’action culturelle. Il s’agit d’une nouvelle atteinte à la laïcité, si habituelle dans la cité du Primat des Gaules.

L’ancien Maire Gérard Collomb, Ps passé LREM y avait l’habitude de subventionner largement les organismes dits culturels liés à des cultes. Il avait aussi l’habitude de s’humilier publiquement, avec bien d’autres élus notamment de droite, en allant se soumettre au serment des échevins chaque année, cérémonie où la ville de Lyon écoute symboliquement le Cardinal lui faire un sermon. Là, la tradition était invoquée, alors que d’autres maires plus courageux s’y étaient soustraits. À droite, Laurent Wauquiez a par deux fois bravé la loi en installant des crèches dans le conseil régional, là encore au nom de la tradition et de la culture. Pas de tradition établie pour un bâtiment construit par Christian de Portzamparc entre 2006 et 2011, le Conseil d’État lui a donné tort et l’a condamné.

Le Maire Grégory Doucet, et la majorité municipale avec lui, confond une fois de plus laïcité et tolérance. Il avait déjà inventé un curieux service municipal en dotant une adjointe, Florence Delaunay, de la charge des droits et égalités, de la mémoire, des cultes et spiritualités. Comme si une Mairie se devait de mettre sur le même plan l’égalité devant le droit et le dialogue avec les cultes et les spiritualités. Si la loi de 1905 assure la liberté de conscience et de culte, elle n’offre pas de service public du culte, strictement liée à l’obligation, justement, de ne reconnaître aucun culte : ce sont les articles Un et Deux de la loi de 1905.

Le conseil municipal de Lyon vient de voter une subvention de 45.000 euros à l’IFCM. Cet institut dont le site internet rappelle qu’il a été fondé avec la Grande Mosquée de Lyon, adossé à elle, assure notamment la formation des Imams. En lui attribuant une subvention, fut-ce au titre d’autres actions dites culturelles, il s’agit précisément de soulager sa trésorerie, actuellement en difficulté, par des fonds publics. C’est un détournement flagrant de la laïcité. Ces 45.000 euros auraient été bienvenus pour des actions profitant à toute la collectivité en ces temps de crise sanitaire et sociale : pourquoi pas aux associations qui promeuvent une éducation populaire, ou aux O.N.G qui viennent en aide aux victimes de la crise économique actuelle ?

Benoît Schneckenburger

 

 ÉCHOS : DU SAbre au goupillon

 

Olivier de Germay : d’officier parachutiste   à   Primat des Gaules.

 

Suite à l’échos des bénitiers de l’AN II n°183 qui se concluait par "nous y reviendrons".

   « Il aura fallu huit longs mois à Rome pour trouver un successeur à Philippe Barbarin. Pour remplacer l'archevêque de Lyon démissionnaire, mis en cause dans le retentissant scandale de pédophilie qui a traumatisé le diocèse de Lyon et ébranlé l'Église française jusqu'au Vatican, le pape François a nommé Olivier de Germay, le discret évêque d'Ajaccio.

   Une nomination surprise qui a pris de court tous les pronostics y compris la conférence des évêques de France qui n'avait pas vu passer ce nom dans la shortlist des nominables. L'intéressé confie avoir lui-même été étonné par la proposition. ‘‘J'ai reçu un appel du nonce le jour de mes 60 ans, c'est-à-dire le 18 septembre. Je l'ai ensuite rencontré à Paris où il m'a annoncé que le pape m'avait nommé archevêque de Lyon. Ç'a été une énorme surprise, pas un seul instant je n'avais imaginé une telle nomination.’’ On murmure même que plusieurs évêques ont décliné l'offre tant la tâche de restauration de la confiance et de l'image de ce diocèse semble ardue. » (Le Point.fr du 22/10/2020)

   Il n’est pas inintéressant de se rappeler que « Si le pape a accepté sa démission et qu'il n'est plus archevêque, Philippe Barbarin conserve sa calotte rouge de cardinal, comme le rappelle Le Parisien, et fait toujours partie des « 128 cardinaux-électeurs âgés de moins de 80 ans susceptibles de se retrouver en conclave ». Il n'en reste d'ailleurs pas moins proche du pape, avec qui il a célébré son 70e anniversaire à Rome » (Le Point.fr du 31/01/2021)

 

   Malgré quelques difficultés, quelques jours après la levée du 2ème confinement, le 20 décembre 2020, un remplaçant au Cardinal Barbarin, un ancien officier parachutiste est donc installé nouvel archevêque de Lyon.

 

« ‘‘Le sabre et le goupillon’’ l’expression attribuée à Clémenceau, résume à merveille les deux vies d’Olivier Germay » (C’est La Nouvelle République du 23/01/2021qui le dit.)

Le nouvel archevêque a répondu, ce jour-là, à la Nouvelle République :

   A la première question « Est-ce l’officier qui a fait le prêtre ou veillait-il dans le militaire ? », l’ancien officier parachutiste répond :

   « J’ai vécu pleinement mon métier de militaire dans l’idée de faire carrière et sans penser à devenir prêtre. » Puis : « Quel rôle ont joué vos séjours aux Tchad, en Centrafrique et en Irak, comme officier parachutiste ? » « Cela a d’abord été pour moi une belle expérience humaine. J’ai pu découvrir d’autres cultures, et vivre des missions assez exaltantes lorsqu’on a 25-30 ans. Le temps passé au Sahel n’a pas été neutre sur le plan spirituel. Le désert en effet est un lieu qui favorise un retour à l’essentiel. J’y ai rencontré des personnes pauvres mais dont la foi bousculait la mienne. Pendant la guerre du Golfe, j’ai réalisé combien l’usage démesuré de la force pouvait donner l’illusion de solutionner un problème tout en semant la haine dans le cœur de millions de personnes. »

   Selon Christian de Germay, général de cavalerie, le papa de Olivier de Germay, interrogé par le même quotidien : « Juste avant de suivre le cours de capitaine à Saumur, il se rend à l’abbaye bénédictine de Fontgombault (Indre) à la Toussaint, il nous dit avoir une grande nouvelle et, à la surprise générale, nous a annoncé vouloir quitter l’armée pour rentrer au séminaire. … Il a voulu suivre son régiment pour la guerre du Golfe, ne voulait pas se débiner même si sa décision était prise.’’  … »

Nous y reviendrons…

ENTRAIDE ET SOLIDARITÉ des libres penseurs de france

COMPTE-RENDU DE L’ASSEMBLEE GENÉRALE DES ADHERENTS DU RHÔNE DE ENTRAIDE ET SOLIDARITE DU 19 JUIN 2021

 

            Invités à le faire concomitamment à l’AG de la LP du Rhône, les adhérents du Rhône de E.S.L.P.F., se sont réunis à la Maison des Associations, rue Major-Martin à Lyon 1er. Cette réunion était consacrée à la préparation de l’Assemblée générale de VOIRON du 26 août 2021.

   La discussion a permis de mettre en évidence l’enjeu : convaincre un maximum d’adhérents et d’amis de la Libre Pensée de devenir MEMBRE BIENFAITEUR. En effet, si c’est la cotisation à ENTRAIDE et SOLIDARITÉ qui ouvre droit à l’aide, les dons, comme les legs, restent indispensables pour pérenniser les ressources.  Ceci, afin de pouvoir continuer à aider les Libres penseurs en activité ou retraités, leurs conjoints, leurs enfants, en difficulté.

   Dans cet esprit, les adhérents du Rhône se sont prononcés, à l’unanimité, favorablement, sur les rapports d’activité et financier, pour le maintien de la cotisation 2021-2022 à 4€ (comme l’exercice précédent), pour les candidats au Conseil d’administration. Ils ont mandaté Xavier HYVERT pour les représenter à VOIRON.

Les adhérents du Rhône ont souhaité se doter d’un réfèrent départemental. René JAMBON, avait indiqué, en séance, réfléchir à remplir cette fonction. Il a depuis confirmé son accord. Qu’il en soit remercié.

Compte rendu établi par Xavier HYVERT.

       

10-12, rue des Fossés Saint-Jacques 75005 PARIS

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Entraide et Solidarité aide des associations laïque de bienfaisance en France et dans le monde

 

 

Les demandes d’aide, de conseil sont à adresser au Président de Entraide et Solidarité des Libres Penseurs de France, 10-12, rue des Fossés-Saint-Jaques 75 005 PARIS - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pour tous renseignements : votre RÉFÉRENT dans le Rhône est René JAMBON (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)

 

 commune de lyon 1871

Libres-penseurs à Lyon sous la Commune

Les libres-penseurs lyonnais ont joué un rôle actif et se sont organisés très tôt en sociétés au XIXe siècle. Pour autant leur histoire reste méconnue.

Ils n’ont pas fait réellement l’objet d’études historiques, contrairement aux membres de l’AIT (Alliance Internationale des Travailleurs) pour lesquels nous disposons du travail considérable de Maurice Moissonnier, spécialiste de l’histoire du mouvement ouvrier et de l’Internationale. Cette méconnaissance s’explique en partie par la disparition des archives de la Libre Pensée lyonnaise au cours de la 2e guerre mondiale, dans des circonstances que nous ne connaissons pas. Mais pas seulement : notre propre histoire est un objet d’étude relativement récent. C’est justement parce qu’elle a été longtemps négligée – à l’échelon national – qu’en 1999 a été constitué l’IRELP (Institut de Recherche et d’Etude de la Libre Pensée). Son but est de « promouvoir, soutenir et favoriser les recherches privées et institutionnelles dans les domaines historiques, littéraires, artistiques, linguistiques, philosophiques, scientifiques, psychologiques, sociologiques, etc., se rapportant plus particulièrement à la Libre Pensée » (art. 2 des statuts). Depuis plus de 20 ans, les avancées ont été considérables. A Lyon, il reste à faire.

Il faut donc saluer la parution en 2015, à l’Atelier de création libertaire, de l’ouvrage de Matthieu Rabbe : « Les Communards à Lyon » sous-titré « Les insurgés, la répression, la surveillance ». Certes cet ouvrage n’est pas consacré à la Libre Pensée, mais en renouvelant l’approche de l’histoire de la Commune de Lyon, il fournit des éléments qui permettent de mieux voir le rôle qu’y jouèrent les libres-penseurs.

Avant de donner quelques données chiffrées, il faut prévenir une erreur possible : l’histoire de la Libre Pensée ne s’identifie ni à l’insurrection parisienne ni à la lyonnaise. A Lyon, la Commune eut ses Versaillais, on trouvera donc des libres-penseurs « des deux côtés de la barricade ». Le meilleur exemple est fourni par la personnalité de Louis Andrieux, républicain détenu à la prison Saint-Joseph sous l’Empire et membre du comité qui proclama la République au balcon de l’Hôtel de Ville, le 4 septembre au matin. La Commune nouvellement élue, sous la mandature de Louis Hénon, fut réellement anticléricale. Mais le surgissement de l’insurrection parisienne, le 18 mars 1871, fit paraître au grand jour les tensions entre les républicains tenants de l’ordre bourgeois et le parti ouvrier populaire (au sens large) autrement plus radical. Louis Andrieux choisit son camp et, devenu procureur de la République, fut l’artisan de la répression qui fit au bas mot une trentaine de morts à la Guillotière, le 30 avril 1871.

Sur la place des libres penseurs dans les rangs de la République bourgeoise, nous n’avons pas de données. Mais sur celle qu’ils occupèrent dans les rangs de l’insurrection d’avril 1871, et dans les deux tentatives du 28 septembre 1870 et de mars 1871, il y a du nouveau. Voire : du lourd !

Matthieu Rabbe s’est attelé à dépouiller les fiches des dossiers individuels constitués à partir de la fin 1871 à fin de surveillance, ainsi que les dossiers des tribunaux militaires. Ce sont 1139 noms qui ont été retrouvés, parmi lesquels 18 francs-maçons seulement, alors qu’en Province – plus qu’à Paris – la franc-maçonnerie n’hésita pas à prendre publiquement parti. Les fiches de renseignements collectées portent essentiellement sur la moralité, la situation de famille, la situation financière et les opinions politiques. Voici quelques conclusions tirées de cette étude :

« Les communards lyonnais ont fait preuve de leur anticléricalisme. En chiffres, sur la totalité des individus traités, on relève 268 communards explicitement catégorisés comme « libres penseurs », environ une proportion de 23 ou 24 libres penseurs sur 100. Ainsi un quart des communards à Lyon étaient libres penseurs, une proportion probablement en-dessous de la réalité. Les membres de société, comme celle des « matérialistes » ou encore les sociétés d’enseignement libres et laïques, ne sont pas forcément indiqués comme étant des libres penseurs, mais la proportion d’hommes et de femmes y manifestant leur anticléricalisme y est probablement très élevée. »

Il se trouve que sur les 22 membres de la commission d’organisation des banquets libres-penseurs, qui fonctionna jusqu’au 4 septembre 1870, on retrouve 11 noms dans les fiches de police. Ce rapport d’un sur deux est peut-être un indice sur la répartition en deux camps, ordre établi contre révolution sociale, que nous évoquions plus haut. Mais tant de facteurs peuvent expliquer l’absence des 11 noms restants qu’on se gardera de conclusions hâtives. Du reste, avant même que se manifeste la fracture communarde, la municipalité lyonnaise avait commencé à œuvrer dans le sens d’une séparation de fait entre l’Eglise et l’Etat, même si elle ne pouvait évidemment pas prononcer la disparition du budget des cultes qui ne relevait pas d’une compétence locale. Dès le 14 septembre 1870, avant l’élection, le Comité de salut public avait publié par voie d’affiches un arrêté portant que l’enseignement donné par les congrégations religieuses était « contraire à l’esprit républicain », en conséquence de quoi :

« ART. 1er. - Nulle subvention n’est accordée dès ce jour par la Commune aux institutions religieuses de l’un et l’autre sexe.

