2026 05 GERASA

Le miracle du démon de Gerasa, ou Guérasa est rapporté par les évangélistes Marc (5,1.20) et Luc (26.37) en termes très semblables. Matthieu connaît une version différente.

Texte de Marc, chapitre 5

1 Ils arrivèrent sur l'autre rive de la mer, au pays des Géraséniens. 2 Et aussitôt que Jésus eut débarqué, vint à sa rencontre, des tombeaux, un homme possédé d'un esprit impur : 3 il avait sa demeure dans les tombes et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne, 4 car souvent on l'avait lié avec des entraves et avec des chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les entraves, et personne ne parvenait à le dompter. 5 Et sans cesse, nuit et jour, il était dans les tombes et dans les montagnes, poussant des cris et se tailladant avec des pierres 6 Voyant Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui 7 et cria d'une voix forte : " Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très Haut ? Je t'adjure par Dieu, ne me tourmente pas ! " 8 Il lui disait en effet : " Sors de cet homme, esprit impur ! " 9 Et il l'interrogeait : " Quel est ton nom ? " Il dit : " Légion est mon nom, car nous sommes beaucoup. " 10 Et il le suppliait instamment de ne pas les expulser hors du pays. 11 Or il y avait là, sur la montagne, un grand troupeau de porcs en train de paître. 12 Et les esprits impurs supplièrent Jésus en disant : " Envoie-nous vers les porcs, que nous y entrions. " 13 Et il le leur permit. Sortant alors, les esprits impurs entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer, au nombre d'environ deux mille, et ils se noyaient dans la mer. 14 Leurs gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes ; et les gens vinrent pour voir qu'est-ce qui s'était passé. 15 Ils arrivent auprès de Jésus et ils voient le démoniaque assis, vêtu et dans son bon sens, lui qui avait eu la Légion, et ils furent pris de peur. 16 Les témoins leur racontèrent comment cela s'était passé pour le possédé et ce qui était arrivé aux porcs. 17 Alors ils se mirent à prier Jésus de s'éloigner de leur territoire. 18 Comme il montait dans la barque, l'homme qui avait été possédé le priait pour rester en sa compagnie. 19 Il ne le lui accorda pas, mais il lui dit : " Va chez toi, auprès des tiens, et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. " 20 Il s'en alla donc et se mit à proclamer dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l'étonnement.

Le miracle ne se situe pas dans la localité de Gerasa, située à quelque 55 km au sud-est du lac de Tibériade, mais au pays des Guéraséniens, dans l’actuelle Jordanie. Léon-Dufour nous assure que la scène eut lieu « vraisemblablement » à El-Kursi, sur la rive orientale du lac. Difficile en effet de trouver falaise ou promontoire à Gerasa, ville de la Décapole près de la rivière Yabboq connue de l’Ancien Testament, mais où il ne serait pas facile de noyer deux mille cochons, et même un seul. Il fallait bien trouver un lieu qui rendît le miracle plus vraisemblable. On ignore si les biblistes archéologues ont retrouvé des ossements porcins.

Luc ajoute que le possédé, depuis très longtemps, ne portait pas de vêtements. Qu’on se rassure, il les remettra quand même une fois guéri. Mais la principale différence est ailleurs : alors que chez Marc les démons supplient Jésus de les faire entrer dans les porcs, chez Luc, ils le supplient de ne pas les entraîner vers l’abîme. Il faudrait savoir.

Matthieu rapporte le même miracle, de façon moins détaillée et sous une forme sensiblement différente. La scène se passe ailleurs et nous avons deux possédés. La cité de Gadara se situe à 10 km au sud-est du lac, mais c’est du pays des Gadaréniens qu’il est question.

28 Comme Jésus arrivait sur l’autre rive, dans le pays des Gadaréniens, deux possédés sortirent d’entre les tombes à sa rencontre ; ils étaient si agressifs que personne ne pouvait passer par ce chemin. 29 Et voilà qu’ils se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous tourmenter avant le moment fixé ? » 30 Or, il y avait au loin un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. 31 Les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous expulses, envoie-nous dans le troupeau de porcs. » 32 Il leur répondit : « Allez. » Ils sortirent et ils s’en allèrent dans les porcs ; et voilà que, du haut de la falaise, tout le troupeau se précipita dans la mer, et les porcs moururent dans les flots. 33 Les gardiens prirent la fuite et s’en allèrent dans la ville annoncer tout cela, et en particulier ce qui était arrivé aux possédés. 34 Et voilà que toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et lorsqu’ils le virent, les gens le supplièrent de partir de leur territoire.

Signalons enfin que Jean ignore tout de faits aussi extraordinaires.

La différence de localisation entre les deux versions (Gerasa et Gadara) ne pose pas un réel problème, et les tentatives pour résoudre la contradiction nous semblent vaines. Les deux cités sont attestées historiquement et toutes deux mentionnées par Josèphe. Si la version originelle parle de Gadara, elle aurait pu ensuite s’orienter vers Gerasa pour l’unique raison que ce nom est associé à la racine du verbe « expulser », phénomène de création lexicale banal en littérature. Et si la légende est d’origine guérasénienne, elle aurait pu être historicisée par un déplacement en direction du lac, par souci de réalisme.

Comme si le récit ne souffrait pas d’invraisemblances autrement graves ! De très sérieux chercheurs se sont avisés qu’Origène mentionne une tradition selon laquelle il existait autrefois une ville appelée « Gergasa » sur les rives du lac. La belle affaire ! C’est construire des théories sur du vent.

Rien n’est bon dans le cochon

Dès l’Ancien Testament, le porc était considéré comme un animal impur (voir Lévitique 11,7) et la Loi proscrivait sa consommation. Cet interdit constituait un signe du privilège accordé à Israël en le distinguant des païens. Il n’entre pas dans le cadre de cet article d’en donner l’explication, mais elle est évidemment d’ordre sanitaire. Que le porc ait le sabot fourchu et qu’il ne rumine pas, voilà qui ne sera pas de nature à nous convaincre ; que le simple fait de toucher un porc rendît la personne impure …pas davantage. De nos jours encore, certains le croient cependant.

Les Cananéens élevaient des troupeaux de porcs et les sacrifiaient à leurs idoles, et les peuples voisins d’Israël itou. Le porc était donc l’animal idéal pour devenir vecteur d’un exorcisme christique. Fait supplémentaire mais sûrement secondaire, la Xème légion romaine eut un porc comme emblème au temps de la guerre des Juifs, et auparavant, de 60 à 62, le procurateur romain administrateur de la Judée eut nom Porcius Festus. Ces faits ont été observés, mais les explications en sont puériles. Le mot « Légion », qui pouvait évoquer une unité de l’armée romaine, est attesté comme équivalent de « grand nombre », admettons que cela pouvait engager les chercheurs sur une mauvaise piste. Relevons comme un indice plus sûr que le livre d’Isaïe (LXV) évoque un peuple rebelle qui suit une voie mauvaise, « habite dans les tombeaux, passe la nuit dans les recoins, mange de la viande de porc ». Une fois de plus, les références scripturaires éclairent le récit évangélique. On pourrait aussi soutenir que pendant six siècles au moins, des Géraséniens ou Gadaréniens ont conservé l’étrange coutume d’habiter dans des tombeaux. Ce ne sera pas notre hypothèse préférée.

Naissance de l’exorcisme chrétien

L’exorcisme était connu des juifs de la Torah. Josèphe la mentionne lui aussi dans la Guerre des Juifs (VII,6 § 135) Cette pratique était répandue dans la plupart des religions, plus ou moins, pour des raisons thérapeutiques plutôt que religieuses, si tant est qu’on ait opéré une distinction entre ces deux domaines, la maladie étant comprise comme l’action d’un démon ayant pénétré dans le corps du malade. L’exorciste était d’abord un guérisseur. Chez les juifs, la méthode de guérison consistait en une imposition des mains et l’invocation du nom de Yahvé ou la lecture de textes sacrés. Une tradition rapporte que le roi Salomon avait le pouvoir de chasser les démons. On guérissait comme on pouvait.

Le possédé que Jésus guérit dans la région de Gerasa est un forcené auquel, vingt siècles plus tard, on aurait passé la camisole de force. Il est décrit comme fou, pas assez cependant pour méconnaître la divinité de Jésus, fils du Dieu Très-Haut, qui le guérit de sa propre autorité sans invoquer le nom divin.

Mais là où Jésus innove de façon plus spectaculaire encore, c’est en matérialisant les démons, en les expulsant sous une forme matérielle. Et laquelle ! Un troupeau de deux mille porcs. Même aux temps les plus sombres de l’époque médiévale, on continua à pratiquer l’exorcisme sous des formes moins radicales, au moyen de formules magiques. La pratique n’était pas règlementée, et ce n’est qu’après le concile de Trente que l’Eglise imposa son autorité en confiant aux prêtres le droit d’exorciser.  Les pratiques d’exorcisme prirent alors des formes beaucoup plus violentes, qui, au nom du Christ Jésus, pouvaient s’accompagner de tortures atroces. On tenta même de trouver une zone insensible sur le corps des possédés qui aurait été la preuve du contact avec le démon. Si une aiguille enfoncée dans ce point ne provoquait ni souffrance ni saignement, le prêtre exorciste tenait la preuve de la possession.
Mais ceci est une autre histoire…

Quoique ?

De nos jours, l’exorcisme survit fort bien, à base de rituels sacrés et d'impositions des mains. Celle-ci est destinée à chasser le démon du corps ou de l'endroit qu'il occupe. Attention : le mal est pernicieux, malin et menteur. Il s'adapte à nos vies modernes. Affaire de spécialistes.