ART. 2. – Les locaux appartenant à la Commune et servant actuellement aux écoles religieuses et aux salles d’asile seront désormais affectés à des écoles et à des salles d’asile, dirigées par des personnes laïques.

ART. 3. – Nulle personne ne peut exercer l’enseignement sans être munie d’un diplôme. »

Il était difficile d’aller plus loin !

Mais comment expliquer l’anticléricalisme radical des républicains de l’époque ? Ils avaient vu avec quel zèle les prêtres s’étaient ralliés au régime de Louis-Napoléon Bonaparte contre la République, après avoir béni les arbres de la liberté en 1848. Cette époque correspond au pontificat de Pie IX. Elle est celle de la reprise en main ultramontaine du clergé par l’autorité romaine, épouvantée par le Printemps des peuples ; celle des proclamations dogmatiques les plus réactionnaires : « Syllabus » de 1864 condamnant les Droits de l’Homme et autres « perversions de la modernité », infaillibilité pontificale en 1870, pour ne citer qu’elles. Les deux décennies qui précèdent la Commune sont chargées de sentiments anticléricaux, dans la continuité d’une tradition plus ancienne. Matthieu Rabbe rappelle le constat de l’historien René Rémond : « La Commune se proclame fille de la grande Révolution. Elle renoue avec la politique antireligieuse d’une époque de la Convention. »

A Lyon davantage que dans d’autres villes, le mouvement de 1848 était anticlérical.

Les enterrements civils, qui se transformaient parfois en manifestations spontanées, existaient avant 1850. Le refus du baptême, les cérémonies civiles sont attestés. A la fin de l’Empire, les banquets gras du « vendredi dit saint » commencent à se multiplier.

Maurice Agulhon (cité par M. Rabbe) jugeait que « le socialisme et la libre pensée étaient liés, parce que le socialisme était une idée hardie, et que la libre pensée était, par définition, l’école de la hardiesse. » On pouvait donc tout naturellement être affilié à une société de libre pensée et membre de l’Association Internationale des Travailleurs. On en a l’exemple avec Nicolas Chassin, représentant de la section de l’Internationale à Villefranche, qui dirigeait des enterrements civils. Soit dit en passant, la section de l’AIT de Villefranche était forte d’une cinquantaine de membres !

En dépouillant les fiches de police, Matthieu a trouvé 186 noms de communards lyonnais membres de l’AIT, qui recouvrent partiellement mais pas totalement les 268 noms de libres penseurs. Et ces deux ensembles sont probablement sous-évalués : d’une part on pouvait être affilié à l’AIT via l’une des 28 corporations de métiers adhérentes, et d’autre part on pouvait être membre d’une société comme celle des « matérialistes », ou d’une société « d’enseignement libre et laïque ». Dans quelle mesure la police tenait-elle compte de ces différents cas de figure, et en avait-elle-même connaissance ? Nous n’en savons rien.

Nous avons déjà évoqué dans l’An II la figure de Marie Bonnevial. D’autres personnalités mériteraient d’être connues : Michel Alphonse Cartier, Jean-Baptiste Chanoz, Anne et Jean-Marie Cluzel, François Dizin, Anthelme Favre, Antoine Filleron, Etienne Pierre Ginet, Jacques Pilon, Jacques Melinaud, Jacques Meyer, François Michaloux, Etienne Monet : si ces noms de ces libres-penseurs ne vous disent rien, ça n’a rien d’anormal. Nous y reviendrons.

Louis Palix est plus connu. Voici la notice que lui consacre Matthieu Rabbe :

« Né en 1829, tailleur. Il arriva à Lyon en 1857 et fut membre en 1866 de l’Internationale. Membre de plusieurs sociétés coopératives et libre penseur, il fut délégué de la corporation des ovalistes en 1869 au congrès de l’Internationale à Bâle. Arrêté en raison de son appartenance à l’Internationale en avril 1870, il est amnistié le 4 septembre de la même année avec la République. Membre du Comité de salut public puis membre du Comité central du Salut de la France, il signe comme d’autres internationalistes lyonnais l’affiche bakouniniste du 28 septembre. C’est chez lui que résidaient Bakounine et Lunkiewicz. Il fut arrêté à la suite du 28 septembre, mais, très malade, il fut laissé en liberté et mourut dans les premiers jours de février 1871. »

Et puis il faudra revenir sur le cas de Rodolphe Eugène Grosdenis, dit « Denis-Brack », co-rédacteur et gérant de deux journaux libres-penseurs : « L’Excommunié » (de 1869 à l’été 70) et « L’Antéchrist » (six numéros en septembre-octobre). Une figure majeure !

Ce sera pour une prochaine chronique…                                                                                            P.G.

EN HOMMAGE AUX VICTIMES

DE LA COMMUNE DE LYON,

SOLIDAIRE DE LA COMMUNE DE PARIS DE 1871,

POUR SON PROGRAMME DE PROGRES

DEMOCRATIQUE ET SOCIAL

Cette plaque en hommage aux victimes de la répression devrait être posée au printemps prochain sur les lieux de la tragédie place Gabriel Péri.

Elle sera financée par une souscription citoyenne initiée par la Libre Pensée, l’IHS-CGT et les Amis de la Commune de Paris, avec le soutien de la LLDH et l’accord de la municipalité lyonnaise. 3 €, 5 €, 10 €… ou bien sûr davantage : faites partie des souscripteurs !

Directement auprès du Bureau de la fédération ou via notre site internet – Rubrique « Faire un don »

 

 

AVENUE THIERS : une débaptisation possible ?

Peut-être bien…  et sans changer les adresses ni le cadastre ! Comment cela se peut-il ? Laissons la parole à un correspondant du journal « Le Progrès », qui fait le point sur cette affaire :

 

Le nom de l'avenue Thiers à Lyon dans le 6e, est sujet à des interrogations. Car s'agit-il bien d'une artère dédiée à Adolphe Thiers ou à un général, Auguste Thiers ?

La libre pensée ainsi que l'institut d'histoire sociale de la CGT et les Amis de la Commune de Paris ont déjà fait part de leurs doutes auprès de M. Biscarat, chargé de mission au cabinet de Florence Delaunay, chargée entre autres de la mémoire. Pierre Girod, président de la Libre Pensée et Alain Bujard, représentant de l'Institut d'Histoire Sociale de la CGT, ont pu évoquer le nom du général Thiers (1842-1890) : "Rien n'est bien sûr officiel, mais les archives municipales indiquent de quel Thiers il s'agit. Un document précise qu'Edouard Thiers était un capitaine qui a commandé les gardes mobiles du Rhône au siège de Belfort. Il fut député du Rhône en 1855. Une précision qui est mentionnée dans l'ouvrage de Maurice Vanarro, "Rues de Lyon à travers les siècles".

S'il s'agit bien du général Auguste Thiers, les associations représentées demanderont alors que la précision soit indiquée, le nom d'Adolphe Thiers étant une référence controversée en cette année de commémoration des évènements de la Commune de Lyon et Paris, Adolphe Thiers ayant réprimé ce mouvement dans le sang. Une opération possible qui ne coûterait rien et éviterait les problèmes administratifs qu'entraîne une rebaptisation ordinaire.  "La possibilité de porter cette indication sur une plaque en début d'avenue serait une possibilité". Rien n'est décidé, mais il est certain que La Libre Pensée et Institut d'Histoire Sociale de la CGT préfèrent cette référence au général Thiers plutôt qu'au responsables des massacres de la Commune.

Une revendication historique qui fait sens et a déjà reçu un accueil intéressé de la part de la municipalité, même si aucune décision n'a encore été prise.

                                                                                                                                  Dominique Cairon

 Louis lagresle

 

Louis Lagresle, cégétiste, libre penseur, est né le 2 février 1890 dans une famille ouvrière de Cours, (Rhône) célèbre pour ses couvertures.

En effet, le chauffage des habitations n'était pas aussi performant qu'aujourd'hui, et les couvertures étaient très appréciées.

 

  

Et les expéditions coloniales dévoraient des ballots de « grisons », couvertures de basse qualité, comme plus tard les armées pendant la drôle de guerre.  

La situation financière des patrons était florissante, celle des ouvriers, misérable ; ceux-ci travaillaient dans de mauvaises conditions, atmosphère polluée par la Bourse, pour de maigres salaires.

Ainsi Louis Lagresle arriva au monde en pleine grève. Commencée le 22 juillet 1899, elle dura neuf mois, eut un retentissement considérable.

Jean Jaurès, Jules Guesde se déplacèrent, une solidarité internationale fut organisée en Angleterre et en Allemagne.

Un journal local fut distribué, titrant : « Allez-vous accepter l’argent des boches, ils nous ont déjà pris l’Alsace et la Lorraine ! » La grève se termina par la mise en prison des « meneurs ».

Louis Lagresle bénéficia de l’enseignement de l’école laïque, gratuite et obligatoire. Il continua au-delà de douze ans, au cours complémentaire.

Et comme beaucoup d’enfants d’ouvriers, il fut embauché dans une entreprise de Cours, comme contremaître teinturier.

L’instruction acquise pendant sa scolarité l’aida à militer pour de meilleures conditions de travail.

Il implanta le syndicat CGT à Cours, adhéra à la Libre Pensée. Mais la gent patronale ne vit pas d’un bon œil les activités de ce contremaître teinturier, anticlérical de surcroît.

En 1921, il fut licencié, de même que son épouse.

1922 : il fut élu délégué au Congrès constitutif de la CGTU à Saint-Etienne.

Il participa au déclenchement des grèves de soie de Neulize, Charlieu, Saint-Symphorien-en-Lay, entre 1925 et 1925. Jugé responsable d’incidents entre grévistes et non-grévistes (malgré la défense de l’avocat Sérol, député-maire de Roanne et par la suite ministre de l’Intérieur), il fut condamné comme agitateur, le 5 novembre 1926, à un mois de prison et deux ans d’interdiction de séjour.

Devant la réaction populaire et de nombreuses interventions, ces condamnations furent annulées en appel. L’acharnement du patronat contre les meneurs syndicaux et en particulier Louis Lagresle empêcha celui-ci de soigner son épouse qui mourut en 1927.

Contraint à exercer des petits boulots, il confia ses deux filles à la grand-mère et à la tante paternelle.

En 1931, une nouvelle grève de trois mois éclata. Le patronat fit appel à l’armée, et les sabots des chevaux des gardes-mobiles résonnèrent sur le bitume.

Alors secrétaire du syndicat CGT de Cours et du textile roannais, il organisa l’accueil d’enfants d’ouvriers dans des familles roannaises.

En 1936, Louis Lagresle participa à l’élan syndical.

En 1939, la vague « hystérique » de répression se poursuivant dans toute la France, à Cours, alors que le secrétaire du PC Gustave Deverchère connut la prison, Louis Lagresle grâce à sa notoriété acquise parmi la population coursiaude, fut protégé.

Il cacha le drapeau de la Libre Pensée de Cours dans le local syndical.

En 1945, on vit fleurir des inscriptions sur les routes : « Adhérez à la CGT ! »

Jusqu’à la fin de sa vie en 1959, il participa à toutes les luttes laïques et ouvrières.

C’est pour rendre hommage à ce libre-penseur, inlassable militant pour les libertés, pour des conditions de vie dignes, que le groupe de Villefranche-sur-Saône de la Libre Pensée a déposé une plaque sur sa tombe à Cours : « Ni Dieu ni maître ! »

Janine Lacôte

 Libres propos, libres pensées

Faut-il promouvoir les langues régionales ou défendre le français ?

 

Comme nous ne sommes jamais à court de polémiques, voilà qu'en surgit une de plus, bien propre à diviser les français : les langues régionales.  Un député LREM breton, Paul Molac s'est fait un nom en relançant le mouvement, sous la forme d'une proposition de loi visant à favoriser l'enseignement des langues régionales aux frais des contribuables.

   "La proposition de loi de Paul Molac a plusieurs objectifs : permettre l’enseignement des langues régionales à tous ceux qui le souhaitent, en imposant le financement par les communes de l’enseignement bilingue, permettre une forme d’enseignement immersif en modifiant le code de l’éducation, et améliorer leur visibilité, via les panneaux de signalisation et l’inclusion des signes diacritiques dans l’état civil, comme le tilde sur le "n" de certains prénoms bretons. Nous sommes dans la droite ligne de la charte des langues régionales européennes."    