Les divers aspects de l'infestation et de la possession sont catalogués en activité ordinaire (de la tentation au péché) ou extraordinaire : oppression, obsession, possession démoniaque, infestation, envoutement, ensorcellement, malédiction, etc... Après enquête, on détermine le le type de magie occulte approprié, administré parfois à distance. Car à Dieu rien d’impossible.

L’exorcisme fait partie du ministère de l’évêque. Celui-ci peut déléguer sa fonction et agit ordinairement dans son diocèse. Il doit suivre une formation et respecter un Rituel officiel. Certains exorcistes mal intentionnés sont dénoncés comme charlatans. Il y a donc des charlatans officiels et des illégaux. De parfaits « officiels » aux obsessions compulsives ont pourtant laissé leurs victimes se remettre des traumatismes subis en soins psychiatriques et même céder à la tentation du suicide.

Ces faits sont connus dans le diocèse de Lyon.

Alors que nombre d’évêques ne croient plus au démon et ne nomment plus de prêtres exorcistes, le Pape Jean-Paul II a déclaré un jour : « Celui qui ne croit pas au démon ne croit pas à l'Évangile. » Jésus a donc bien noyé deux mille cochons.

2026 10 Le Figuier stérile et desséché

Le Figuier stérile et desséché


C’est dans le texte de Matthieu (21, 18-22) qu’est rapporté le miracle :
18 Comme il rentrait en ville de bon matin, il eut faim. 19 Voyant un figuier près du chemin, il s'en approcha, mais n'y trouva rien que des feuilles. Il lui dit alors : « Jamais plus tu ne porteras de fruit ! » Et à l'instant même le figuier devint sec. 20 À cette vue, les disciples dirent tout étonnés : « Comment, en un instant, le figuier est-il devenu sec ? » 21 Jésus leur répondit : « En vérité je vous le dis, si vous avez une foi qui n'hésite point, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, mais même si vous dites à cette montagne : « Soulève-toi et jette-toi dans la mer », cela se fera.
Quant à la parabole, elle se trouve dans l’Evangile de Luc (13, 6-9) et concerne une vigne ornée d’un figuier, un maître et son vigneron soucieux du domaine. Pour les catholiques, il s’agirait d’une méditation sur la patience infinie de Dieu à l’égard de l’homme. Le figuier représente celui qui ne travaille pas aux œuvres de Dieu, n’écoute pas sa Parole et ne la met pas en pratique.