(Le Figaro, 9/4/2021)

Rappelons que depuis l'Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), si la langue officielle de la France est le français (et dûment gravée comme telle dans la Constitution de la République), langue qui permet à tous les citoyens d'être mieux informés de la vie de leur pays, il n'est interdit à personne d'apprendre et utiliser à titre personnel la langue de son choix, que ce soit une langue étrangère ou une langue régionale.

Par exemple, le créole est admirablement vivant aux Antilles françaises, où la très grande majorité de la population le parle car il est profondément ancré dans la culture populaire locale.

L'alsacien qui est un ensemble de dialectes locaux à base germanique, qui peuvent différer d'un canton à l'autre, est aussi très répandu et largement pratiqué en Alsace, etc.

Ce n'est plus du tout le cas du breton qui n'est plus pratiqué (couramment ?) que par 6.75% des bretons, et n'a donc plus aucune assise populaire profondément enracinée.

D'innombrables français parlent ainsi entre eux une variété importante de dialectes, patois, langues régionales ou étrangères issues de la longue histoire de la France ou de l'immigration et personne ne songera à le leur interdire ou le leur reprocher.

D'autres français apprennent pour leur seul plaisir à titre extra-scolaire et personnel des langues étrangères ou régionales et c'est tant mieux : on peut même dire que la démarche d'apprendre et utiliser une autre langue que le français est chaudement recommandé, comme tout ce qui peut améliorer intellectuellement et culturellement un individu. Mais comme toujours, la seule et vraie question qui se pose est : qui doit payer ?

On pourrait faire un parallèle pertinent avec les pratiques religieuses qui, si elles sont totalement libres, sont une question strictement personnelle et privée, mais en État laïque (donc neutre) ne doivent pas être financées par de l'argent public.

Ce qui est loin d'être la réalité, vu le nombre d'exceptions en vigueur : concordat d'Alsace-Moselle où les ministres des cultes sont salariés, logés, socialement protégés et retraités comme des fonctionnaires et surtout les sommes pharamineuses et incontrôlables déversées sur l'enseignement privé religieux. Alors, une exception abusive de plus… 

Les partisans de Paul Molac arguent du fait que les langues régionales sont menacées de disparition "si on ne fait rien". Car c'est le "faire" qui coûte…

   C'est vrai, mais dans un contexte où la langue française, le vrai ciment de la France, est elle-même gravement menacée "si on ne fait rien" par l'omniprésence invasive de l'anglais (et pas par l'anglais littéraire mais plutôt par un indigent pidgin global-English), invasion hélas ! encouragée par nos pouvoirs publics eux-mêmes, et l'on constate journellement son appauvrissement :  vocabulaire de plus en plus limité faute de lecture livresque, même chez des jeunes gens supposés "éduqués", fautes d'orthographe ou de grammaire largement tolérées, y compris dans ce vecteur essentiel de transmission linguistique qu'est la presse écrite, remplacement de mots français précis et éprouvés par des traductions approximatives ou même carrément baroques pour des anglophones, chanteurs français qui ne chantent qu'en anglais, non-traduction systématique en français de titres de films, de livres ou publicités, etc… Il y a vingt ans 40 % des textes de l'UE étaient rédigés en français, moins de 3% aujourd'hui !

Et le français ne serait pas lui aussi en danger ?

C'est pourtant encore une des langues les plus parlées au monde, langue officielle dans 29 pays et elle est enseignée dans 84 pays. La laisser dépérir, c'est sciemment laisser dépérir la France et notre culture, dont nous sommes tous partie prenante.

Par notre indifférence coupable, faudrait-il donc abandonner à des étrangers ou à d'autres pays la défense de notre si belle et si riche langue, pendant que nous la laissons chez nous dériver à vau-l'eau ?

   Horizons et Débats, 25 mai 2021, journal zurichois publié en quatre langues, dans son article "La langue française et la francophonie" (extrait) :

"La Francophonie n'est pas le Commonwealth, qui est un club dont le critère de constitution est économique et financier, mais elle est unique au monde, c’est cela qu’il faut enseigner aux enfants : il s’agit d’une association de pays qui se réunissent autour d’une langue. C’est ainsi que le linguiste (Claude Hagège, ndr) fait appel aux parlementaires venus des quatre coins du monde se réunissant pour revaloriser le rôle du français dans le monde."

Quand le Figaro souligne que la démarche est dans la droite ligne de la Charte Européenne des Langues Régionales et Minoritaires (à ce jour non ratifiée par la France), il met le doigt sur le cœur du problème de l'Europe : l'UE ne constituera jamais un grand peuple unifié par une langue officielle (c.-à-d. enseignée à tous, lue et comprise par tous) comme les USA, la Chine, la Russie le sont, bien que nombre d'autres langages y soient aussi pratiqués. Les cultures européennes sont bien trop anciennes et trop ancrées pour accepter une langue officielle unique imposée (et laquelle ?) et l'UE restera une mosaïque de peuples, de langues, de mentalités et de cultures différentes, fruit d'histoires bien distinctes, peuples qui ne peuvent être informés de ce qui s'y passe en profondeur sans se fier à la vision rétrécie et polarisante d'un personnel administratif, politique, médiatique transnational hors-sol pour qui pérorer entre soi en anglais "bruxellois" est comme de parler le latin au Moyen-âge : c'est s'élever au-dessus du vulgum pecus plébéien avec ses vingt-quatre langues officielles et ses centaines de dialectes locaux.

   Alors émietter encore plus les peuples pour régner mieux : ne serait-ce pas la finalité ultime et non déclarée de cette Charte Européenne des Langues Régionales ?

   Mais rajouter réglementairement des couches d'incompréhension mutuelle et de divisions identitaires internes à celles déjà externes ne peut que générer d'inutiles et dangereux conflits locaux additionnels, trop bien connus dans certains pays à langues multiples : comment seront perçus et traités les gens de la région qui ne jugeront pas bon ou utile d'apprendre la langue régionale locale ?  Comme des intrus, des étrangers chez eux ?

  

   Laissons vivre leur vie aux langues régionales sans s'en mêler : s'il y a une demande populaire naturelle et spontanée, elles vivront sans puiser dans la poche des contribuables et laissons ceux qui veulent légitimement pratiquer leur langue ou dialecte régional le faire : comme pour le créole, qui se porte très bien parce que naturellement enraciné, rien ne vaut l'adhésion populaire sincère et libre pour légitimer une authentique pratique culturelle.

 Pour exister elles doivent être pratiquées pour le vrai plaisir de la convivialité et de la communication, non imposées par une dispendieuse législation de plus promue par l'UE à des fins de division. 

   Attachons-nous plutôt à financer tout ce qu'il est nécessaire pour rendre au français son lustre et son prestige culturel, pour mieux l'enseigner, ici et ailleurs, et redonnons-nous (et surtout à nos piètres "élites" anglomaniaques !) la fierté, le goût, le plaisir de le parler bien et de bien l'écrire.       RJ                                                                                                      

 

 Tuna Altinel

(Extrait du communiqué – 17 juin 2021) « La Fédération du Rhône de la Libre Pensée a appris avec un vif plaisir (et avec soulagement !) le retour à Lyon de Tuna Altinel, ce vendredi 11 juin 2021. Tuna Altinel est un mathématicien maître de conférences à l’Université Claude Bernard depuis plus de vingt ans. Lors d’un retour à caractère touristique et familial en Turquie, il s’était vu retirer son passeport par les autorités de son pays. Son retour intervient avec plus de deux ans tribulations judiciaires, dont 81 jours d’emprisonnement, diverses requêtes restées sans suite, et le refus de lui restituer son passeport même après son acquittement (…)

Lors de sa dernière déclaration publique, Tuna Altinel tenait à rappeler « que cette victoire ne sonne pas la fin de ce combat. La décision du tribunal administratif qui m'a permis de récupérer mon passeport est en appel. Une décision tardive ou négative de la cour d'appel risque de m'imposer une vie d'exilé en France. Gardons notre vigilance, restons actifs.  Dans le monde où nous vivons, où les valeurs démocratiques sont sans cesse menacées, agressées partout, il y a encore une multitude de combats qui nous attendent.

Solidairement, Tuna Altınel »

 


 

 ÉDITORIAL


 

« La confession autorise le crime par l’assurance d’être absous. »

 Saint-Evremond



Le 5 octobre dernier paraissait le rapport de la commission Sauvé dévoilant les conclusions de la « Commission indépendante sur les abus dans l’Eglise ». Ce rapport estime à 216 000 le nombre de victimes mineures de clercs et de religieux depuis 1950.

Si l’on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Eglise (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), le nombre se monterait à 330 000.

Accablé de surprise, le pape François fait part de son « immense chagrin ». Le pauvre homme ! Le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, faisait part de sa « honte » et de son « effroi ». Ainsi les personnalités les mieux placées au monde pour connaître l’ampleur des dégâts causés par la pédo-criminalité endémique de l’Eglise catholique avaient l’air de tomber du ciel.

A quoi leur servait d’avoir à leur disposition le plus prodigieux appareil de police privée qui ait jamais fonctionné ? « La confession, écrivait l’ancien prêtre Henri Perrodo-Le Moyne (1) est un des moyens les plus sûrs – peut-être même le plus puissant, mais assurément le plus perfide – par lesquels l’Eglise acquiert, conserve et fortifie sa domination totale à laquelle elle tend, avec un esprit de suite prodigieux et une incomparable habileté. » La pratique de la confession, totalement inconnue de l’Eglise primitive, est devenue avec le temps un instrument politique totalitaire aux mains de ceux qui, de leurs paroissiens connaissaient tous les secrets, même les plus inavouables.

Le sacro-saint secret de la confession ?

Il n’a pas toujours eu force de loi. Une bulle du pape Grégoire XV du 30 août 1622 ordonnait aux prêtres de révéler les secrets de la confession dans certains cas (sans dire lesquels). Et que dire de l’Inquisition ?

Pendant la guerre d’Espagne, des républicains ont été dénoncés par leurs confesseurs. Ils ont découvert à leurs dépens qu’en effet le secret de la confession était « plus fort que les lois de la République » !

Indemnités ?

Olivier de Germay, archevêque de Lyon chargé de rendre au diocèse une apparence de respectabilité, a déclaré après la remise du rapport Sauvé: « Oui, nous sommes prêts à indemniser les victimes, même si les faits sont prescrits. Concernant les victimes de Preynat, il y a des personnes indemnisées par l’État après jugement au civil puis celles dont les faits sont prescrits mais jugées par tribunal ecclésiastique et indemnisées par l’Eglise. »

Malheureusement, cela commence bien mal. Comme l’a révélé la Tribune de Lyon du 12 octobre dernier, M. Pierre-Emmanuel Germain-Thill, victime du père Preynat, a été débouté de sa demande d’indemnisation le jour même de la publication du rapport Sauvé !

La réponse était attendue par M. Germain-Thill (et six autres victimes du Père Preynat) depuis la condamnation par le tribunal correctionnel de Bernard Preynat à cinq ans de prison, en mars 2020. Le jugement ouvrait la porte à une réparation de la part du diocèse de Lyon à l’issue d’un procès canonique.

Par un hasard du calendrier, c’est le 5 octobre 2021 que la demande était rejetée par le tribunal ecclésiastique de Lyon.

Par ailleurs, il a fallu faire appel au Fonds de garantie des victimes afin de recouvrer l’argent dû directement par Bernard Preynat après sa condamnation, l’ancien curé n’étant pas solvable. Après de nouvelles démarches, l’argent a pu être récupéré.

Juge et partie

Les plaignants peuvent faire appel de cette décision pendant un mois auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Or le préfet de la congrégation, Luis Francisco Ladaria Ferrer, est bien connu – ou plutôt méconnu – de la justice française pour avoir refusé d’honorer sa convocation en justice en 2019 en tant que témoin au procès de l’affaire Preynat.

Le prélat, soupçonné de non- dénonciation tout comme Philippe Barbarin, avait donc glissé entre les pattes de la justice française à l’issue d’une longue procédure. En cas d’appel, l’homme serait donc juge et partie.

Le Vatican avait dans un premier temps refusé de lui transmettre sa citation à comparaître avant que le cardinal espagnol ne se réfugie derrière son immunité diplomatique. Bernard Devaux, président de la Parole libérée, nous expliquait à l’époque : « Il y a eu 3 tentatives pour lui faire remettre une citation à comparaître. La seconde a nécessité de faire traduire et certifier conforme la citation à comparaître en espagnol et italien, je vous laisse imaginer le coût de ces 70 pages. Pour la 3ème on a fait appel à la valise diplomatique car le Vatican est un état. Mais comme Ferrer n’a pas signé l’avis de réception de la requête, la justice française ne peut pas statuer. »

Les plaignants peuvent aussi saisir l’instance qui doit être créée par la Conférence des évêques de France afin d’indemniser les victimes. Mais elle n’existe pas encore, et les victimes ne disposeront que d’un mois pour faire appel.

L’Eglise et la République

La Conférence des évêques de France avait déclaré que « le secret de la confession, imposé aux prêtres par le droit canonique, n’est pas contraire au droit pénal français ». Aussitôt son président Éric de Moulins-Beaufort était convoqué place Beauvau par Gérald Darmanin, paniqué d’une telle déclaration quelques jours après qu’il ait dû lui-même faire le même rappel… à propos des Musulmans. Que n’aurait-on pas entendu si les propos de Moulins-Beaufort avaient été tenus par un imam ? La loi « Séparatisme » de Darmanin-Macron ne s’appliquerait donc que pour les musulmans et pas pour les catholiques ?

 Le ministre de l’Intérieur rappelait que « si un prêtre reçoit dans le cadre de la confession, soit d’une victime, soit d’un auteur, la connaissance de l’existence de faits qui se déroulent [...] alors il a l’impérieuse obligation de mettre un terme à ces faits. » Car telle est la loi en effet. En vertu de l’article 434-3 du Code pénal, le secret de la confession ne peut être opposé à l’obligation de signaler des faits « d’agressions sexuelles infligées à un mineur ».

Encore une fois, qui va payer ?

Le Bureau de la Fédération du Rhône de la Libre Pensée a entrepris un travail d'inventaire des biens de l'Eglise dans le diocèse de Lyon, dans le cadre d'une campagne nationale destinée à établir que l'Eglise a parfaitement les moyens d'indemniser les victimes d'abus sexuels. Les victimes doivent être indemnisés, et ce n'est pas aux citoyens de le faire. C'est pourtant ce qui se passe avec la réduction d'impôt ouvert par le Denier de l'Eglise à hauteur de 66%, qui passera à 75% au 1er janvier 2022 (en plus de nouvelles dispositions fiscales et réglementaires contenues dans la loi dite "contre le séparatisme").

Nous savons que le crédit d'impôt concédé aux fidèles du diocèse de Lyon s'élève à 6 069 405 d'euros pour l'année 2019. Autant de manque à gagner pour le budget de la nation, dans un état réputé laïque.

Par le biais des déductions fiscales accordées sur des fonds publics, ce serait à tous les citoyens, croyants ou non, catholiques innocents ou non, à nous, à vous, même aux victimes, de payer les trois quarts des « réparations » en s'acquittant de leurs impôts !

Aux Pays-Bas, l’Église catholique a dû verser 28 millions, en Allemagne 10 millions et en Belgique 5 millions. Qu’en sera-t-il en France ? Pour le moment, tout est soumis au bon vouloir de la hiérarchie, qui pleure misère et trouve moyen de se lamenter sur la baisse des produits de la quête. Pas question, bien entendu, de toucher au patrimoine des biens immobiliers, legs et héritages, dons inaliénables selon le droit canon.

L’Église a les moyens de payer !

P.G.


 

 

  • (1) Henri Perrodo-Le Moyne : La vérité sur la Confession, compte d’auteur, 1970


 

Dossiers détruits

En 2018, au sommet consacré à la lutte contre la pédophilie et les abus sexuels au sein du clergé, le pape avait demandé aux 190 participants des mesures « concrètes et efficaces » : démarches à entreprendre si un cas d'agression sexuelle émerge, structures d'écoute des victimes, règles sur les transferts des prêtres entre diocèses, évaluations psychologiques des candidats à la prêtrise...

Le cardinal allemand Reinhard Marx, proche conseiller du pape, avait reconnu la destruction par l'Église de dossiers sur des auteurs d'abus sexuels dans ses rangs. « Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n'ont pas même été constitués », avait-il précisé aux 190 participants du sommet.

Le Canard enchaîné (13-10-2021) nous apprend qu’un diocèse et une congrégation ont refusé d’ouvrir leurs archives à la commission Sauvé, malgré la garantie d’anonymat. Ailleurs, « elles étaient plus ou moins complètes, cela variait selon les évêques ». Enfin, parfois les prêtres « placardisés » étaient relégués… aux archives !

 loi SÉPARATISME

Sur le contrat d’engagement républicain

Sous le titre : ANNIVERSAIRE DE LA « LOI 1901 » : « N’AVONS-NOUS PAS BEAUCOUP A PERDRE A REDUIRE L’ESPACE D’EXPRESSION CIVIQUE QUE REPRESENTENT LES ASSOCIATIONS ? » (question posée par une cinquantaine d’associations dans une Tribune du Monde le 30 juin dernier, à l’occasion du 120ème anniversaire de la loi de 1901), la Libre Pensée a tenu une réunion d’alerte et d’information lundi 20 Septembre à l’ESPACE CITOYEN (Mairie du 8e arrondissement).

La Libre Pensée a toujours exprimé, depuis le début de la discussion du projet de loi dit "Séparatisme", les mêmes préoccupations que le Mouvement associatif. Elle a rejoint cet appel et fait le point lors de son congrès national d’août dernier.

Le Contrat d’Engagement Républicain n’est qu’un des volets de la loi dite « séparatisme », mais certainement pas le moins anodin. Outre l’injure faite aux associations qui ne sont pas censées ignorer ni violer les règles de droit commun, il crée une épée de Damoclès en instituant un contrôle a posteriori sur l’utilisation des subventions reçues. Il ne peut s’ensuivre qu’une logique d’auto-censure dans tous les cas où l’engagement citoyen, sous sa forme associative, en vient à contester les politiques en place. Qu’arriverait-il, pour ne prendre que cet exemple, à une association choisissant d’aider des sans-papiers pour de simples motifs humanitaires ? Quelles seraient les conséquences d’un simple changement de majorité territoriale ?

On voit maintenant fleurir les « chartes locales sur la laïcité » édictées par des élus qui la foulent
aux pieds régulièrement (notamment les promoteurs de l’enseignement privé) ou par des
municipalités xénophobes. Le Contrat d’Engagement Républicain participe de la même logique.

On entend demander aux associations de justifier de leur attachement républicain ! Le gouvernement doit prochainement présenter le décret précisant le dispositif du CER que devront signer les associations subventionnées. Celles-ci s’inquiètent à juste titre pour la liberté associative que pourrait limiter ce dispositif instauré par la loi sur le séparatisme.

« En créant le contrat d’engagement républicain, le projet de loi instaure en réalité unilatéralement une obligation nouvelle, aux contours imprécis et qui atteint le climat de confiance nécessaire au développement d’un sain partenariat », jugeait dès janvier 2021 la Commission nationale consultative des droits de l’homme.

Ce que dit la loi sur le séparatisme

L’article 12 de la loi confortant le respect des principes de la République dispose que toute association qui reçoit une subvention publique (en argent ou en nature) s’engage, par la souscription d’un contrat d’engagement républicain : à respecter les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de dignité de la personne humaine, ainsi que les symboles de la République (le drapeau tricolore, l’hymne national et la devise républicaine) ; à ne pas remettre en cause le caractère laïque de la République ; à s’abstenir de toute action portant atteinte à l’ordre public.

En cas de non-respect, la subvention lui est retirée et les sommes déjà perçues peuvent lui être réclamées.

La loi prévoit qu’un décret, en Conseil d’État, précise les modalités d’application du présent article.

 LAÏCITÉ RHÔNE

 

L’ECOLE PRIVEE S’INSTALLE A BRON

La ville de Bron abrite 42 200 habitants dont 24 % occupent des logements sociaux. Elle regroupe 6 écoles maternelles, 6 écoles primaires, 3 collèges, 3 lycées de l’enseignement public. Depuis 1945, Bron était gérée par une municipalité d’union des gauches ; aux dernières élections municipales la droite en a pris possession, avec à sa tête un maire LR.

Bien qu’il n’en ait pas fait état dans son programme électoral, ce dernier est entré en relation avec une école privée, le centre scolaire Charles de Foucault (institution catholique), pour ouvrir à Bron une école de 8 classes pour 240 élèves. Le terrain de son implantation pourrait être le champ jouxtant l’école publique Ferdinand Buisson. Ce terrain est utilisé par le groupe scolaire et un centre social proche en dehors des périodes scolaires. Dans ce but une précédente municipalité avait créé un accès sécurisé donnant sur la rue. L’actuel maire revendique de laisser aux parents le choix d’inscrire leurs enfants dans le public ou le privé. Pas un mot sur le montage financier d’une telle construction qui resterait à la charge des Brondillants. De plus, les communes sont tenues de verser, chaque année, aux organismes gestionnaires des écoles privées sous contrat de leur territoire une participation aux frais de fonctionnement.

L’école privée à côté de l’école publique, quelle provocation !

 massacre du 17 octobre 1961

Double-initiative à la mémoire des victimes à Saint-Fons

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé par le gouvernement de l’époque.

Le premier ministre, Michel Debré, hostile à l’indépendance de l’Algérie, avait à ses ordres le Préfet de police Maurice Papon, qui s’était déjà « illustré » contre les juifs, à Bordeaux, sous l’occupation nazie.

Les manifestants défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers d’entre eux furent arrêtés, emprisonnés, torturés ou pour nombre d’entre eux refoulés en Algérie sous les ordres de Papon.  Des centaines perdirent la vie, victime d’une violence et d’une brutalité extrême des forces de police. Beaucoup trouvèrent la mort sous les matraques des policiers ou furent jetés depuis les ponts surplombant la Seine, au pont Saint-Michel qui était leur lieu de convergence. Combien ? On ne le saura sans doute jamais.

C’était il y a soixante ans. Ce crime appartient déjà à l’histoire, mais sa mémoire doit être maintenue.

En 2021 comme en 1961 racisme et xénophobie n’ont pas disparu. Et la violence d’Etat peut toujours s’exercer, à l’encontre des plus faibles, et davantage encore à l’encontre des étrangers qui sont toujours les plus exposés !

(texte de l’appel commun LDH-LP-Forsem)

 

 

A l’initiative de la Ligue des Droits de l’Homme et de la municipalité de Saint-Fons, une conférence a eu lieu, avec le soutien de la Libre Pensée et du FORSEM, mercredi 13 octobre, sur le thème :

« 17 octobre 1961 – Pourquoi cette violence à Paris contre les Algériens désarmés ? »

La conférence de Gilles Manceron a permis de comprendre comment l’Etat français était impliqué dans la responsabilité du massacre : pas seulement le préfet Maurice Papon, organisateur de la déportation des juifs de Bordeaux sous l’Occupation, mais aussi le premier ministre Michel Debray et son ministre de l’Intérieur nouvellement nommé Roger Frey, qui donnèrent carte blanche à Papon pour organiser la répression. Le débat faisait apparaître que cette violence était à mettre en rapport avec d’autres exactions intrinsèques à la politique coloniale. Alors que de son côté l’Etat algérien aujourd’hui encore, au nom d’une vision officielle de l’histoire,  se refusait à rappeler l’épisode du 17 octobre, et du combat pour l’indépendance engagé en métropole (intervention des représentants du Forsem).

 

Avec la participation de Gilles MANCERON, membre du Comité Central de la LDH

 

Dimanche 17 octobre, un rassemblement était organisé à la stèle dédiée aux victimes du 17 octobre de Saint-Fons, avec un dépôt de gerbe par la municipalité.

Dans son allocution, M. le Maire de Saint-Fons rendu hommage aux victimes sans remettre en cause la position exprimée par Emmanuel Macron la veille : l’action de la police française relèverait de « crimes inexcusables », rien de plus.

La qualification de « crime d’Etat » n’a pas été retenue par l’Elysée, contrairement à ce que demandaient des associations comme la Ligue des Droits de l’Homme, entre autres. Au contraire, Emmanuel Macron a utilisé des expressions volontairement ambiguës en parlant d’« engrenage de la violence», de «crimes commis de tous côtés», et il a imputé la tragédie à Maurice Papon alors que le crime implique la République française avec l’ensemble de ses rouages institutionnels, administratifs et policiers.

Dans un communiqué du samedi 16 au soir, l’Elysée a carrément reproché aux manifestants algériens d’être « sortis de chez eux après 20h30 […] malgré l’interdiction de la manifestation ». Reconnaissant que la répression « fut brutale, violente, sanglante », le président français a rendu hommage « à la mémoire de toutes les victimes. » le 17 octobre 61, les victimes n’étaient pourtant que du côté algérien.

Dans le communiqué diffusé par l’Elysée, il est mentionné que « la France regarde toute son histoire avec lucidité et reconnaît les responsabilités clairement établies. Elle le doit d’abord et avant tout à elle-même, à toutes celles et ceux que la guerre d’Algérie et son cortège de crimes commis de tous côtés ont meurtris dans leur chair et dans leur âme ». En 2012, le prédécesseur de M. Macron, François Hollande, avait, lui, évoqué une « sanglante répression ».

La parole à Michèle Edery

Michèle Edery est maire-adjointe de la ville de Saint-Fons, déléguée à la politique de la Ville, et conseillère métropolitaine « Portes du Sud ». 