« 6 Il disait encore la parabole que voici : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n’en trouva pas. 7 Il dit alors au vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ?” 8 L’autre lui répondit : “Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. 9 Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir... Sinon tu le couperas.” » (traduction de la Bible de Jérusalem).
Invention du Nouveau Testament ? en aucune façon.
Le thème du desséchement est classique. On le trouve chez Ezéchiel (17, 10 et 17, 24) où des arbres sont punis. Plus grave, dans le livre des Antiquités bibliques (apocryphe de l’Ancien Testament), Dieu dessèche la mère de Michas, coupable d’on ne sait trop quoi d’ailleurs. Le christianisme a-t-il mis fin à ces désordres ? Pas du tout. Dans l’Evangile de l’Enfance, l’enfant Jésus, âgé de 5 ans, fait subir le même sort à un camarade de classe, fils d’Anne le scribe, à qui il annonce : « Que ton rejeton soit sans racine et que ton fruit devienne aride, comme une branche arrachée par le vent. » Aussitôt, l’enfant se dessécha, et il l’avait bien mérité, puisqu’il s’était permis de détériorer les petits canaux d’argile que Jésus avait modelés par jeu. Les codes ont changé : de tels faits de harcèlement ne seraient plus tolérés aujourd’hui.
Les figuiers sont partout dans la Bible. Dans la Genèse, où Adam et Eve se couvrent de leurs feuilles pour cacher leur nudité ; au 1er chapitre de l’Evangile de Jean, où le Christ recrute Nathanaël, l’un des premiers disciples, parce qu’il l’a vu sous un figuier (signe d’élection) ; chez Zacharie, chez Jérémie où l’on trouve la parabole des deux paniers de figues ; les unes bonnes les autres non. Une tradition veut que Judas se soit pendu sous un figuier.
Le symbolisme du figuier est multiforme : arbre de vie (Genèse et Paralipomènes de Jérémie, où l’un d’eux est desséché pour s’être glorifié trop tôt – 9, 14), dont les fruits sont les patriarches (Osée 9, 10), image du peuple (Antiquités bibliques 27, 3) ou de la Maison d’Israël (Apocalypse de Pierre), et surtout arbre de la Torah comme l’affirme le traité Erouvin (Er 54 b) : « En quoi les mots de la Torah sont-ils comparables aux figues ? Chaque fois qu'un homme va cueillir des figues, il ne manque pas d'en trouver. Il en est de même avec les mots de la Torah : aussi souvent qu'un homme les sollicite, il en obtient des significations. » Le figuier est un le gagne-pain des docteurs de la Loi.
Au chapitre 5 des Paralipomènes, Abimélech rapporte un panier de figues à Jérusalem. Il s’endort sous un arbre pendant 66 ans. A son retour, la déportation à Babylone a eu lieu, mais Dieu a voulu qu’il ne voie pas cela. Or les figues sont toujours fraîches et distillent du suc. Un vieil homme lui dévoile tout : « Quant aux figues, vois aussi que ce n’est pas leur saison et comprends. » Nous allons voir bientôt que tout le monde n’a pas compris.
La version historiciste
Comme les figues sont cueillies à l’automne, un chercheur a pensé établir que l’entrée à Jérusalem a eu lieu en cette saison, car l’épisode suit le miracle du figuier. On peut lire la théorie de Hyam Maccoby dans le livret « Pâques » (page 24) de l’émission réalisée par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur. qui fit grand bruit sur ARTE. Maccoby s’étonne que Jésus soit lui-même étonné qu’on ne trouve pas de figues au printemps, et poursuit : « … et c'est donc en automne que les scènes ont eu lieu. Selon moi, c'est à Pâque que Jésus a été exécuté mais il avait été arrêté en automne lors de la Fête des Tentes, (fin septembre - début automne) et il est demeuré six mois en prison. »
Homme de peu de foi ! Pourquoi l’Eternel, qui peut vous dessécher un arbre par opération magique, serait-il incapable de faire pousser des figues au printemps ? De plus – mais c’est une remarque très secondaire, Josèphe affirme que dans la région du lac de Gennésareth, la figue pousse dix mois sans interruption. Peu importe. L’important est que cet exégète très en vue, professeur au Leo Baeck College de Londres et auteur de nombreux ouvrages fortsavants, plonge tête en avant dans une explication confondante de naïveté.
Soyons justes, tous ne se fourvoient pas. Alfred Loisy considérait que les discours eschatologiques des évangiles synoptiques et la parabole du figuier stérile « ont été conçus d’abord comme des enseignements du Christ ressuscité. » Ce n’était pas difficile à voir. Rappelons que Loisy a été excommunié en 1908, époque de la « crise moderniste ». Un peu en avance sur son temps, il n’a pas été dépassé par tous les modernes.
En guise de conclusion : cette histoire paraîtra secondaire. Pourtant l’enjeu est grand : en effet, si les miracles de l’Evangile renvoient à des discours allégoriques figés dans une narration prétendument factuelle et préparée par les traditions vétéro-testamentaires, il faudra douter de la tempête apaisée, de la pêche miraculeuse, de la multiplication des pains et des poissons, de la résurrection de Lazare et ainsi de suite. Jusque là, rien d’inacceptable pour les historicistes, mais quid des guérisons miraculeuses, assez facilement accordées à l’action d’un thaumaturge ?
Et que faudra-t-il penser de la Conception virginale et de la Résurrection ? Ô abîmes de perplexité !

2025 01 : echo des bénitiers..Le Figuier stérile et desséché

Le Figuier stérile et desséché

 C’est dans le texte de Matthieu (21, 18-22) qu’est rapporté le miracle :

18 Comme il rentrait en ville de bon matin, il eut faim. 19 Voyant un figuier près du chemin, il s'en approcha, mais n'y trouva rien que des feuilles. Il lui dit alors : « Jamais plus tu ne porteras de fruit ! » Et à l'instant même le figuier devint sec. 20 À cette vue, les disciples dirent tout étonnés : « Comment, en un instant, le figuier est-il devenu sec ? » 21 Jésus leur répondit : « En vérité je vous le dis, si vous avez une foi qui n'hésite point, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, mais même si vous dites à cette montagne : « Soulève-toi et jette-toi dans la mer », cela se fera.

Quant à la parabole, elle se trouve dans l’Evangile de Luc (13, 6-9) et concerne une vigne ornée d’un figuier, un maître et son vigneron soucieux du domaine. Pour les catholiques, il s’agirait d’une méditation sur la patience infinie de Dieu à l’égard de l’homme. Le figuier représente celui qui ne travaille pas aux œuvres de Dieu, n’écoute pas sa Parole et ne la met pas en pratique.

« 6 Il disait encore la parabole que voici : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n’en trouva pas. 7 Il dit alors au vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ?” 8 L’autre lui répondit : “Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. 9 Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir... Sinon tu le couperas.” » (traduction de la Bible de Jérusalem).

Invention du Nouveau Testament ? en aucune façon.

Le thème du desséchement est classique. On le trouve chez Ezéchiel (17, 10 et 17, 24) où des arbres sont punis. Plus grave, dans le livre des Antiquités bibliques (apocryphe de l’Ancien Testament), Dieu dessèche la mère de Michas, coupable d’on ne sait trop quoi d’ailleurs. Le christianisme a-t-il mis fin à ces désordres ? Pas du tout. Dans l’Evangile de l’Enfance, l’enfant Jésus, âgé de 5 ans, fait subir le même sort à un camarade de classe, fils d’Anne le scribe, à qui il annonce : « Que ton rejeton soit sans racine et que ton fruit devienne aride, comme une branche arrachée par le vent. » Aussitôt, l’enfant se dessécha, et il l’avait bien mérité, puisqu’il s’était permis de détériorer les petits canaux d’argile que Jésus avait modelés par jeu. Les codes ont changé : de tels faits de harcèlement ne seraient plus tolérés aujourd’hui.