 

L’An II : - Bonjour Michèle, (u es) Une cérémonie a eu lieu à St-Fons pour rendre hommage aux Algériens victimes du massacre du 17 octobre 1961, autour d’une stèle qui leur est consacrée. De tels édifices sont rares dans nos villes. D’où vient celle de St-Fons ?

 

Michèle Edery - : Elle a été inaugurée en 2011, par la municipalité de gauche élue contre la droite en 2008. La droite aurait été hostile à commémorer le 17 octobre 1961, elle était trop proche des Anciens Combattants opposés à cette manifestation. La municipalité de gauche a souhaité remettre au cœur de ses actions, les cérémonies mémorielles, par exemple en déposant une gerbe, chaque 11 novembre, au cimetière de la ville où se trouvent une vingtaine de tombes de soldats musulmans morts pour la France.   Cette cérémonie avait été annulée après 2001. Autre exemple : la stèle dédiée au résistant René Fernandez tué par la Gestapo, située rue Albert Thomas, à côté de la synagogue, et élevée en collaboration avec la famille le 10 janvier 2011. Quant à l’initiative d’une stèle en souvenir des Algériens du 17 octobre, elle doit beaucoup à M. Mansouri, ancien candidat aux municipales qui tenait à perpétuer cette mémoire avec un collectif de mémoire, et soutenu par la mosquée.

 

L’An II : J’ignorais l’existence de la cérémonie du 11 novembre sur la tombe des tirailleurs musulmans.

A-t-elle encore lieu en 2021 ?

 

 

Michèle Edery : Malheureusement non. Il faut dire que la pandémie de COVID n’a rien permis de faire en 2020, mais en effet il faudra qu’on en reparle.

 

L’An II : - Tu étais présente à la conférence de Gilles Manceron, de la LDH, mercredi 13 octobre à la salle du SPOT. Qu’en as-tu retenu d’essentiel ?

 

Michèle Edery : - Je connaissais déjà bien l’histoire du massacre. Mais il est toujours important de rappeler les faits, et de faire vivre l’histoire. Je dirais même TOUTE l’histoire, sans occulter le rôle de la gauche qui a été loin d’être clair au cours de la guerre d’Algérie. C’est même la raison pour laquelle la gauche à Saint-Fons avait entrepris cette politique mémorielle. Nous avons voulu montrer notre différence. C’est pour cela aussi que nous avons entrepris un travail avec les collégiens et les écoliers du primaire, invités aux commémorations. Ils ont travaillé sur ces sujets et lu des textes préparés avec leurs enseignants. Je me dis souvent : moins de 20 ans après la fin de la 2e guerre mondiale, comment a-t-on pu encore pratiquer de telles horreurs ?

 

L’An II : - Samedi 16, Emmanuel Macron a tenu un discours en mémoire des victimes du 17 octobre. Il a parlé de « crimes inexcusables » mais pas de « crimes d’Etat ». Quelle est ta position à ce sujet ?

 

 

Michèle Edery : C’est toujours pareil avec Macron : on commémore mais on ne reconnaît pas. C’est la politique du « ni-ni » qui refuse de prendre parti, pour ménager sans doute les Algériens d’un côté, l’armée et la droite de l’autre. Il est clair que ce qu’il a dit ne répond pas aux demandes des associations. C’est pourquoi il faut toujours rester vigilants, et poursuivre notre action.

 

 Libres propos, libres pensées

Religion et Stratégie : attention aux dégâts !

 

   Comme la nitroglycérine, la religion est un outil explosif particulièrement instable et dangereux à manipuler, avec des effets pervers et des retours de flamme parfois dévastateurs et durables : en 1978, une révolution renversa le pouvoir autocratique et conservateur en Afghanistan. Cette révolution instaura un gouvernement laïque et progressiste qui introduisit des réformes sociales très profondes en particulier pour le statut des femmes à qui furent ouvertes l'école publique obligatoire, les universités, l'enseignement, la fonction publique, les professions médicales, la liberté de s'habiller à leur convenance, de sortir, d'aller au cinéma et dans les cafés, etc. Mais cette orientation plutôt "à l'occidentale" n'avait pas l'aval des USA qui avaient été pris de court et soupçonnaient sans preuves les soviétiques de l'avoir suscitée.

   Il n'y en a toujours pas : le secrétaire d’État Cyrus Vance, a écrit plus tard dans ses mémoires :  "Nous n’avions aucune preuve d’une quelconque complicité soviétique dans le coup d’État."  Bah !  

   Les Anglo-US décidèrent donc, comme à leur habitude quand un peuple se passe de leur aval et de leur autorisation, de la combattre en soutenant massivement, financièrement et militairement les fanatiques islamistes de tous poils avec l'aide active de l'Arabie saoudite et du Pakistan dans le but très stratégique de répandre l'islam radical dans toute la région pour faire chuter l'URSS en l'entraînant dans un piège machiavélien qui, dans l'esprit de son initiateur Zbigniew Brzezinski, le conseiller spécial à la sécurité de Jimmy Carter, devait "lui infliger son Vietnam". Une pure vengeance, quoi !

   Celui-ci a décrit ultérieurement avec délectation sa perfide stratégie (gagnante, mais à quel prix : des décennies de régressions, de morts et de guerre civile) dans un livre intitulé "Le Grand Échiquier".

   Une immense opération de déstabilisation fut montée, baptisée Cyclone, qui recruta des fanatiques religieux dans tout le monde musulman sunnite pour les entraîner dans des camps au Pakistan voisin.   C'est à ce moment qu'émerge Ben Laden, qui devint le plus célèbre moudjahidine d'abord pro- (car bien formé et financé par eux), puis anti-USA, dont tout le monde connaît l'histoire et la fin ultramédiatisée.

   Les soviétiques menacés d'être débordés sur leurs marges par l'islam intégriste intervinrent alors et le piège de Brzezinski se referma sur eux dans ce qui devint effectivement un désastre militaire et moral total, le prélude à leur effondrement final en 1991.

   Après une longue guerre civile débutée en 1992, les talibans prennent Kaboul en 1996, ce que la secrétaire d'État US Madeleine Albright déclara avec sa propre logique être un "mouvement positif".

   Le gouvernement laïque afghan fut renversé et son président Mohammad Najibullah et son frère furent torturés, assassinés et leurs corps pendus à des poteaux devant le palais présidentiel.                    

   Pourtant en 2008, (sous occupation occidentale), Radio Kaboul effectua un sondage sur la question : "Sous quel régime l'Afghanistan a-t-il été le mieux gouverné ? " 93,2 % des sondés ont alors répondu "Sous le régime de Najibullah ! " (Wikipédia)

  Les exactions des talibans parvenus au pouvoir horrifièrent l'opinion publique mondiale et suite au 11 septembre 2001, les USA très désemparés mais disposant d'un outil militaire disproportionné et par trop vacant envahissent l'Afghanistan sans vraie raison (Cf. le général retraité Wesley Clark qui dénonçait publiquement en septembre 2001 le projet US d'envahir (après l'Afghanistan), sept autres pays en cinq ans : Irak, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan et pour finir, l'Iran.

  Seule la position géostratégique de tous ces pays motivait leur agression armée, comme d'habitude qualifiée "d'humanitaire" (par ex.: défendre le statut des femmes qu'ils avaient contribué à détruire !) 

   Malgré l'occupation par les USA et les pays de l'OTAN, dont la France qui y a laissé bon nombre de jeunes soldats morts, handicapés ou atteints à vie de stress post-traumatique (ESPT), la situation afghane s'avérant une impasse définitivement désespérée, vingt ans après (!), ils décident de s'en retirer en débâcle, laissant le pays aux talibans dans un état aggravé de ruine morale, sociale et d'infrastructures. Un beau Vietnam bis !

   Quant à la "démocratie", l'argument ultime pour justifier ces interventions armées, on sait ce qu'il en est partout où ses promoteurs sont intervenus, entraînant l'éternel suiveur et pourvoyeur de jeune chair à canon qu'est l'UE, par l'intermédiaire de l'OTAN, cet outil "de défense" qui a passé son histoire post-guerre froide à intervenir dans le tiers-monde avec des effets boomerang dévastateurs et pervers (immigration massive et incontrôlable de civils réfugiés qui préfèreraient vivre en paix chez eux), OTAN qui aurait dû disparaître avec la guerre froide, comme l'avait été le pacte de Varsovie.    

   Brzezinski interviewé par le journaliste John Pilger : "Avez-vous des regrets ?" - "Des regrets ! Des regrets ! Quels regrets ?" Le vieux faucon (1928-2017) est mort sans regrets ni remords, avec sa bonne conscience. Que Dieu ait son âme…

  

Et maintenant qu'ils ont ouvert la boîte de Pandore du terrorisme islamiste (qui n'est pas près de se refermer), ils se désintéressent après son saccage de cette région vraiment trop compliquée pour eux et se concentrent sur leur future croisade-guerre-froide, dirigée contre la Chine multimillénaire récemment sortie de son sommeil multiséculaire. Grâce à eux !

   Car qui lui a donné les moyens de sortir de sa léthargie, sinon les USA (and Co) ?

   Qui par cupidité a délocalisé ses emplois ouvriers, ses ingénieurs, ses usines, ses chaînes de production, ses processus, ses technologies, ses

capitaux vers ce pays très attardé présumé être incapable de rivaliser, car peuplé de cerveaux jugés inférieurs englués dans une idéologie communiste "qui ne marche pas" ?  Racisme ?

   Pour leur nouvelle "stratégie", ils n'hésitent pas à piétiner sans égards au passage un pays dit "allié" (traduisez : vassal), la France désindustrialisée par la mondialisation, en lui soufflant un marché de sous-marins conclu avec l'Australie (où il y a déjà 7

bases militaires US : si près de la Chine, ça va grimper !)  

   Dans un article du Quincy Institute, un auteur américain, David Vine (The United States of War), nous apprend que les USA disposent d'environ 800 bases militaires dans le monde, (trois fois plus que d'ambassades, consulats et missions diplomatiques), dont 73 en Corée du Sud, 119 au Japon (et autant en Allemagne !) etc., en tout presque 300 bases armées encerclant la Chine, en phase rapide d'augmentation, le reste étant réparti sur tous les continents.

   Au moins 38 sont situées dans des "pays non-démocratiques" (euphémisme pour : dictatures) et de nombreuses bases ont servi à lancer des guerres ou opérations dans au moins 25 pays depuis 2001.

   Le nombre exact et les coûts d'installation, de fonctionnement, de personnels, d'entretien de toutes ces bases militaires sont totalement impossibles à estimer et à recouper tant il y a de coûts dissimulés classés "secrets défense". Et les incommensurables chaos semés sciemment et leurs préjudices sociaux, sociétaux, politiques, environnementaux non plus.

Mais la défense de la "démocratie" n'a pas de prix… ni financier, ni moral, ni humain.           RJ                                                


 

 entraide et solidarité

 

Entraide et Solidarité des libres Penseurs de France

 

Fondée en 1961, nous avons pour but l’assistance et la bienfaisance.

Les Libres Penseurs adhérents des groupements affiliés à la Fédération nationale de la Libre Pensée ou isolés en sont membres de plein droit.

 

Nos RESSOURCES : une cotisation annuelle, les dons et legs. Nos comptes sont certifiés par un commissaire aux comptes assermenté, membre de la compagnie des Commissaires aux Comptes.

 

Nos actions. Au niveau national, secours d’urgence, aides ponctuelles ou sur la durée, aux libres penseurs, à leur conjoint, leurs enfants, dans le besoin et en difficulté, pour, par exemple : prothèse dentaire, aménagement dans une situation de handicap, pour payer le loyer en EHPAD, pour la scolarité (bourses d’études, de voyage).

Aide à des associations laïques de bienfaisance agissant pour la liberté de pensée en France et dans le monde, françaises ou étrangères, partageant les objectifs de la LIBRE PENSEE (Exemples : Aide à « Tadamoun Wa Tanmia » pour la scolarisation des enfants libanais et déplacés syriens à Saïda, au LIBAN - Soutien en 2021, à deux programmes de l’UJFP, l’un d’aide à des agriculteurs dans la bande de GAZA, l’autre « Gaza, urgence déplacés », après les bombardements israéliens de mai 2021  – Aide à « Un enfant» pour la scolarisation des enfants de familles très démunies, au SÉNÉGAL).

 

Soutien aux Libres Penseurs, aux amis de la Libre Pensée et à leurs familles, persécutés, en danger.

ami(e)s de la Libre pensée, Libres penseuses, Libres penseurs

Renforcer nos capacités d’assistance, de solidarité entre Libres penseurs

Devenez membre BIENFAITEURS

 

   En signant un mandat de prélèvement SEPA qui autorise notre banque (le Crédit Agricole-Ile de France) à prélever mensuellement sur votre compte la somme que vous indiquerez (à partir de 10€).