Les figuiers sont partout dans la Bible. Dans la Genèse, où Adam et Eve se couvrent de leurs feuilles pour cacher leur nudité ; au 1er chapitre de l’Evangile de Jean, où le Christ recrute Nathanaël, l’un des premiers disciples, parce qu’il l’a vu sous un figuier (signe d’élection) ; chez Zacharie, chez Jérémie où l’on trouve la parabole des deux paniers de figues ; les unes bonnes les autres non. Une tradition veut que Judas se soit pendu sous un figuier.

Le symbolisme du figuier est multiforme : arbre de vie (Genèse et Paralipomènes de Jérémie, où l’un d’eux est desséché pour s’être glorifié trop tôt – 9, 14), dont les fruits sont les patriarches (Osée 9, 10), image du peuple (Antiquités bibliques 27, 3) ou de la Maison d’Israël (Apocalypse de Pierre), et surtout arbre de la Torah comme l’affirme le traité Erouvin (Er 54 b) : « En quoi les mots de la Torah sont-ils comparables aux figues ? Chaque fois qu'un homme va cueillir des figues, il ne manque pas d'en trouver. Il en est de même avec les mots de la Torah : aussi souvent qu'un homme les sollicite, il en obtient des significations. » Le figuier est un le gagne-pain des docteurs de la Loi.

Au chapitre 5 des Paralipomènes, Abimélech rapporte un panier de figues à Jérusalem. Il s’endort sous un arbre pendant 66 ans. A son retour, la déportation à Babylone a eu lieu, mais Dieu a voulu qu’il ne voie pas cela. Or les figues sont toujours fraîches et distillent du suc. Un vieil homme lui dévoile tout : « Quant aux figues, vois aussi que ce n’est pas leur saison et comprends. » Nous allons voir bientôt que tout le monde n’a pas compris.

La version historiciste 

Comme les figues sont cueillies à l’automne, un chercheur a pensé établir que l’entrée à Jérusalem a eu lieu en cette saison, car l’épisode suit le miracle du figuier. On peut lire la théorie de Hyam Maccoby dans le livret « Pâques » (page 24) de l’émission réalisée par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur. qui fit grand bruit sur ARTE. Maccoby s’étonne que Jésus soit lui-même étonné qu’on ne trouve pas de figues au printemps, et poursuit : « … et c'est donc en automne que les scènes ont eu lieu. Selon moi, c'est à Pâque que Jésus a été exécuté mais il avait été arrêté en automne lors de la Fête des Tentes, (fin septembre - début automne) et il est demeuré six mois en prison. »

Homme de peu de foi ! Pourquoi l’Eternel, qui peut vous dessécher un arbre par opération magique, serait-il incapable de faire pousser des figues au printemps ? De plus – mais c’est une remarque très secondaire, Josèphe affirme que dans la région du lac de Gennésareth, la figue pousse dix mois sans interruption. Peu importe. L’important est que cet exégète très en vue, professeur au Leo Baeck College de Londres et auteur de nombreux ouvrages fortsavants, plonge tête en avant dans une explication confondante de naïveté.

Soyons justes, tous ne se fourvoient pas. Alfred Loisy considérait que les discours eschatologiques des évangiles synoptiques et la parabole du figuier stérile « ont été conçus d’abord comme des enseignements du Christ ressuscité. » Ce n’était pas difficile à voir. Rappelons que Loisy a été excommunié en 1908, époque de la « crise moderniste ». Un peu en avance sur son temps, il n’a pas été dépassé par tous les modernes.

En guise de conclusion : cette histoire paraîtra secondaire. Pourtant l’enjeu est grand : en effet, si les miracles de l’Evangile renvoient à des discours allégoriques figés dans une narration prétendument factuelle et préparée par les traditions vétéro-testamentaires, il faudra douter de la tempête apaisée, de la pêche miraculeuse, de la multiplication des pains et des poissons, de la résurrection de Lazare et ainsi de suite. Jusque là, rien d’inacceptable pour les historicistes, mais quid des guérisons miraculeuses, assez facilement accordées à l’action d’un thaumaturge ?

2025 04 29 UN HOMME EST MORT

UN HOMME EST MORT !

Lundi 21 avril, dit lundi de Pâques, jour férié, à 7 h 35, à l’âge de 88 ans et des poussières, un homme est mort. Argentin d’origine, exilé en Europe, il a œuvré toute sa vie au service de ceux qui, dépourvus des moyens de s’enrichir, n’avaient que leur force de travail à vendre afin de ne pas mourir de faim.
Il a consacré son savoir et son énergie à lutter pour l’avènement d’un système social enfin juste qui mette fin aux injustices générées par un système fondé sur l’exploitation de l’homme par l’homme.
Issu du peuple des exploités, il n’a pas eu à effectuer un « retour aux pauvres, en refusant, par exemple, les grandes kermesses des dominants, ainsi que les signes extérieurs de pouvoir comme les chaussures rouges ou l’appartement papal luxueux. » ou en arborant ostensiblement, comme un certain Henri Grouès dit l’abbé Pierre, béret douteux, cape usée, soutane défraîchie, canne et croquenots boueux afin de faire peuple ! Il avait compris très tôt ce que recouvrait réellement le concept de « charité » dont l’un de ses concitoyens avait fait son cheval de bataille pour ne pas dire son fonds de commerce. Il savait depuis toujours ou presque, que la charité a ceci de particulier qu'elle donne un pouvoir supplémentaire à celui qui l'exerce, sur celui qui la reçoit. Elle instaure une double inégalité entre les deux parties. Elle crée une relation de dépendance entre le débiteur et le créditeur. Et cette dépendance ne prend jamais fin. Contrairement à ce qui se passe dans le domaine de la banque où un prêt remboursé met fin, ipso facto, à la relation entre le banquier et l'emprunteur, la charité crée une obligation morale à laquelle le débiteur ne peut se soustraire sous peine d'être stigmatisé, taxé d'ingratitude, quand bien même il aurait réglé sa dette. La charité chrétienne est donc en réalité le contraire de ce qu'elle prétend être puisqu'elle renforce le pouvoir de celui qui possède au détriment de celui qui n'a rien. À la dépendance matérielle elle ajoute une dépendance morale. Elle fait de celui qui reçoit un sous-homme ad vitam aeternam. L’auteur de cet article de Frustration Magazine, pas plus que les responsables d’Info Libertaire qui se prétendent anarchistes, ne semblent pas avoir compris cela, qui portent cet “engagement auprès des pauvres” au crédit d’un jésuite argentin récemment décédé lui aussi… Au passage on peut aussi noter une appréciation plus que favorable concernant le style de vie des jésuites : « la Compagnie de Jésus, un ordre religieux fondé par Ignace de Loyola au XVIe siècle qui se distingue par une approche pastorale tournée vers les démunis (justice sociale, accompagnement des marginalisés, engagement auprès des pauvres). Les jésuites sont également formés à vivre avec sobriété. » Ici, on frise le dithyrambe !
Contrairement à notre homme, ils n’ont pas l’air d’avoir saisi, non plus, le sens véritable du mot « écologie ». « “écologie intégrale” “conversion écologique” des systèmes économiques et du rapport à la nature » disent-ils en reprenant certains mots du souverain pontife . Mais pourquoi oublient-ils pudiquement les termes « consumérisme » (13 fois !) « être humain (89 fois !) et Homme (44 fois !) » ? Ces mots employés par le pape permettent d’imputer la responsabilité des dégâts causés à la “nature” à la cupidité sans limite de tous les hommes, indistinctement ! Mais pouvez-vous nous dire ce qu’il y a de commun entre un ouvrier Michelin, Renault, ou Peugeot, un employé de banque ou une caissière de supermarché, qui peinent à joindre les deux bouts avec un salaire dérisoire qu’on appelle SMIC , et les patrons de ces grandes entreprises, les Bolloré, Arnault, Lagardère, Ghosn, Pinault, Charlès et autres Pferdehirt ? Sans parler de cette masse indistincte et très réduite de gens très discrets qu’on ne connaît que sous le terme générique lui aussi, “d’actionnaires” ?
En vérité, il n’y a rien de commun, et vous ne pouvez l’ignorer. Il n’existe pas un ensemble « humains » mais une société dans laquelle des individus ultra minoritaires qui détiennent les moyens de production coexistent avec des millions d’hommes, de femmes et de jeunes obligés, pour survivre, de vendre leur force de travail aux détenteurs des moyens de production susnommés. Il est étonnant que des gens se réclamant de l’anarchisme ignorent cela et s’alignent sur les positions du souverain pontife !
Il existe bien un problème « systémique », mais il n’a rien à voir avec un prétendu « consumérisme ». Ce qui est en cause, c’est le système de la propriété privée des moyens de production lequel génère l’exploitation de l’homme par l’homme et conduit à « l’effondrement global » que vous évoquez. « La transformation radicale qui s’impose » ne saurait être la réduction de la consommation ainsi que vous le suggérez à l’instar du pape François, qui, naguère, dans son encyclique « Laudato si’ » écrivait, toute honte bue : « Nous sommes bien conscients de l’impossibilité de maintenir le niveau actuel de consommation des pays les plus développés et des secteurs les plus riches des sociétés. ». Ce qui signifiait en termes crus, mais clairs qu’il faudrait ramener tout le monde au niveau des pays sous-développés !
Contrairement à ce monsieur, en ce qui nous concerne, nous considérons que « seule l’expropriation capitaliste peut réaliser l’émancipation intégrale », car nous savons (et vous pouvez le savoir aussi !) que les lois de l’économie capitaliste ne peuvent autoriser autre chose qu’une exploitation toujours plus âpre de la classe laborieuse.
Et ce n’est pas tout ! S’agissant des migrants et des palestiniens les auteurs anarchistes de l’article en question ne tarissent pas d’éloges. C’est un véritable panégyrique : « en 2015 il avait demandé « que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille » de réfugiés. » Belles paroles, vraiment, mais qu’en a-t-il été réellement ? Sans compter que cet appel vibrant à la charité ne fait que couvrir la vraie raison qui pousse des millions de misérables à affronter les dangers d’une « Méditerranée et [d’une] mer Égée devenues un cimetière insatiable, une image de notre conscience insensible et endormie” » car l’exploitation capitaliste forcenée des richesses et des hommes de ces pays, pudiquement dits « en voie de développement », n’est pas pour rien dans cette horrible situation… Et nos anarchistes de salon de reconnaître, quand même, que « le Pape François n’est évidemment pas anticapitaliste » !
Il en est de même pour la Palestine et particulièrement Gaza à propos de quoi il a eu des mots très forts : « selon certains experts, ce qui se passe à Gaza présente les caractéristiques d’un génocide » sans jamais aller au fond du problème, à savoir qu’Israël est une dictature militaro - théocratique, progéniture monstrueuse issue de la copulation du sionisme et de l’Amérique impérialiste.
« Une crèche au Vatican avec l’enfant Jésus sur un keffieh, le foulard traditionnel des Palestiniens. » n’est-ce pas s’acheter une bonne conscience à bon marché !
D’ailleurs, les félicitations de la vieille direction corrompue du Fatah et du collabo Mahmoud Abbas qui a salué “un ami fidèle du peuple palestinien” en disent long sur la valeur réelle des condamnations proférées par le Vatican…
Il en va du « pape des pauvres » comme, naguère, d’une certaine « princesse du peuple » ! Il est des journalistes pour qui l’oxymore tient lieu de raisonnement, des plumitifs laborieux et stipendiés, friands de ce qu’ils croient être des bons mots. Cependant en général ce n’est pas gratuit et le “bon mot” a une fonction. Son auteur émarge le plus souvent au budget du Capital.
En fin de compte, cet article publié par un site anarchiste s’apparente étroitement à une défense et illustration de l’action de Bergoglio pour ne pas dire d’une apologie du personnage…