En le retournant à Entraide et Solidarité des Libres Penseurs d France 10,12, rue des Fossés Saint Jacques 75005 PARIS, accompagné d’un RIB. Cette opération peut être interrompue à tout moment et jusqu’à huit semaines après la date de débit (droit de remboursement)

   La mention « Bienfaiteur Entraide » apparaitra sur votre relevé de compte. En janvier de l’année N+, le (la) membre bienfaiteur(trice) reçoit une attestation fiscale lui permettant de déduire de vos impôts 66% des sommes prélevées. (Ex. Pour un prélèvement mensuel de 20€, la somme restant à votre charge sur 240€ de prélèvement annuel, ne sera que de 80€)

 

 ÉDITORIAL

 

Du terrorisme intellectuel

 

Il y a 150 ans, la Commune de Paris procédait à la séparation des Églises et de l’État. Le budget des cultes était supprimé, le 2 avril 1871, soit 34 ans avant la loi historique de 1905, qui établissait la séparation définitive des Eglises et de l’Etat.

Les communards étaient honnis par toute la réaction ameutée autour du gouvernement versaillais. Aujourd’hui, sur ce point-là au moins, personne ou presque ne conteste qu’ils étaient en avance sur leur temps.

L’œuvre démocratique et sociale de la Commune ne s’arrête pas là. L’aspect social à lui seul mériterait de longs développements. Mais la Commune s’est appliquée aussi à garantir les libertés fondamentales découlant de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789. Aux termes de l’article 11 de ce texte fondateur « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »

Sommes-nous là encore, comme sur la question laïque, en phase avec l’actualité ? La réponse est claire : la loi de sécurité globale, votée le 15 avril dernier, limite la liberté de la presse, étend les pouvoirs des polices municipales, légalise l’usage des drones à des fins de surveillance de la population et insère les officines de sécurité privée dans le « continuum » de la sûreté publique.

Le 2 décembre 2020, le gouvernement publiait trois décrets donnant à la police le droit de conserver dans des fichiers numérisés des informations sur « des signes physiques particuliers » et les « opinions politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales » des citoyens, pour mener des enquêtes administratives dont rien n’indique qu’elles se limiteront à la lutte « contre le terrorisme ». Quatre syndicalistes de la CGT, de Force Ouvrière, de la FSU et de Solidaires, avec l’appui de la FNLP engagée dans le collectif contre la loi de sécurité globale, ont d’ailleurs initié une pétition demandant l’abrogation de ces décrets. Cette pétition, accessible sur le site de la FNLP, a déjà rencontré un écho considérable.

Les mœurs décadentes de la sphère politique moderne ne se limitent pas à l’élaboration de cet arsenal législatif. En quelques semaines, n’avons-nous pas assisté : à une tentative d’interdiction d’un syndicat étudiant (l’UNEF) ?

À la participation d’un ministre de l’intérieur à une manifestation politique de la police tournée contre les positions d’un de ses collègues au gouvernement ?

À la plainte déposée par ce même ministre de l’Intérieur contre une journaliste-candidate (Audrey Pulvar) qui avait émis des réserves sur le cadre de ladite manifestation ?

À une nouvelle tentative d‘assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme (30 députés se déclarant partisans d’une loi l’interdisant) ?

Au drapeau israélien flottant sur la mairie de Nice, au moment où les bombes écrasaient Gaza ?

Peu importe que des milliers de manifestants réclament l’arrête des bombardements. On les accuse en termes à peine voilés de vouloir « importer la guerre en France » !

Peu importe que leur revendication soit celle d’un seul Etat laïque et démocratique au Proche-Orient : la laïcité dont tout le monde se réclame ne serait qu’un slogan ou une « particularité française » sans valeur dans les autres parties du monde !

Peu importe qu’il existe une résistance juive au sionisme, incarnée par des personnalités aussi admirables que Pierre Vidal-Naquet, Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Hephzibah Menuhin (sœur de Yehudi, qui épousa un survivant des camps de concentration) et bien d’autres qui continuent de se réclamer d’un antisionisme lucide!

Peu importe que l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) soit présente lors des manifestations, qu’elle ait lancé une levée de fonds pour permettre de survivre aux réfugiés, qu’elle s’indigne d’une guerre coloniale dont le peuple juif, d’une certaine façon, est autant victime que le peuple palestinien !

« Nous sommes Juifs, héritiers d’une longue période où la grande majorité des Juifs ont estimé que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité », écrivent ses représentants.

Devraient-ils avoir honte ? Tomber sous le coup de la loi ? Nous sommes fiers d’être avec eux. 

P.G.

 

 

 

 

 


POUR QUE TUNAL PUISSE RETROUVER SA LIBERTÉ ET RENTRER EN FRANCE !

Tuna Altinel, enseignant-chercheur en mathématiques à Lyon I, travaille en France depuis 25 ans. Le 12 avril 2019, en vacances chez lui à Istanbul, il a vu son passeport saisi à sa descente d’avion. Incarcéré le 11 mai 2019, après plus de 80 jours en prison, il a été acquitté en janvier 2020 des accusations fantaisistes de « terrorisme ».

« Citoyen d’honneur » de la ville de Villeurbanne, il est l’objet d’une campagne de mobilisation internationale. Deux ans après son arrestation, la mobilisation ne faiblit pas ! Le 11 mai 2021 a marqué le deuxième anniversaire de son incarcération. La Libre Pensée salue la mobilisation en cours et continuera d’informer sur les suites de cette campagne.

Communiqué « La Plume noire » (Communiqué de la Fédération du Rhône)

La Libre Pensée du Rhône a pris connaissance avec effroi de l’odieuse agression perpétrée contre la librairie « La Plume noire », en pleine journée, samedi 20 mars, alors que se déroulait une opération de collecte solidaire au bénéfice d’une association. Elle exprime sa sympathie et son soutien aux responsables de la librairie.

Les images filmées par les riverains parlent d’elles-mêmes : jets de pavés, bris de glaces, tentative d’intrusion, insultes homophobes menaces et saluts nazis. Ce n’est pas la première fois que la librairie est victime de violences : début d’incendie en 1997, bris de vitrines en 2016, coups portés contre des bénévoles en 2020. Les responsables ne semblent pas avoir été spécialement recherchés ni inquiétés. Pour les responsables de la librairie, « cette attaque est le signe que les éléments les plus virulents, les plus violents, ne se sentent désormais plus tenus par l’image du groupe qu’il ne fallait pas écorner ».

La Libre Pensée constate que cette agression a lieu dans le climat délétère d’atteintes aux libertés individuelles et collectives formalisées dans les lois liberticides en cours de validation dont elle demande le retrait : loi sur la « sécurité globale », loi sur le « séparatisme », parmi bien d’autres mesures.  Dans cette voie, sera-t-il encore possible, demain, d’exprimer une pensée indépendante, une sensibilité différente ? L’agression commise à l’encontre de la librairie « la Plume noire », de sensibilité nettement libertaire, augure mal de l’avenir.

 Le retrait des projets de loi liberticides serait la meilleure réponse à apporter aux apprentis-nazillons, quels qu’ils soient, autorisés ou interdits.

Congrès de la Fédération – samedi 19 juin, Hôtel des Associations

L’AG élective (convoquée à 14H30) sera précédée d’une AG de l’Association Laïque des Amis des Monuments Pacifistes du Rhône, en complément de l’assemblée du 20 avril. Elle concerne les adhérents de l’ALDAMPR, mais reste ouverte bien sûr à tous ceux qui souhaitent adhérer.

L’AG du 19 juin comportera un point particulier : l’AG élective à l’association « Entraide & Solidarité », dont tous les adhérents LP sont membres de droit. Ce sera le moment d’informer sur cette structure trop méconnue dans notre fédération, sur ses buts et ses moyens.

       

10-12, rue des Fossés Saint-Jacques 75005 PARIS

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‘‘Libre penseuse, son conjoint dépendant est en EHPAD’.

ENTRAIDE ET SOLIDARITE

lui vient en aide chaque mois’’

 

 

Les demandes d’aide, de conseil sont à adresser au Président de Entraide et Solidarité des Libres Penseurs de France10-12, rue des Fossés-Saint-Jaques 75 005 PARIS - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 Sur la loi "SÉPARATISME"

sans attendre le vote du projet de loi « Séparatisme »,

le gouvernement s’en prend À la FÉDÉRATION des centres sociaux

 

Madame la Secrétaire d’Etat à la jeunesse veut mettre la Fédération des Centres Sociaux au pas. Un avant-gout de ce qui attend les associations de notre pays avec la loi « Séparatisme » et la tentative d’imposer un « Contrat d’engagement républicain ».

 

   Sans attendre le vote de la loi dite de ''renforcement des valeurs de la République », la Fédération des Centres Sociaux est mise en cause dans un rapport de l'Inspection Générale de l'Education. Cette inspection a été réalisée à la demande de la Secrétaire d’État à la jeunesse, après une rencontre avec des jeunes du Réseau Jeunes des Centres sociaux.

   Rencontre qui selon la Croix du 23 mars 2021 « s’était déroulée dans une atmosphère tendue ».     La Secrétaire d’État était venue exposer la conception de la laïcité du gouvernement à près de 200 jeunes qui lui ont, semble-t-il, dit ce qu'ils avaient sur le cœur.

   Selon le même journal : « Les jeunes participants opposèrent à son plaidoyer pour la laïcité les discriminations dont beaucoup, notamment de religion musulmane, se disaient victimes …

   Selon les trois hauts fonctionnaires, la FSCF qui se réfère à un certain nombre de textes comme la charte de la laïcité de la Caisse nationale des allocations familiales, "n’a pas suffisamment mis en valeurs auprès des jeunes son engagement pour la laïcité"  Au registre des constats étaient relatées des expériences qui "toutes négatives, font état de discriminations vécues au quotidien" relève le rapport. "Pêle-mêle figurent dans cet inventaire les insultes à caractère raciste, les contrôles de police jugés répétitifs et injustifiés, l’interdiction de porter des signes religieux au lycée… Il n’y a aucun élément présenté dans ce document comme un point positif, à l’exception de la liberté offerte aux jeunes femmes musulmanes de venir voilées au centre social." … Les auteurs soulignent le choix d’une association chargée d’animer ces journées qui avait décidé d’aborder le thème des religions sous l’angle des discriminations. "Les questions posées étaient présentées de façon non neutre mais biaisées et induisaient une posture victimaire et des propositions sous forme de revendications". Ils reprochent à la Fédération de ne pas avoir apporté "un certain nombre de repères théoriques préalables qui auraient été de nature à enrichir la réflexion" et d’avoir eu "une gestion confuse de la rencontre entre les jeunes et la secrétaire d’État" ».

   Par ailleurs, dans une interview accordée au Journal du dimanchele 21 mars 2021, titré « La ministre Sarah El Haïry au JDD : "Pas un euro d'argent public ne doit aller aux ennemis de la République" », la secrétaire d’État pour qui la FCSF n’a pas été à la hauteur de ses engagements sur la laïcité, dit vouloir faire évoluer les règles d’attribution de l’agrément jeunesse et éducation populaire ; rappelle que cet agrément qui, une fois obtenu, n’est jamais remis en cause, ne serait à l’avenir attribué que pour huit ans et indique que la réforme sera mise en œuvre dans le cadre de la loi « confortant le respect des principes républicains » et va, plus largement, imposer un « contrat d’engagement républicain» à toutes les associations 1901 qui reçoivent des aides publiques.

   C’est la suppression de la subvention qui attend les récalcitrants menacés d’être mis au ban, taxés d’ennemis de la République.

   La Fédération s’est donc vu reprocher de n'avoir pas suffisamment canalisé (censuré ?) l'expression de ces jeunes. C'est une bien curieuse conception de la laïcité. La Secrétaire d’État a réaffirmé à cette occasion que ce genre de problème sera réglé par la signature du "Contrat d'engagement républicain" prévu par la loi dite de ''renforcement des valeurs de la République".

On vérifie là le but de la loi « Séparatisme » appuyée sur le projet de loi dite « de Sécurité globale » : mettre au pas les associations et la fonction du dit "Contrat d'engagement républicain".

On sait par ailleurs que grâce aux décrets de « Noël » 2020, l’Etat peut ficher les militants associatifs, syndicaux, espérant rendre encore plus difficile la résistance, indispensable, à la remise en cause des libertés, réduire autant que possible la capacité de revendiquer, de défendre nos associations, nos syndicats.

Xavier HYVERT


 

 

 

Le communiqué (reproduit, ci-dessous), mesuré au demeurant, de la Fédération, me semble devoir rencontrer, un total soutien.

A la suite de ce communiqué, la Fédération à mis sur son site les observations suivantes qui éclairent sur les intentions du gouvernement : « La FCSF a reçu il y a quelques jours le rapport final de l’Inspection diligentée après le Réseau jeunes des centres sociaux de 2020. Nous avons publié un communiqué à ce sujet. Celui-ci comportait, dans ses annexes, les observations contradictoires que la FCSF avait souhaité apporter suite à la transmission d’une version provisoire du rapport, adressée par l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche. Nous avons été très surpris par la mise en accès libre, sur le site du Ministère de l’Education nationale, du rapport final, sans que nous en ayons été informés au préalable, alors qu’il nous était demandé de ne pas communiquer ce document. Pire, nous avons été choqués de constater que la version mise en ligne avait été tronquée des observations contradictoires de la FCSF. La FCSF fait donc le choix de diffuser ces observations contradictoires en respectant un principe d’anonymisation de certaines informations. Nous n’avons pas l’intention de relancer une polémique, simplement de rétablir un peu d’équité dans l’accès à l’information. »

Après la Fédération, ce sont tous les Centres Sociaux, toutes les associations qui sont visées. C'est la liberté d'expression qui est mise en cause. La liberté d'expression bafouée, il sera interdit aux Centres sociaux d'élaborer tout projet associatif conforme au besoin de la population de leur quartier. C’est la liberté d’association elle-même instaurée par la loi de 1901 qui sera bafouée.