En ce qui nous concerne, nous n’avons pas dit “au revoir ” à notre camarade, encore moins “adieu”, nous n’avons pas dit “paix à son âme” car il savait et nous aussi que “l’âme ” n’existe pas plus que le dieu des diverses religions, nous n’avons pas demandé que les cloches de Notre-Dame de Paris retentissent 88 fois, comme elles l’ont fait en hommage au Pape François mort à l’âge de 88 ans. En revanche nous avons levé le poing et entonné l’Internationale comme il l’aurait voulu !
G. Douspis

2025 01 : echo des bénitiers..Le Figuier stérile et desséché

Le Figuier stérile et desséché


C’est dans le texte de Matthieu (21, 18-22) qu’est rapporté le miracle :
18 Comme il rentrait en ville de bon matin, il eut faim. 19 Voyant un figuier près du chemin, il s'en approcha, mais n'y trouva rien que des feuilles. Il lui dit alors : « Jamais plus tu ne porteras de fruit ! » Et à l'instant même le figuier devint sec. 20 À cette vue, les disciples dirent tout étonnés : « Comment, en un instant, le figuier est-il devenu sec ? » 21 Jésus leur répondit : « En vérité je vous le dis, si vous avez une foi qui n'hésite point, non seulement vous ferez ce que je viens de faire au figuier, mais même si vous dites à cette montagne : « Soulève-toi et jette-toi dans la mer », cela se fera.
Quant à la parabole, elle se trouve dans l’Evangile de Luc (13, 6-9) et concerne une vigne ornée d’un figuier, un maître et son vigneron soucieux du domaine. Pour les catholiques, il s’agirait d’une méditation sur la patience infinie de Dieu à l’égard de l’homme. Le figuier représente celui qui ne travaille pas aux œuvres de Dieu, n’écoute pas sa Parole et ne la met pas en pratique.