Le « contrat d’engagement républicain » sera la condition à l’aide publique pour des associations comme les centres sociaux qui défendent : « Dignité humaine, solidarité et démocratie : ces trois valeurs sur lesquelles se fondent la FCSF et les centres sociaux sont incarnées dans nos approches et pratiques.

Notre réseau agit pour une démocratie vivante et renouvelée dans laquelle les habitants ont une place, peuvent agir et peser sur les décisions, développer leur pouvoir d’agir en partant de ce qui est important pour eux…

Notre réseau promeut, renforce, recrée du lien social, familial, générationnel. Il invente de nouvelles formes de solidarité, développe l’action et la mobilisation collectives pour construire une société avec plus de justice sociale et moins d’inégalités. Surtout, il s’attache à la reconnaissance de la dignité humaine, dans ses postures d’accueil, d’écoute, de respect, de reconnaissance laïque de la pluralité des croyances, de refus des préjugés. »

BAS LES PATTES DEVANT LA FÉDÉRATION DES CENTRES SOCIAUX, BAS LES PATTES DEVANT LES ASSOCIATIONS, RETRAIT DU PROJET DE LOI « SÉPARATISME »,

REFUS DU CONTRAT D’ENGAGEMENT RÉPUBLICAIN

Xavier HYVERT, membre du bureau de la Fédération du Rhône de la Libre Pensée

 

Communiqué de la FCSF, 22 mars 2021

A propos du Rapport final de l’Inspection Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche sur le Réseau Jeunes des centres sociaux d’octobre 2020 -

 

« La Fédération des Centres sociaux et socioculturels de France [FCSF] a reçu ce vendredi soir les conclusions finales du rapport de l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche, suite à l’inspection que la Secrétaire d’État en charge de la jeunesse et de l’engagement a diligentée après sa participation au Réseau Jeunes national des centres sociaux en octobre 2020.

Outre une stratégie de communication médiatique déployée dès dimanche par la Secrétaire d’État, ce rapport final et ses recommandations apparaissent, malheureusement, à l’image des craintes que la FCSF avait pu formuler auprès de l’Inspection :Orientés, avec une approche de l’Inspection qui s’est placée sous le point de vue de la Secrétaire d’État, interrogeant systématiquement l’approche de la FCSF et jamais le positionnement de la Secrétaire d’État lors de cette rencontre - Empreints de confusions et de mauvaises interprétations sur le thème, les processus pédagogiques et le déroulement du Réseau Jeunes, - Inquiétants, car il réinterroge clairement l’éducation populaire, ses acteurs, ses méthodes, et plus largement les libertés associatives.

La FCSF, son réseau et ses partenaires souhaitent se donner le temps d’une analyse approfondie du rapport final et de ses recommandations, avant de communiquer plus largement et d’envisager les suites à leur donner.

Dans une période où notre société est confrontée à une grave crise sociale – les centres sociaux agissent au quotidien pour maintenir le lien social et accompagner les plus vulnérables – et est traversée par les débats politiques autour des questions de séparatismes et de laïcité, la FCSF refuse d’être instrumentalisée, et avec elle l’ensemble des acteurs de l’éducation populaire et du mouvement associatif. La FCSF rappelle enfin que depuis plus de 100 ans, son réseau de 1300 centres sociaux, agit partout en France pour promouvoir les valeurs de démocratie, de solidarité et de dignité. Ferments de cohésion et de lien social, acteurs d’une démocratie vivante et d’une société plus juste, les centres sociaux incarnent au quotidien les valeurs de notre République, sans rien concéder sur la laïcité. »

 

 

 La commune a lyon

 

30 avril – 1er mai 1871 : Le massacre de la Guillotière

Fin de la Commune de Lyon

 

Il y a 150 ans…

Ces événements avaient quelque peu disparu de la mémoire lyonnaise. Si la Commune lyonnaise ne peut se comparer à celle de Paris, Lyon a été le théâtre d’une intense agitation républicaine à connotation de plus en plus révolutionnaire.  La municipalité issue du soulèvement du 4 septembre 1870 est constituée essentiellement de républicains modérés. Elle est appuyée de différents « comités » où l’élément populaire n’est pas absent.

La tension entre les tenants de l’ordre et ceux d’une République « sociale » ira croissant.  C’est à la fin du mois de mars que le divorce entre ces tendances opposées apparaît clairement, après le déclenchement de l’insurrection parisienne. Les murs de Lyon se couvrent d’affiches appelant à soutenir la Commune de Paris. 

Un mois plus tard, cet épisode s’achève par le massacre de la Guillotière.

Il n’est commémoré que par une fresque – trop peu visible et sans texte explicatif - située avenue Berthelot, à hauteur de la place Jean Macé. La Libre Pensée, en lien avec l’IHS-CGT et l’association des Amis de la Commune, avec l’appui de la LDH, a demandé l’installation d’une plaque commémorative sur les lieux du massacre. Elle devrait être placée sur le mur de l’ancienne mairie, grâce à un financement citoyen qui sera prochainement lancé.

Cette plaque reproduirait la gravure ci-dessous – sans nos explications - suivie du texte en encadré.

                

                           Grand’Rue de la Guillotière                            Rue de Marseille

Barricade du Cours de Brosses               Mairie de la Guillotière                          La pharmacie, devenue

 (aujourd’hui Cours Gambetta)                (à l’époque 3ème arrdt)            « Grande Pharmacie lyonnaise »

 

(Actuelle place Gabriel Péri)

 

 

 

 

EN HOMMAGE AUX VICTIMES DE LA COMMUNE DE LYON,

SOLIDAIRE DE LA COMMUNE DE PARIS DE 1871,

POUR SON PROGRAMME DE PROGRÈS DÉMOCRATIQUE ET SOCIAL

Le 4 septembre 1870 à 9 heures du matin, soit quelques heures avant Paris, le drapeau rouge flotte sur l’Hôtel de Ville comme « signal de la patrie en danger ». Un Comité de Salut Public de citoyens assure le fonctionnement de la ville de Lyon ; il rassemble des républicains de toutes tendances et bénéficie du soutien des classes populaires. Il veut faire reconnaître la souveraineté municipale et la Commune de Paris.

Le conseil municipal n’est pas opposé sur le fond mais refuse de partager son pouvoir.

L’Assemblée Nationale qui siège à Versailles, pour reprendre le pouvoir, convoque les citoyens à des élections municipales en même temps qu’il modifie la loi électorale : les conseillers municipaux seront élus mais dans les communes de plus de 20 000 habitants les maires seront désignés par le pouvoir.

Ces dispositions provoquent une vigoureuse opposition qui se traduira le 30 avril 1871 par une véritable insurrection armée autour de la mairie du 3ème arrondissement à la Guillotière. Les citoyens et gardes mobiles du quartier font face, retranchés derrière des barricades, à la garde nationale qui lance l’assaut appuyée par des canons. L’écrasement des insurgés marque la fin de la « Commune de Lyon ». Il y aura une trentaine de victimes.

 

 

 

Combien de victimes ?

En réalité, ce nombre n’est pas connu. Treize noms, identifiés dans la presse, sont cités par l’historien Maurice MOISSONNIER. On lit dans le « Salut public » du 2 mai 1871 (journal lyonnais pro-versaillais) : « Le nombre des tués et blessés de part et d'autre ne nous est pas exactement connu. Cependant, nous croyons savoir que les insurgés ont eu 52 morts ou blessés, et la troupe de 25 à 30.

Les salles de la Morgue de l'Hôtel-Dieu avaient reçu ce matin 16 cadavres. La plupart ont été reconnus et enlevés par leurs parents. »

Seize est donc un minimum. Parmi ces seize : au moins une femme. Il y en eut davantage. Trente est une estimation vraisemblable – sans exagération, mais avec une grande marge d’imprécision.

La Garde Nationale

L’arrêté du 2 mai se passe de commentaires, il émane : du préfet du Rhône qui procédait au désarmement des bataillons 

« Considérant que dans la journée du 30 avril une minorité factieuse s'est emparée de la mairie de la Guillotière, a empêché le vote, et a ainsi commis le plus grand attentat contre le suffrage universel, seule base possible des institutions républicaines ;

Considérant que les auteurs de cet attentat ont ajouté, à l'odieux de ce crime, les horreurs d'une lutte armée contre les troupes envoyées pour

 

 

rétablir l'ordre et faire respecter la liberté des électeurs ;

Considérant que les 19e, 20e, 21e et 22e bataillons de la garde nationale se sont rendus complices de l'insurrection par l'inaction des uns, par la présence des autres dans les rangs de l'émeute ;

(…) Art. 3. Dans le délai de quarante-huit heures, à partir de la publication du présent arrêté, les citoyens ayant appartenu à ces bataillons devront avoir déposé leurs armes" à la mairie du 3° arrondissement.»

Sur le parcours de la manifestation le 1er mai 2021 : 150 ans jour pour jour après la fin des événements, un panneau provisoire était présenté aux manifestants.

1871 – 2021 : une même tradition…

 

    (Panneau confectionné par Alain BUJARD)

 

à propos de "l'affaire barbarin"

 

 

   Mercredi 14 avril 2021, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi des parties civiles formé par huit victimes du Père PREYNAT.

   Ces victimes s’étaient opposées à l’arrêt de la Cour d’appel de Lyon de janvier 2020, qui avait relaxé Philippe Barbarin. Elles ne recevront donc pas de dommages et intérêts.

La Cour a considéré que l’obligation de dénonciation subsistait, même si les mauvais traitements paraissaient prescrits au moment où ils étaient portés à la connaissance de la personne devant les signaler. Cependant cette obligation disparaissait à partir du moment où les victimes sont elles-mêmes en état de dénoncer les faits, autrement dit lorsqu’elles ont atteint leur majorité et si elles ne sont plus en situation de fragilité.   

C’est la raison pour laquelle la Cour d’appel avait prononcé la relaxe de Philippe BARBARIN en 2020.

 

   Nous reproduisons ci-dessous la réaction de KEITH PORTEUS WOOD, porte-parole de l'AILP et président de la National Secular Society (Royaume-Uni).

  

   Il revient sur de nombreux exemples de religieux qui ne semblent pas être soumis à la loi française pour ne pas avoir signalé des abus cléricaux présumés sur des mineurs, comme cela est exigé depuis 2000, et affirme que des changements fondamentaux sont nécessaires pour que les victimes soient protégées.

Pierre GIROD

 

Les victimes d’abus cléricaux sont trahies. L’État doit agir maintenant

 

   En 2019, l'ancien cardinal le plus haut placé de France (Philippe BARBARIN) a été condamné à six mois de prison, mais avec sursis, pour avoir omis de signaler des abus commis sur des scouts pendant des décennies au sein d’une troupe catholique dirigée par Bernard PREYNAT, aujourd'hui considéré comme probablement le pédophile le plus “prolifique” de France. Preynat n'a été que récemment défroqué en tant que prêtre.

   Compte tenu du verdict de culpabilité, il y avait manifestement matière à répondre, mais les victimes de Preynat n'avaient pas réussi à persuader le procureur de la République de poursuivre le cardinal Barbarin et avaient dû se constituer parties civiles pour demander à la justice d’établir leur préjudice.

   L'opposition du procureur général s'est poursuivie lorsque la condamnation de Barbarin a fait l'objet d'un appel et une troisième fois, en avril 2021, lorsque l'affaire a atteint la plus haute juridiction française : la Cour de cassation.

   Saisie par les victimes, celle-ci avait à examiner en dernier ressort le seul volet civil de l’affaire Barbarin.

   Même sur ce terrain (dommages et intérêts), la souffrance des victimes n’a pas été entendue.

   Par cette décision extraordinaire, apparemment à la suite d'un changement de jurisprudence inexpliqué de la Cour de cassation, le cardinal a échappé à sa responsabilité civile (…).

   Le plus troublant, et à peine croyable dans un État qui s'enorgueillit de sa laïcité, est qu'en 2020, Preynat, bien qu'ayant reconnu les abus, a été autorisé sans explication à sortir libre du tribunal. Pourtant, un avocat a déclaré qu'il pensait que Preynat avait abusé de 3 000 à 4 000 victimes (bien que seules huit aient témoigné au procès).

   Sa ruse consistait à faire appel dès qu'il était condamné et, comme on pouvait s'y attendre, à retirer son appel après avoir été libéré.