« 6 Il disait encore la parabole que voici : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n’en trouva pas. 7 Il dit alors au vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi donc use-t-il la terre pour rien ?” 8 L’autre lui répondit : “Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. 9 Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir... Sinon tu le couperas.” » (traduction de la Bible de Jérusalem).
Invention du Nouveau Testament ? en aucune façon.
Le thème du desséchement est classique. On le trouve chez Ezéchiel (17, 10 et 17, 24) où des arbres sont punis. Plus grave, dans le livre des Antiquités bibliques (apocryphe de l’Ancien Testament), Dieu dessèche la mère de Michas, coupable d’on ne sait trop quoi d’ailleurs. Le christianisme a-t-il mis fin à ces désordres ? Pas du tout. Dans l’Evangile de l’Enfance, l’enfant Jésus, âgé de 5 ans, fait subir le même sort à un camarade de classe, fils d’Anne le scribe, à qui il annonce : « Que ton rejeton soit sans racine et que ton fruit devienne aride, comme une branche arrachée par le vent. » Aussitôt, l’enfant se dessécha, et il l’avait bien mérité, puisqu’il s’était permis de détériorer les petits canaux d’argile que Jésus avait modelés par jeu. Les codes ont changé : de tels faits de harcèlement ne seraient plus tolérés aujourd’hui.
Les figuiers sont partout dans la Bible. Dans la Genèse, où Adam et Eve se couvrent de leurs feuilles pour cacher leur nudité ; au 1er chapitre de l’Evangile de Jean, où le Christ recrute Nathanaël, l’un des premiers disciples, parce qu’il l’a vu sous un figuier (signe d’élection) ; chez Zacharie, chez Jérémie où l’on trouve la parabole des deux paniers de figues ; les unes bonnes les autres non. Une tradition veut que Judas se soit pendu sous un figuier.
Le symbolisme du figuier est multiforme : arbre de vie (Genèse et Paralipomènes de Jérémie, où l’un d’eux est desséché pour s’être glorifié trop tôt – 9, 14), dont les fruits sont les patriarches (Osée 9, 10), image du peuple (Antiquités bibliques 27, 3) ou de la Maison d’Israël (Apocalypse de Pierre), et surtout arbre de la Torah comme l’affirme le traité Erouvin (Er 54 b) : « En quoi les mots de la Torah sont-ils comparables aux figues ? Chaque fois qu'un homme va cueillir des figues, il ne manque pas d'en trouver. Il en est de même avec les mots de la Torah : aussi souvent qu'un homme les sollicite, il en obtient des significations. » Le figuier est un le gagne-pain des docteurs de la Loi.
Au chapitre 5 des Paralipomènes, Abimélech rapporte un panier de figues à Jérusalem. Il s’endort sous un arbre pendant 66 ans. A son retour, la déportation à Babylone a eu lieu, mais Dieu a voulu qu’il ne voie pas cela. Or les figues sont toujours fraîches et distillent du suc. Un vieil homme lui dévoile tout : « Quant aux figues, vois aussi que ce n’est pas leur saison et comprends. » Nous allons voir bientôt que tout le monde n’a pas compris.
La version historiciste
Comme les figues sont cueillies à l’automne, un chercheur a pensé établir que l’entrée à Jérusalem a eu lieu en cette saison, car l’épisode suit le miracle du figuier. On peut lire la théorie de Hyam Maccoby dans le livret « Pâques » (page 24) de l’émission réalisée par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur. qui fit grand bruit sur ARTE. Maccoby s’étonne que Jésus soit lui-même étonné qu’on ne trouve pas de figues au printemps, et poursuit : « … et c'est donc en automne que les scènes ont eu lieu. Selon moi, c'est à Pâque que Jésus a été exécuté mais il avait été arrêté en automne lors de la Fête des Tentes, (fin septembre - début automne) et il est demeuré six mois en prison. »
Homme de peu de foi ! Pourquoi l’Eternel, qui peut vous dessécher un arbre par opération magique, serait-il incapable de faire pousser des figues au printemps ? De plus – mais c’est une remarque très secondaire, Josèphe affirme que dans la région du lac de Gennésareth, la figue pousse dix mois sans interruption. Peu importe. L’important est que cet exégète très en vue, professeur au Leo Baeck College de Londres et auteur de nombreux ouvrages fortsavants, plonge tête en avant dans une explication confondante de naïveté.
Soyons justes, tous ne se fourvoient pas. Alfred Loisy considérait que les discours eschatologiques des évangiles synoptiques et la parabole du figuier stérile « ont été conçus d’abord comme des enseignements du Christ ressuscité. » Ce n’était pas difficile à voir. Rappelons que Loisy a été excommunié en 1908, époque de la « crise moderniste ». Un peu en avance sur son temps, il n’a pas été dépassé par tous les modernes.
En guise de conclusion : cette histoire paraîtra secondaire. Pourtant l’enjeu est grand : en effet, si les miracles de l’Evangile renvoient à des discours allégoriques figés dans une narration prétendument factuelle et préparée par les traditions vétéro-testamentaires, il faudra douter de la tempête apaisée, de la pêche miraculeuse, de la multiplication des pains et des poissons, de la résurrection de Lazare et ainsi de suite. Jusque là, rien d’inacceptable pour les historicistes, mais quid des guérisons miraculeuses, assez facilement accordées à l’action d’un thaumaturge ?
Et que faudra-t-il penser de la Conception virginale et de la Résurrection ? Ô abîmes de perplexité !