   Puis, à la grande fureur de ses victimes, il a échappé à ne serait-ce qu’un jour de prison en raison d'une prétendue mauvaise santé.

   Selon les documents de l'Église, les membres de l'Église ont “l'obligation impérieuse de signaler [ces abus] à la justice civile (comme tout citoyen) et à la justice canonique”.

   Pourtant, en 2017, le média en ligne Mediapart a accusé 25 évêques français nommés, issus de tout le pays, d'avoir omis pendant des décennies de divulguer ces abus.    Les évêques n'ont pas nié ces accusations.

   Très peu de clercs ont signalé volontairement un abuseur clérical aux autorités (je n'en connais qu'un seul), du moins jusqu'à la débâcle de Barbarin.

   Il est inconcevable que de nombreux clercs n'aient pas eu connaissance de ces abus tant ils ont été nombreux.

   Le très respecté président de la commission d'enquête CIASE vient de tripler son estimation à 10.000 victimes d’abus cléricaux en France.

   À mon avis, un multiple considérable de ce chiffre serait beaucoup plus plausible : à 10 000, un tiers du total est le fait du seul Preynat.

   L'attitude indulgente des procureurs à l'égard des ecclésiastiques qui ne respectent pas l'obligation de

 

signaler les abus sexuels présumés sur des mineurs est encore plus inquiétante.

  Aucun procureur n'a engagé de poursuites à la suite de l'exposé de Mediapart.

Aucun clerc reconnu coupable n'a jamais purgé une peine de prison, ni même été condamné à une amende, comme le prévoit la loi.

Les victimes sont trahies à chaque instant et ces manquements favorisent directement la poursuite des abus.

En 2018, André FORT, ancien évêque émérite d'Orléans, semblait se considérer au-dessus de la loi républicaine. Il a refusé de se rendre au tribunal et a été menacé d'un an d'emprisonnement pour défaut de comparution et pour sa "stratégie de fuite, d'étouffement et de mensonges".

   Il devient alors seulement le deuxième évêque en France à être reconnu coupable de non-dénonciation d’abus sexuels commis par des prêtres.

   Un article publié en avril 2021 dans La Croix, qui reflète normalement la politique de l'Église, soulève de manière alarmante la possibilité que les évêques envisagent de traiter les agressions sexuelles dans les tribunaux canoniques et d'abandonner complètement les tribunaux civils.
   Les évêques français sont en train de créer un "tribunal pénal canonique interdiocésain" national apportant "une réponse ecclésiale aux délits d'agression sexuelle" ainsi qu'à l'annulation des mariages.

   Dans une section intitulée "Retour historique", des références nostalgiques sont faites à "l'Ancien Régime [c'est-à-dire l'époque antérieure à la Révolution] où les clercs étaient jugés uniquement par la justice ecclésiastique" et au fait que "le juge est l'évêque" : [étant] le principe de base de la justice ecclésiastique." (Il est clair que cela concerne les délits d'agression sexuelle plutôt que l'annulation des mariages). L'appel à l'Église est évident.

   La peine maximale de la justice ecclésiastique est la défroque, et il n'y a pas de casier judiciaire - et les juges comprendront les 25 évêques qui auraient omis de signaler les abus aux autorités civiles.

 L'article de La Croix reconnaît que certains dans les milieux ecclésiastiques voient cette évolution avec inquiétude. "Une juge formatrice du tribunal de Lyon depuis plusieurs années, Bénédicte DRAILLARD, ne cache pas son amertume :

   “Cette justice a 150 ans de retard : il n'y a pas de place pour les victimes et ce sont toujours des clercs qui jugent des clercs, c'est un bastion du cléricalisme”.

   Ses propos toucheront, je le soupçonne, la corde sensible des victimes d'abus, si impuissantes dans les procédures de justice ecclésiastique.

 

Organisation criminelle ?

   Et cette année, dans le cadre des abus cléricaux, la responsable de l'association des moines et moniales, Véronique MARGRON, dit avoir eu "l'impression qu'un certain nombre de diocèses

étaient des organisations criminelles".

   De même, l'ancien juge qui dirige la commission sur les abus a conclu que certains cas d'abus étaient proches de ressembler à "une entreprise criminelle".

   Aucune des deux chambres du Parlement français n'a pris au sérieux cette crise croissante. Combien de temps faudra-t-il encore pour qu'ils instituent, dans l'intérêt des victimes, une enquête dirigée par un juge sur les abus commis par des clercs, proposent des améliorations à la loi sur le signalement obligatoire des abus et décident comment exiger des tribunaux, des procureurs et des autres fonctionnaires impliqués dans la justice qu'ils soumettent les clercs à la loi sans ménagement ?

 

Keith Porteous WOOD

 

 

 Libres propos, libres pensées

Santé publique, libre-échange, autosuffisance, protectionnisme raisonné : tout est lié

 

    La pandémie inattendue mais brutale de Covid19 qui frappe essentiellement nos pays bien peu accoutumés aux épidémies (mais crise admirablement mieux maîtrisée en Afrique et en Asie), met cruellement en lumière la tragique dépendance de nos sociétés dites "avancées" à d'innombrables fournisseurs étrangers. 

Nous constatons journellement (et avec inquiétude pour l'avenir) que la plupart de nos achats en consommables ou services viennent "d'ailleurs".

   C'est en particulier le cas le cas d'au moins 80% de nos médicaments, fabriqués en Chine et en Inde pour le compte de multinationales occidentales dans des conditions très mal maitrisées.

On apprend ainsi que la France a acheté, entre autres fournitures médicales, pour 5,9 milliards d'euros de masques à la Chine.    

  

   Une dépendance déraisonnable largement générée par une mondialisation voulue, mise en place et assumée par nos propres "élites" (c.à.d. les PDG, les actionnaires et leurs clients !) animées depuis des décennies par l'idéologie "néolibérale", un virus mental tout aussi nuisible, qui se caractérise par une cupidité totalement désinhibée, mais aussi une haine et un mépris immémoriaux de ces soi-disant "élites" pour leurs concitoyens jugés inférieurs et indociles qui travaillent pour vivre : délocaliser c'est aussi et sciemment, leur ôter leur gagne-pain pour leur nuire. 

  

Cette idéologie d'origine US dont l'UE, leur pure création (voir An II n°183) et leur principale vassale dans le monde est en occident l'instrument qui a eu le plus d'impact directement destructeur sur l'emploi dans nos pays.  

   Cela signifie-t-il que nous sommes soudain devenus incapables de produire tous les biens dont nous avons besoin ? : évidemment non !

   C'est uniquement lié à l'exploitation, ailleurs, de salariés à des coûts très inférieurs, mais sans jamais tenir compte des incalculables et terribles dégâts et coûts sociaux et sociétaux collatéraux que cela induit chez nous, bien supérieurs aux avantages prétendus.  

   Car, bien sûr, cela ne concerne jamais les mêmes bourses, certains empochant très gros là où la très grande majorité y perd, d'où la montée apparemment inexorable des inégalités que nous constatons, maintenant très officiellement attestée.

  

   Au début des années 1910, le banquier US J.P. Morgan estimait que le (son) système capitaliste ne pouvait fonctionner que si l'écart des revenus entre dirigeants et monde du travail ne dépassait pas 1 à 30, 40 maxi : aujourd'hui, il est de 1 à + de 2000 !

  

   Le différentiel empoché résulte du simple fait qu'ils ont bradé à perte et à court terme ce que nous générons le plus naturellement : nos immenses besoins quotidiens et impérieux de consommation pour assurer notre survie, notre santé ou notre confort, perte que pour cause de capacité industrielle détruite car délocalisée nous ne pouvons plus que tenter de compenser par un endettement exponentiel auprès des bien trop fameux "marchés financiers", endettement évidemment gagé sur nos revenus futurs et surtout sur le pillage éhonté de la richesse collective créée et   accumulée au cours des siècles.

   C'est là que réside le fameux "déficit budgétaire" faussement imputé à "une compétitivité collective" insuffisante, c'est-à-dire à (presque) nous tous. 

  

   Mais ce n'est pas nouveau : en 1973, la loi "Pompidou-Giscard" a interdit à la Banque de France de prêter à l'État l'argent qu'elle avait pour fonction régalienne de créer, loi scélérate édictée au profit des banques, abrogée par la signature du contraignant traité de Maastricht (1992) puis la création de la BCE (1998) et l'Euro (2002). Pire !

   Pourtant POMPIDOU fut un exemple typique de la promotion sociale par l'école publique sous la IIIe République : grands-parents petits paysans, parents enseignants socialistes qui admiraient Jean Jaurès.  Résultat de cette exemplaire éducation aux frais de la République, (il est normalien) : il devient directeur général de la banque Rothschild !

   Puis président… de droite. Il personnifie ainsi la "trahison des élites" au service d'elles-mêmes au détriment du bien public.

   Ce parcours contraste par exemple singulièrement avec celui d'Ambroise CROIZAT, syndicaliste CGT qui travailla en usine à treize ans, connut 14 prisons vichystes mais qui, devenu ministre du Travail à la Libération institua la Sécurité Sociale et bien d'autres avancées sociales (comités d'entreprise, statut des délégués du personnel, conventions collectives, médecine préventive du travail, retraites, régime des prestations familiales, etc.) dont nous bénéficions encore.

Mais jusqu'à quand ?  

   C'est un des français à qui nous devons le plus : un million de personnes ont accompagné cet oublié du public (pourquoi ? : le black-out sur son action par les médias aux ordres) au Père Lachaise. Quiconque a une carte Vitale devrait connaître son nom. Il ne mérite pas le Panthéon, lui ? 

   Et la lutte actuelle contre la pandémie et la grave crise économique qu'elle provoque nous oblige donc à emprunter "sur les marchés financiers" des sommes pharamineuses soudainement sorties du chapeau d'un magicien, mais qu'il faudra bien rembourser un jour collectivement en vendant (pas cher) nos libertés, notre travail et les derniers bijoux de famille. Le pillage va s'accroître… :

"Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise !" (Churchill)

Car cet argent fictif issu de la "planche à billets" de la BCE et vendu (pas cher) aux banques devient soudain par miracle en passant par elles de la bonne dette solide dont on nous avertit à l'avance qu'il ne sera surtout pas question de l'annuler comme ce fut le cas d'innombrables fois (par la force tragique des évènements) tout au long de l'histoire humaine, surtout après des guerres ayant tout dévasté sur leur passage, rendant des pays entiers insolvables.

Souveraineté, libre-échange, protectionnisme

 La question du "libre-échange" est simplement liée à l'intérêt immédiat qu'y trouve une minorité.

S'ils n'y trouvaient plus leur compte la question serait bien vite réglée : des droits substantiels réapparaîtraient aussitôt pour rééquilibrer des échanges devenus soudain pour eux défavorables.

   Car après tout, des taxes douanières appropriées ne sont qu'un outil et un filtre pour atténuer des distorsions trop flagrantes entre les économies, les standards de vies, les protections sociales et freiner la surconsommation d'objets inutiles ou nocifs et l'obsolescence programmée, bien trop encouragées par l'importation massive de marchandises produites à très bas prix, totalement à l'opposé de la bonne gestion des ressources terrestres que l'on sait limitées. 

 Un petit livre parfaitement capitalo-orthodoxe d'universitaires américains, initialement paru en 1956, "Introduction au Raisonnement Économique",  à destination de l'Afrique, expliquant l'économie de marché faisait valoir que pour des considérations de "souveraineté nationale" (c.à.d. la maîtrise de son destin) et pour conserver sa main d'œuvre qualifiée et son savoir-faire, un pays doit savoir pratiquer "dans certains cas" un "protectionnisme raisonné" et mentionnait déjà que de nombreux économistes américains pensaient "que l'importation de produits fabriqués par une main d'œuvre surexploitée et sous-payée et les transferts de technologie associés constituaient une concurrence déloyale et très dangereuse pour l'avenir". Mais c'était avant la folie néolibérale !

  La Covid remet donc évidemment sur le tapis de façon brutale le problème crucial d'autosuffisance minimale vitale et de non-dépendance absolument indispensable, de la "souveraineté nationale" des peuples et du "protectionnisme raisonné", l'un étant le corollaire de l'autre. Mais la cupidité d'une minorité l'a emporté.

   Car dans un système où les maîtres mots assénés à tout-va sont sécurité et protection, mais surtout quand elles sont des sources de gros profit (par ex. la santé !) il est inconvenant qu'une nation prétende les maîtriser pour le bien-être de sa population : sanitaires, sociales, alimentaires, propres normes légales de sécurités, législatives, environnementales, défensives, etc…

  Car ce serait avant tout faire des choix "raisonnés" entre les intérêts d'une minorité active de prédateurs indûment et indécemment enrichis et le bien public en général. Mais cette (énième) mondialisation, création d'affairistes cupides tels que Jean MONNET, (voir AN II n° 183) et d'opportunistes sans foi ni loi a-t-elle gagné l'adhésion des peuples ? Rien n'est moins sûr.

Pour cette raison elle disparaîtra aussi, espérons-le pour le meilleur. Ou choisiront-ils le pire ?  RJ